La Chine pourrait tenter de ramener des échantillons de Mars deux ans avant la NASA et l'ESA

Eric Bottlaender
Spécialiste espace
27 juin 2022 à 18h14
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Tianwen-1 orbiteur arrivée Mars © Shanghai Academy of Spaceflight Technology
Vue d'artiste de la première mission chinoise autour de Mars, Tianwen-1. © SAST

Alors que la NASA et l'agence spatiale européenne préparent la mission Mars Sample Return (MSR), un haut responsable chinois a dévoilé l'architecture d'une mission récupérant elle aussi des échantillons pour les ramener sur Terre. Un plan plus simple et moins scientifique… Pour être les premiers ?

Ce ne sera toutefois pas une balade de santé.

Un peu de Mars à la maison

Cela fait plusieurs années que les autorités spatiales chinoises ont émis leur volonté de ramener des échantillons de la surface de Mars. Néanmoins, ces espoirs n'ont pu prendre corps que depuis le succès, l'an dernier, de la mise en orbite de la mission Tianwen-1, suivi quelques mois plus tard par l'atterrissage réussi du rover Zhurong. Ce dernier poursuit par ailleurs sa mission sur la surface actuellement, même s'il économise son énergie à cause de l'hiver martien.

rover zhurong Mars Chine © CNSA
Le rover chinois Zhurong avait impressionné pour sa maîtrise, en tant que premier véhicule chinois sur Mars. © CNSA

Il n'est donc pas si surprenant de voir Sun Zezhou, responsable de Tianwen-1, présenter un concept détaillé de mission de récolte et de retour d'échantillons martiens. À un détail près : si elle venait à décoller dans la bonne fenêtre de tir, alors elle pourrait ramener son précieux matériel sur Terre deux années avant la mission conjointe entre Américains et Européens !

Concepts chinois, concepts américains

La mission chinoise (provisoirement appelée Tianwen-3) ferait appel à deux décollages, pour une architecture de mission assez simplifiée et basée sur des éléments éprouvés lors des dernières missions lunaires de la Chine. Un premier lancement aurait lieu avec un grand atterrisseur, se posant sur la surface martienne et récoltant des échantillons sur place (avec foreuse, pelleteuse, et éventuellement un tout petit rover) avant de faire décoller les éléments récoltés dans une capsule vers l'orbite.

Cette dernière serait alors rejointe par le deuxième véhicule de la mission qui les ramènerait vers la Terre, pour y larguer à son tour une capsule avec les échantillons. Ainsi, avec deux fusées « classiques » (une Longue Marche 5 et une Longue Marche 3B), la Chine pourrait, avec un premier décollage en 2027, se poser sur Mars en 2029 et revenir sur Terre en 2031.

Mars Sample Return vue d'artiste © NASA
L'atterrisseur "lanceur de fusée" du concept NASA-ESA "Mars Sample Return". © NASA

La mission conjointe entre NASA et ESA pour récupérer des échantillons martiens a déjà démarré, avec le rover Perseverance qui, patiemment, parcourt le delta du cratère Jezero pour forer et capturer les précieux sédiments sur une quarantaine de sites d'intérêt. Mais la récupération de ces échantillons ne sera pas facile.

Dans le schéma de mission actuel, deux missions décolleront en 2028 puis atterriront dans le cratère Jezero : l'une avec un rover de récupération (et/ou un hélicoptère comme Ingenuity), l'autre avec une fusée qui, une fois les échantillons à bord, rejoindra l'orbite. Charge ensuite à une autre mission européenne de les ramener à la maison avec l'orbiteur ERO en 2033.

