MWC 2015 - Interview Huawei : retour sur les enjeux de la 5G

03 mars 2015 à 07h48
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Si le salon du Mobile World Congress est l'occasion de découvrir les nouveaux terminaux qui seront commercialisés dans le courant de l'année, nous en avons aussi profité pour en savoir un peu plus sur la 5G, ses promesses et son calendrier de déploiement. Pour ce faire, Mérouane Debbah, directeur de la division R&D chez Huawei France, a accepté de répondre à quelques-unes de nos questions.

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Pourriez-vous revenir sur ce qu'est la 5G ?

Mérouane Debbah : Il faut déjà comprendre les évolutions des réseaux cellulaires. La 2G est un concept qui a été mis en place dans les années 90, avec une durée de vie de 20 ans, ce qui correspond à peu près à une génération. Les recherches ont débuté en 1987. Nous commençons maintenant à voir des réseaux 2G qui s'éteignent. La 3G a commencé dans les années 2000. Le pré-requis était la visiophonie... mais bon, c'est raté parce que ce n'est pas un usage répandu.

La recherche en 3G a commencé dans les années 95, avec les premiers prototypes dans les années 2000. Encore une fois, le réseau a une durée de vie de 20 ans, jusqu'en 2020. Dans les années 2003-2004, on a débuté les travaux sur la 4G, avec une volonté d'avoir les premiers réseaux en 2010 jusqu'à l'horizon 2030. Cela englobe toutes les évolutions de type 4G+, 4G++, 4.9G... Au départ, la volonté était de faire de l'Internet mobile.

Concernant la 5G, nous souhaitons qu'elle apparaisse en 2020, et donc, jusqu'en 2040. Nous avons activé la recherche en 2012. La technologie doit être prête en 2020. En 2016, nous devrons avoir trouvé les technologies compatibles avec la 5G pour que le standard se mette en place, sur une période de deux ans. Avec la 5G, l'objectif est de connecter tous les objets.

Pourriez-vous élaborer sur les objectifs de la 5G ?

M.D : Parmi les pré-requis de la 5G, il faut multiplier les débits par un facteur de 100. Il faut que la 5G puisse englober un nombre d'objets très important. Certains parlent de 1 million par km2. Cela peut être des smartphones mais aussi des voitures ou n'importe quel objet. Par ailleurs, il faut un temps de latence d'un point à un autre qui ne dépasse pas 1 ms. Actuellement, nous sommes sur 30 à 40 ms. Le quatrième critère concerne l'autonomie des batteries. Nous souhaitons que la consommation énergétique des batteries diminue quasiment par un facteur de 1000, ce qui est énorme. Mais on y arrivera sur certains types d'objets. Enfin, ils ne veulent plus avoir de zones blanches. Il faut donc avoir une couverture uniforme.

Pourquoi un temps de latence si faible ?

M.D : Parce qu'il ne s'agit pas simplement de surfer, mais aussi de contrôler certains appareils à distance, par exemple la voiture connectée. Si je demande via le réseau de la faire tourner à droite, la réponse, et donc l'action, ne doit pas prendre plus de 1ms.

Quelle est la promesse d'une couverture uniforme ?

M.D : Lorsqu'il y a des zones blanches, cela change la manière dont les utilisateurs consomment. Si tu sais que tu as plus de débit là ou là, alors tu retardes ta consommation. Cela pose notamment des problèmes de tarification pour les opérateurs. S'il y a plus de débit à la maison, alors tous les téléchargements de la journée seront effectués le soir, par exemple.

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Quand pourrais-je voir les premiers smartphones compatibles 5G ? Quand le déploiement sera-t-il effectué chez les opérateurs ?

M.D : Le standard sera validé en 2018. Les premiers smartphones compatibles verront donc le jour en 2018 ou 2019. Chez les opérateurs le réseau 5G ne sera pas mis en place avant 2020 puisqu'il y a encore des évolutions à venir de la 4G et ils voudront donc aller plus loin. Par contre, nous avons plein d'objets communicants que l'on pourrait raccorder à un réseau 5G et dont on ne sait pas trop quoi faire aujourd'hui.

Quel est le débit théorique promis par la 5G ?

M.D : Nous voudrions proposer 100 Mbit/s par utilisateur, et 1 Tbit/s par km2, lequel est ensuite partagé par le nombre d'utilisateurs. A titre de comparaison, la 4G offre 1 Gbit/s par cellule et donc de manière partagée. Actuellement, si vous avez de la 4G, vous ne dépassez pas 30 Mbit/s. La 3G offrait de son côté 384 Kbit/s avec la 3G++ on arrivait en théorie jusqu'à 2 Mbit/s.

Mais concrètement à quels usages répond la 5G ?

M.D : Certains parlent de pourvoir lire en streaming du contenu 4K ou 3D. On peut imaginer du e-learning en 3D avec des interactions en direct. D'après nos études pour la lecture en streaming du 4K ou du 8K il faut un débit minimum de 100Mbit/s.

En France, qui travaille sur la 5G ?

M.D : Chez Huawei notre centre de recherche y travaille, plus précisément une équipe de mathématiciens. Je gère personnellement une équipe de 70 personnes. Il faut savoir que sur les 150 000 employés de Huawei, la moitié d'entre eux sont des chercheurs. En France il y a aussi Alcatel Lucent. Nous constituons les deux principaux pôles.

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Outre un financement partiel de l'Union Européenne, la société Huawei investit-elle beaucoup dans le développement de la 5G ?

M.D : Nous sommes les seuls avec Samsung à mettre autant d'argent et c'est une première. Huawei a injecté 600 millions de dollars. Chez Samsung, ils ont investi aux alentours d'un milliard. Pour un industriel, les moyens sont quand même assez conséquents par rapport à ce que l'on a connu dans les générations précédentes.

Avez-vous tenté de vous rapprocher de Google ou Microsoft pour qu'ils participent au financement de la 5G ? Après tout, le secteur de la mobilité constitue le futur de leur marché économique...

M.D : Nous avons effectivement entamé des contacts. Toutefois les discussions n'ont pas été engagées sur la 5G.

Quel est le pays au sein duquel les recherches sur la 5G sont les plus avancées ?

M.D : Il y a la réalité et les faits. Depuis 2011-2012 l'Europe veut faire de la 5G son cheval de bataille. On a réussi à définir la 2G. Sur la 5G, on ne veut pas louper le coche. Il faut dire que les grands industriels sont en Europe, qu'il s'agisse d'Ericsson, Nokia Siemens, Alcatel Lucent...

Par contre, il est clair qu'il y a une scission au niveau asiatique au regard des moyens et des investissements avec Huawei et Samsung. Il est certain que la standardisation de la 5G passera par l'Europe pour la simple raison que le système est génial au niveau européen et que les grands constructeurs sont là.

Et après ? la 6G ?

M.D : Oui à horizon 2021. D'ailleurs, l'un de nos dirigeants est récemment venu en France et nous a demandé d'amorcer les premiers travaux sur la 6G. Il n'y a encore aucune spécificité arrêtée mais je travaille par exemple avec deux physiciens qui planchent sur le transfert d'énergie sans fil mais c'est un projet à long terme.

Je vous remercie.



 


 

Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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