Hébergement, covoiturage, troc... quand le Web favorise l'économie du partage

23 janvier 2015 à 16h14
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Véritable recette anti-crise, l'économie collaborative prend une ampleur incroyable dans de nombreux pays, dont la France. Partage de logements et de voitures, échange de compétences professionnelles, cuisine entre particuliers, trocs et prêts low cost... Des start-up fleurissent dans tous les secteurs pour consommer mieux et moins cher.

Plus qu'une tendance, l'économie collaborative (« sharing economy » en anglais) est devenue un phénomène de masse. Alimentation, tourisme, transport, habitat, équipement, service, presque tous les secteurs de la consommation sont concernés. Aujourd'hui, on peut échanger, prêter, louer, vendre, donner, et partager à peu près tout et n'importe quoi par le biais de plateformes communautaires. Une nouvelle façon de consommer qui se propage comme une trainée de poudre à travers le monde grâce à Internet, mais aussi à cause de la crise. Quand il est possible pour certains d'arrondir leurs fins de mois, d'autres peuvent se faire plaisir sans dépenser des sommes folles. Un concept gagnant/gagnant qui compte chaque jour un peu plus d'adeptes. Au delà de l'aspect économique, ce mode de consommation séduit également sur le plan humain en favorisant la solidarité et les liens sociaux.

L'ère de la consommation collaborative

Mais qui donc a lancé cette tendance ? Fondé en 2008, le site de location de logements entre particuliers Airbnb est souvent cité comme LE pionnier de l'économie collaborative sur le Web. S'il a largement contribué à faire décoller la nouvelle économie, des acteurs comme le service de covoiturage français BlaBlaCar, lancé très modestement en 2004, existaient déjà. Aujourd'hui, on dénombre au bas mot plus de 200 start-up qui surfent sur la vague de la sharing economy, en voie de bouleverser profondément nos habitudes de consommation.

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Loger chez l'habitant, échanger sa maison

Avec le covoiturage, le partage de logements entre particuliers est l'un des secteurs les plus florissants de la sharing economy. Tout a commencé fin 2007 à San Francisco, sur une idée très simple des deux fondateurs d'Airbnb, Joe Gebbia et Brian Chesky : transformer une chambre vide de leur logement en « bed and breakfast » pour arrondir leurs fins de mois. Tous deux designers, ils savent qu'une importante conférence sur le design industriel va se tenir dans leur ville, et qu'à cette occasion, tous les hôtels affichent complet. Ils installent des matelas gonflables (airbed en anglais) et créent un site Internet pour publier leur offre qu'ils appellent « Air Bed And Breakfast » (« un matelas gonflable et un petit déjeuner »), devenu par la suite Airbnb. Bingo, ils hébergent trois participants en mal de logements et empochent un millier de dollars au passage. L'histoire est en marche.

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Les fondateurs d'Airbnb Joe Gebbia, Nathan Blecharczyk et Brian Chesky


Une offre exponentielle

Depuis le lancement d'Airbnb en 2008, la location de logements entre particuliers explose. Un loft au cœur de Paris, une péniche au bord de la Tamise à Londres, un bungalow sur une plage de Thaïlande, ou une cabane dans les arbres au Canada, on trouve une diversité incroyable de logements jusqu'à deux à trois fois moins chers que dans un hôtel. Le concept se décline aujourd'hui sous toutes les formes : dormir gratuitement chez l'habitant dans le monde entier avec couchsurfing (littéralement « surf de canapé »), mettre une chambre en location pour quelques nuitées sur cohebergement, séjourner dans des lieux d'exception dénichés sur LeCollectionist, sous-louer des appartements entre étudiants via switcharound, ou encore échanger sa maison grâce au service GuestToGuest. Tout est possible.

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Un chalet grand luxe à Megève avec jacuzzi sur le balcon et piscine intérieure, voici le type de locations disponibles sur LeCollectionist


Mode de fonctionnement

Ces plateformes communautaires permettent de confronter l'offre et la demande entre les particuliers. Elles mettent en relation les internautes qui souhaitent louer ou échanger leur logement, avec ceux qui en recherchent un. Tous les utilisateurs doivent créer un profil, fournir une adresse de messagerie et un numéro de téléphone, qui sont ensuite vérifiés. Les hébergeurs sont libres de fixer leur prix et doivent présenter leur logement le plus précisément possible en l'agrémentant de photos. À noter qu'Airbnb peut envoyer à ses frais un photographe professionnel pour mettre en valeur les lieux à louer. En cas de sinistre, de vol ou de vandalisme, les hôtes sont couverts par une garantie plus ou moins importante (jusqu'à 700 000 euros sur Airbnb).

