Clubic’Innovations : "l’arrivée des robots est imminente et notre seule limite c’est nous-même"

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Le 20 novembre 2014
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Clubic interroge ceux qui font l'innovation d'aujourd'hui et de demain. La rédaction sélectionne les professionnels de la prospective afin de connaître ce qui les inspire et quelles sont les technologies à suivre. Afin de comprendre comment les sociétés utilisent et s'approprient l'innovation, Jérôme Toucheboeuf, directeur général Mediapost Communication, en charge de l'innovation dans la branche numérique de La Poste répond à nos questions.

+ Comment vous informez-vous pour dénicher les innovations de demain ?

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J'utilise particulièrement ceux qui me permettent d'agréger de l'information. De manière classique, je pratique énormément Google News et Flipboard. Des outils comme Scoop.it, édités par des personnes qui ne sont pas des professionnels mais qui agrègent des contenus, sont également intéressants car les internautes qui les nourrissent ont développé des compétences dans des domaines particuliers.

L'agrégation est un moyen de faire un tri dans l'information. Quant aux réseaux sociaux, ils sont utiles pour être guidé par un flux et laisser le choix au hasard. Twitter est par exemple utile pour obtenir des informations ne provenant pas des marques. Il faut cependant se constituer une liste de contacts pertinents car ce n'est évidemment pas le mot-dièse #innovation qui va m'apporter beaucoup de choses.

+ Parmi vos lectures, lesquelles vous inspirent ?

Deux ouvrages m'ont particulièrement marqué en matière d'innovation. « L'homme numérique » de Nicholas Negroponte, rédigé en 1995 est une œuvre qui disait déjà tout en matière de numérique. Cet ancien du MIT et co-fondateur de Wired a fait beaucoup pour défricher des domaines clés. Cela ressemblait à de la Science-fiction à l'époque et nous nous demandions comment nous allions arriver à un tel degré de connectivité entre les utilisateurs. Nous y sommes désormais parvenus.

Le second ouvrage est « L'âge de la multitude » de Nicolas Colin et Henri Verdier. L'intérêt du livre réside dans la compréhension du fait que nous sommes dans une époque où c'est le public qui crée la donnée, apporte les idées. Tout s'autogénère et fini même par générer de nouveaux usages.

"Steve Jobs a engendré la capacité de créer des pans entiers de l'économie"



+ Quelle est votre icône du numérique ?

Au risque d'être classique, mais j'assume cette réponse, je suis définitivement Steve Jobs. Je pense que cet homme a créé beaucoup de choses, c'est lui qui a apporté la notion d'expérience en informatique, notamment grâce aux micro-ordinateurs. Il a engendré des choses très profondes comme la capacité de créer des pans entiers de l'économie et d'aller vers la musique, de réinventer des produits en faisant se rencontrer le business et le public. Peu y sont arrivés, beaucoup l'ont copié même si lui aussi a su copier dans certains cas, mais il a ensuite réussi à réinterpréter les choses pour créer de véritables business.

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Il y a bien d'autres entrepreneurs talentueux dans le digital, notamment en France, ne l'oublions pas mais s'il faut donner le nom d'une icône, je pense au patron d'Apple. Il faut également comprendre qu'il n'a pas tout fait tout seul mais a su s'entourer des bonnes personnes et emmener des gens autour de ses projets.

+ Quelles sont les conditions qui favorisent l'innovation ?

Un seul paramètre doit servir de vecteur à l'innovation : comprendre le changement de la société grâce au digital. C'est-à-dire comprendre que les attentes de la société, grand public et entreprise, changent rapidement et de pouvoir les anticiper. L'échec d'un prototype, l'acharnement d'un entrepreneur permettent d'innover. Avec ces éléments, il est possible de créer des choses.

Il y a désormais cette capacité pour les professionnels de pouvoir pivoter, de modifier leur stratégie en cours de route. Dans le pivot, il y a la recette de l'innovation car on retrouve ces notions d'échec, de risque, de rêve, d'évolution... Ces ingrédients vont permettre qu'à un instant T le succès intervienne.

+ Quelle techno/innovation récente vous a dernièrement surpris ?

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Nous entrons dans une période pendant laquelle il n'y a plus une innovation en particulier qui va nous bluffer. Nous vivons une période d'accélération permanente avec une multitude de choses qui coexistent. Les drones, les réseaux sociaux, les algorithmes sur les données, les objets connectés sont tous présents et ces projets avancent vite.

Cet ensemble de choses est à la fois nouveau et fascinant car plusieurs technologies se développent en parallèle. Le plus important reste de ne pas insulter l'avenir et d'être ouvert par rapport à tout. Ce qui freine actuellement l'innovation c'est lorsque l'on dit que « cela n'arrivera pas ». Alors que tout peut arriver. Oui demain, on pourra se faire livrer des biens par drones, avoir des robots complexes à domicile, des services basés sur l'analyse complexe des données, des objets connectés partout, nous sommes dans une période charnière.

L'arrivée des robots par exemple est imminente et face à cela notre seule limite c'est nous-même. Il faut d'ores et déjà comprendre que certaines choses vont exister demain, cela interroge forcement nos propres capacités dans l'avenir.

"L'individu n'aime pas le changement mais l'innovation modifie nos habitudes"



+ Aller courageusement là où aucun homme n'est jamais allé auparavant correspond-t-il à votre vision du métier ?

Oui parce que la notion de courage est réelle quand on parle d'innovation car on va à l'encontre du confort. On prend donc des risques énormes de se tromper, en termes de crédibilité ou même de passer pour un fou. L'individu n'aime pas le changement mais l'innovation modifie nos habitudes. Il s'agit donc de se mettre dans cette zone d'inconfort que représente le changement.

+ Collaborer avec les start-up est-il le meilleur moyen de tester de nouveaux concepts ?

Aujourd'hui, la start-up doit représenter un moyen de stimuler les acteurs industriels et les grandes entreprises. Ces dernières se sont mises en mouvement pour intégrer l'innovation mais ce changement n'est pas nécessairement dans leurs gênes. Les start-up sont des entités qui osent, des éléments qui vont plus loin, qui dérangent parfois mais qui doivent s'intégrer aux grandes entreprises.

De l'autre côté, les start-up sont dans une complexité importante car au-delà de celles qui lèvent beaucoup d'argent, il y a une multitude d'entreprises qui cherchent encore leur marché. Le contexte est très difficile lorsqu'elles sont sur des idées nouvelles. Il est donc indispensable qu'elles s'associent à des structures plus importantes. Le terreau est fertile à mon sens dans les grandes entreprises.

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+ Si vous aviez une baguette magique, quelle technologie voudriez-vous utiliser dès à présent ?

Je souhaiterai avoir un drone individuel pour pouvoir me déplacer plus rapidement. Je pense qu'actuellement nous n'en sommes pas si loin. On doit pouvoir donner des règles en la matière pour que tout cela s'organise. La question n'est pas de dire que cela n'arrivera jamais mais comment on prévoit, on anticipe ce type d'usage.

Regardez dans n'importe quel film de Science-fiction comment tout le monde se déplace, que ce soit dans le 5ème Elément ou d'autres, on est bien dans un mode de déplacement différent de celui qui est utilisé à l'heure actuelle.

Pour en savoir plus
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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