Au jeu des retards…

Néanmoins, on aurait tort de mettre la charrue avant les bœufs, que ce soit côté chinois comme américain. D'abord, même s'il y a tout lieu de croire que la présentation de Sun Zezhou est sérieuse et entérinée par les décideurs du programme spatial chinois, le décollage d'une mission aussi ambitieuse est encore loin. Et en cinq ans, c'est possible…

Chang'E 5 CZ5 décollage © CNSA/CLEP
Une fusée déjà testée vers Mars, un concept de collecte déjà testé sur la Lune, la Chine et sa vision des progrès "par étapes" réussissent sur le long terme. © CNSA/CLEP

Mais il pourrait tout autant y avoir des retards : la Chine, souvent mise en avant comme « plus à l'heure » que les agences occidentales grâce à ses programmes de très long terme, a repoussé plusieurs fois ces dernières années ses missions lunaires Chang'E 5 puis 6. De la même façon, quelques hésitations ont mis des bâtons dans les roues du projet de la NASA, autant que les coûts estimés de la mission.

Une future « première » qui fait déjà couler beaucoup d'encre

Ensuite, on aurait tort de croire que les deux profils de mission sont équivalents. Certes, sur le plan du prestige, la Chine pourrait être la première nation à ramener des échantillons martiens. Ce qui ne serait pas sans un certain relent de « course à l'espace » façon années 60.

Mais étant donné la précision (et le danger) de l'atterrissage d'une plateforme, le dispositif chinois pour collecter et récupérer des échantillons sera forcément moins ambitieux que Perseverance, qui sillonne un paysage pendant des années et sur des dizaines de kilomètres pour trouver les sites géologiques les plus intéressants.

Ce qui ne veut pas dire non plus que le carottage d'un site « facile » est dénué d'intérêt scientifique… Simplement, les ambitions ne seraient pas les mêmes. Reste à savoir si ces prévisions se concrétisent : dans tous les cas, deux missions de récupération d'échantillons ont plus de chances de réussir qu'une seule !

