L'UE subventionne un nouveau projet de synthèse de viande en laboratoire à hauteur de 2,7 millions d’euros

18 octobre 2020 à 12h00
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Perçue comme une alternative vertueuse par certains, une hérésie par d’autres, la production de viande de synthèse, ou viande cellulaire, reste à un stade embryonnaire. Mais l’Union Européenne voit ce procédé comme une solution d’avenir et a décidé de subventionner un nouveau programme de recherche baptisé Meat4All.

Afin d’assurer un apport en viande animale à des milliards d’êtres humains dans les prochaines décennies, beaucoup estiment que l'élevage intensif et l'agriculture industrielle telle qu’ils se pratiquent aujourd’hui ne sont pas une solution viable.

Les critiques à ce sujet sont nombreuses : importantes émissions de gaz à effet de serre, dont du méthane, colossale consommation d’eau, ou encore effets délétères sur les écosystèmes naturels ; ajoutez à cela des condamnations d’ordre éthique, touchant au bien-être animal. Ainsi, à moins de rendre toute la planète végétarienne, l’une des alternatives aux méthodes de production actuelle est, peut-être, la viande de synthèse.

Le projet ayant reçu le plus important financement jusqu'à présent

C’est en tout cas la conviction de l’entreprise BioTech Foods, située à San Sebastián en Espagne. Depuis 2017, elle produit une viande de porc cultivée en laboratoire appelée Ethicameat.

En collaboration avec la firme française Organotechnie, elle travaille aujourd'hui sur un projet baptisé Meat4All. Son but : « L'industrialisation et la commercialisation d'une source alternative de protéines animales compétitive, durable et orientée vers le consommateur ».

Dans le cadre de son programme de recherche Horizon 2020, l'Union Européenne a décidé de subventionner ce projet. La décision, qui a été prise en août dernier, n’a été rendue publique que récemment. Le montant de l'aide accordée : 2,7 millions d’euros.

Iñigo Charola, P.-D.G. de BioTech Foods, a déclaré : « C'est une grande satisfaction pour toute l'équipe de BioTech Foods et pour nos partenaires d'Organotechnie d'obtenir ce soutien de l'Union européenne pour notre projet Meat4All. C'est la première fois que l'Europe s'engage effectivement en faveur de la viande de culture. Ce sera un ingrédient clé de notre futur régime alimentaire, et nous avons maintenant la confirmation que les institutions le pensent aussi ».

Notez toutefois que, contrairement à ce qui est dit ci-dessus, ce n’est pas la première fois que l’Union Européenne accorde des fonds publics à un tel projet. Elle avait octroyé 2,5 millions d’euros au programme CCMeat mené par la firme islandaise ORF Genetics ainsi que 50 000 € à un autre projet espagnol, Cultured Beef, dirigé par SME Greenfoods Network, en 2017 ; Meat4All peut donc malgré tout s’enorgueillir d’être le mieux financé.

Un marché à conquérir

Grâce à ce coup de pouce financier, le consortium souhaite augmenter sa production de viande de synthèse, actuellement de quelques kilogrammes, à plusieurs tonnes, sans que cela n’affecte sa qualité nutritionnelle. BioTech Foods tend également à cultiver des cellules qui ne soient pas génétiquement modifiées et à se passer de sérum animal. Enfin, l'entreprise prévoit également de mener des études de marché afin de bien cerner les attentes des consommateurs.

Le consortium conclut : « En étendant cette technologie, Meat4All créera un nouveau domaine de développement qui permettra à l'industrie européenne de tirer parti du potentiel élevé de ce marché, en favorisant la compétitivité et en créant de la croissance dans toute l'Union Européenne. Le défi : atteindre la capacité de production nécessaire pour approvisionner l'industrie de la viande ».

Toutefois, si Iñigo Charola présente, logiquement, la viande de synthèse comme une solution d’avenir, son enthousiasme est à relativiser. En effet, un rapport daté de l’année dernière, élaboré par des chercheurs de l’Université d’Oxford et relayé par Le Monde , stipule que la production de viande en laboratoire serait en réalité plus nocive que l’élevage industriel à long terme. En cause, le rejet de dioxyde de carbone émanant des incubateurs : bien que le CO2 soit nettement moins polluant que le méthane, ce dernier ne reste dans l’atmosphère qu’une grosse dizaine d’années, contre plus de cent pour le dioxyde de carbone.

Bref, comme souvent, il n’y aura pas de recette miracle, y compris pour la viande de synthèse…

Source : TechCrunch , UE

Modifié le 18/10/2020 à 18h26
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