L'Américain MARA Holdings va bien racheter Exaion, la start-up numérique d'EDF. Mais l'État a imposé ses conditions pour que la France ne perde pas le contrôle de ses données stratégiques.

Six mois après l'annonce du rachat d'Exaion par l'américain MARA Holdings pour 168 millions de dollars, le gouvernement français a donné son feu vert, ce vendredi 20 février, mais pas sans contreparties. Bercy a exigé que les données sensibles d'EDF restent hors de portée de l'acquéreur, supprimé une clause qui aurait bridé EDF pour la suite, et imposé l'entrée d'un investisseur français, le groupe NJJ, holding sous le contrôle d'un certain Xavier Niel, dans le capital d'Exaion.
Malgré une validation de l'opération, la France surveillera de près le devenir Exaion
Le 11 août dernier, EDF avait créé la surprise en annonçant céder 64% d'Exaion, sa filiale spécialisée dans les services numériques, à la société américaine et mineur de cryptomonnaies MARA Holdings pour 168 millions de dollars. Ce n'est pas, puisque l'acquéreur disposait d'une option pour monter jusqu'à 75% du capital d'ici 2027.
Sauf que la France, actionnaire d'EDF et gardienne autoproclamée de sa souveraineté technologique, n'entendait pas laisser passer ça sans dire un mot. Le dossier a donc atterri sur les bureaux du Ministère de l'Économie, qui dispose, via le mécanisme de contrôle des investissements étrangers en France (IEF), d'un droit de regard (et de blocage) sur les opérations jugées sensibles.
Après un examen complet de Bercy, l'autorisation a finalement été accordée, en étant tout de même assortie de trois conditions juridiquement contraignantes. L'opération doit assurer le maintien des activités d'Exaion sur le sol français, ainsi que la réinternalisation de la majeure partie des services assurés pour EDF afin qu'aucune donnée sensible de l'énergéticien ne soit hébergée sur les serveurs d'Exaion. Le ministère se réserve aussi le droit de surveiller en permanence que ces règles soient bien respectées sur le long terme.
NJJ entre au capital et les intérêts français reprennent la majorité à la gouvernance d'Exaion
L'État ne s'est pas arrêté aux conditions sur les données. Bercy a également exigé la suppression totale d'une clause que MARA voulait imposer à EDF. Celle-ci lui aurait interdit de se lancer dans des activités concurrentes à Exaion après la vente. Concrètement, grâce aux exigences du ministère de l'Économie et des Finances, EDF peut continuer à développer ses propres projets numériques, sans aucune restriction.
L'État a aussi imposé une condition inattendue. Il a obligé EDF à rouvrir les négociations pour qu'un investisseur français entre dans la danse. Et c'est le groupe NJJ qui a été retenu. La holding, qui appartient à Xavier Niel, possède de multiples participations, dans l'immobilier notamment, et bien entendu dans les télécoms (Monaco Telecom en Principauté ; Salt en Suisse ; Proximus en Belgique ; Movistar au Chili etc.). Au final, NJJ et EDF ensemble détiennent près de la moitié du capital d'Exaion. Et au conseil d'administration, qui prend les grandes décisions, les Français occupent 5 sièges sur 8.

Le ministre de l'Économie Roland Lescure a résumé cet arbitrage, à sa façon. « Nous avons été extrêmement vigilants : l'État a refusé une cession exclusive pour imposer un partenariat équilibré. Dans cette opération, l'État avance sur deux jambes : nous confirmons l'attractivité de la France pour les investissements internationaux, tout en assurant une protection intransigeante de nos intérêts stratégiques et de notre souveraineté technologique. » En clair, l'Hexagone envoie le signal qu'il reste ouvert aux capitaux étrangers, mais pas à n'importe quel prix.