Source : SPACE NEWS

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nicgrover
A qui a la plus grosse… carotte martienne…
Creuse27
Au moins ils ne promettent pas de marcher sur Mars
Bilbo
Cela ne m’étonnerait pas, la Chine a de grandes ambitions scientifiques, et cela dans tous les domaines. C’est une nation qui avance et veut être première partout.
manu_XP
c’est pas dangereux ? Qui dit ce qui se trouve la haut.
Gh0st_D0g
Tu penses bien que ces échantillons ne vont pas être ouverts à la terrasse du Starbucks d’un centre commercial ultra fréquenté
Martin_Penwald
On n’a encore jamais fait revenir en orbite un truc qui était sur Mars, me gouré-je ?
Martin_Penwald
Dangereux ? C’est-à-dire ? À moins de se trouver en dessous de la capsule quand elle retombe sur Terre, je vois pas le risque.
carinae
Typiquement ramener une bactérie ou un virus contre lequel l’homme ne serait pas immunisé…<br /> On a déjà vu avec le COVID ce que ça donnait,
Martin_Penwald
’faut arrêter de regarder des séries Z de science-fiction.
Phil_711
Y a pas de vie la bas,<br /> donc pas de virus
ypapanoel
@carinae<br /> Au mieux y’a des restes d’acides aminés là bas. Pas trop de risque de ramener même un semblant de virus, et encore moins un adapté à quoi que ce soit qui pourrait rentrer en contact avec…<br /> Mais y’a plein de scénaristes américains bas de front qui se préparent déjà !
bmustang
pourquoi aller si loin ? il suffit de se baisser et de ramasser dans son jardin ou en plein désert ? et c’est moins ridicule et plus écolo que ces missions où chacun veut montrer qui a la plus grosse.
bmustang
des ambitions de garder tout pour eux surtout et de dominer le monde
MattS32
carinae:<br /> Typiquement ramener une bactérie ou un virus contre lequel l’homme ne serait pas immunisé…<br /> On a déjà vu avec le COVID ce que ça donnait,<br /> Déjà fondamentalement, depuis le temps qu’on cherche sans trouver des traces de vie sur Mars, la probabilité qu’il y existe des virus et bactéries est extrêmement faible.<br /> Ensuite, pour qu’un virus ou une bactérie soit dangereux pour l’homme, il ne suffit pas qu’on ne soit pas immunisé contre (il y a des millions de virus sur Terre contre lesquels on n’est pas immunisés et qui sont tout de même inoffensifs), il faut aussi que le virus soit adapté à l’homme. Un virus qui passe de l’animal à l’homme, il fait généralement pas mal d’aller-retour entre les deux avant d’être pleinement adapté à l’homme et de devenir dangereux. Souvent il y a une première phase pendant laquelle il n’arrive pas à vraiment s’installer chez un hôte humain, puis il parvient à s’installer, mais ne parvient pas à passer d’un homme à l’autre (c’est le cas par exemple jusqu’à présent de la grippe H5N1, qui parvient désormais à infecter l’homme, mais n’est pas encore transmissible d’homme à homme), et enfin il fini par être très bien adapté et à devenir un virus humain capable de provoquer une épidémie ou une pandémie. Mais seule une fraction infime des virus arrivent à ce stade.<br /> Donc en plus d’avoir une probabilité très faible qu’un virus existe sur Mars, si jamais c’était le cas il y aurait une probabilité extrêmement faible qu’il soit dangereux pour l’homme.<br /> Enfin, tous les échantillons ramenés de l’espace sont ouverts et analysés dans des conditions extrêmement stricts, pour les protéger d’une contamination extérieure (ça serait ballot de polluer des échantillons de Mars avec des bouts de bactéries ou de virus bien de chez nous…), mais avec comme effet secondaire que ça nous protège aussi nous dans le cas où l’échantillon contiendrait quelque chose de dangereux.<br /> bmustang:<br /> pourquoi aller si loin ? il suffit de se baisser et de ramasser dans son jardin ou en plein désert ?<br /> Ce qu’on trouve assez abondamment, c’est des fragments de météorite. Pas des échantillons de sol martien.<br /> En outre, même si un bout de Mars arraché par un choc finit par arriver sur Terre, on n’aura jamais la certitude absolue de son origine martienne, et l’échantillon sera forcément altéré chimiquement par sa traversée de l’atmosphère (chauffage, contact avec les gaz atmosphériques) et sa chute au sol.<br /> Aller chercher un échantillon sur place permet d’avoir un échantillon dont on est sûr qu’il vient de Mars, et dont la composition a été préservée.
bennukem
Moi j’ai tenté il y a déjà 20 ans. C’était bien plus tôt que tout le monde donc…<br /> Bref « tenté » c’est pour dire qu’on y arrive pas encore.
ptitepuce
Il y a quelque chose qui m’échappera toujours.<br /> Pourquoi les pays les plus développés ne s’associent pas tous ensemble dans un projet unique, pour mener ce genre de missions ?<br /> Ça simplifierait, chaque pays apporterait sa pierre à l’édifice, et les carottes rapatriées de mars ou autre planète/astéroïde ne serait la propriété de personne (faire une loi qui viserait à encadrer proprement tout ça, ils savent faire des lois quand il le faut).<br /> Après tout, la découverte de l’univers est quelque chose qui intéresse toute l’humanité, pas seulement 3-4 pays aisés.<br /> Mais bon ce serait trop beau, pour qu’un jour ceci se réalise.
julla0
C’est beau ce que tu dis…
carinae
Je n’en discuté pas la véracité… simplement j’en conçoit une certaine inquiétude… On n’en sait trop peu pour pouvoir juger (quoi qu’en dise certains) il n’y a pas si longtemps on n’imaginait pas la vie dans les fonds marins ou des environnements extrêmes alors sur une autre planète…
ypapanoel
Si tout le monde raisonnait comme toi peut être que ça marcherait, oui. Ca serait bien.<br /> mais bienvenue dans le vrai monde!<br /> déjà que rien que dans une copro y’a toujours des emmerdes même avec les trucs de base qui servent à tout le monde, alors à ce niveau et vu les investissements et les retombées potentielles…
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