Afin d'éviter les mauvaises surprises, mieux vaut lire attentivement les descriptifs et ne pas hésiter, au besoin, à questionner les propriétaires. Sans oublier bien sûr de consulter les commentaires laissés par les précédents locataires. Par ailleurs, il est important de prendre connaissance de la réglementation qui peut différer d'un service ou d'une location à l'autre : vérifier les conditions d'annulation, les horaires d'arrivée et de départ, les frais de dossier ou de ménage, les éventuelles taxes locales ou cautions demandées, etc. Les plateformes assurent les transferts d'argent sur lesquels elles prélèvent une commission. Pour pouvoir bénéficier de leur protection en cas de litige (annulation, demande de remboursement...), il faut impérativement effectuer toutes les démarches via leur site Internet ou application mobile.

Chaque service repose sur un modèle économique différent. Airbnb prélève 3 % de frais sur le prix de la nuitée à l'hébergeur, et une commission variant de 6 à 12 % aux locataires. Sur cohebergement, l'hébergeur ne paye aucun frais, alors qu'une commission de 15 % du montant de la réservation est prélevée aux locataires. Le site de troc de maisons gratuit GuestToGuest a développé un système de points : plus un bien est loué, plus son propriétaire engrange des points qui lui permettront de louer à son tour. À noter qu'il propose des services optionnels (tiers de confiance pour la caution, assurance ...) sur lesquels il prélève une commission.

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Troc, don, location...

Besoin d'un coup de main pour déménager, de faire repeindre une pièce, ou de cours de soutiens scolaires pour le petit dernier ? Des sites étonnants comme Gchangetout mettent en relation des internautes qui peuvent échanger des compétences contre des biens. Un écran TV contre un défrichage de son jardin, un smartphone contre une vidange de la voiture, chacun peut trouver ce dont il a besoin. Créé en 2005, le pionnier du troc d'objets digiTroc est basé sur un système de points qui multiplie les possibilités. Pour chaque objet déposé, le site délivre un crédit de points aux membres, qui peuvent ensuite faire leurs emplettes à leur guise sur le site. Les plus démunis peuvent compter sur la générosité des internautes qui font toutes sortes de dons d'objets sur des plateformes d'échange comme Freecycle, Donnons ou encore Recup. Des initiatives généralement issues d'une mouvance écologique prônant le recyclage pour réduire les émissions de CO2.

Selon une étude d'Ipsos datant du 15 janvier, 21 % des Français ont déjà eu recours à un service de covoiturage. Numéro 1 du secteur, le français BlaBlaCar, qui compte plus de 10 millions de membres, a récemment été valorisé à 1,2 milliard de dollars. Le principe est simple, il met en relation conducteurs et passagers pour qu'ils partagent les frais. Les passagers paient à l'avance le montant demandé via le site et reçoivent un code à présenter au conducteur. Beaucoup de voix s'élèvent néanmoins pour dénoncer les frais élevés prélevés par BlaBlaCar : de 7,92 à 14 % en fonction de la date de réservation. Il existe des alternatives entièrement gratuites pour les particuliers comme la Roue Verte.

Autre phénomène en vogue, l'autopartage ou la location de véhicules entre particuliers, qui compterait plus de 100 000 adeptes en France. OuiCar, Livop et bien d'autres, proposent des tarifs jusqu'à 40 % moins chers que les loueurs professionnels. De plus, chaque location est couverte par une assurance « tous risques » incluse dans le prix. Livop élimine même la contraignante remise des clés. Le service fait installer gratuitement un petit boîtier baptisé Livop-box dans le véhicule de ses membres, qui permet ensuite d'ouvrir leur voiture à l'aide d'un smartphone. Le loueur se voit délivrer une clé virtuelle via son application mobile et récupère la vraie clé pour démarrer à l'intérieur du véhicule.

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Du camping-car à la machine à laver

Simple, rapide, écologique, et économique, l'autopartage a tout pour plaire, d'autant que les propriétaires peuvent ainsi rentabiliser leur voiture. Un concept dont s'est inspiré DirectCampingCar pour la location de camping-car, ou encore Sailsharing pour celle des bateaux.

Depuis sa création en 2007, la start-up française Zilok (propriétaire de Ouicar) permet de louer n'importe quels appareils. De la perceuse, à l'aspirateur, en passant par la console de jeux, ou la poussette pour bébé, tous ces objets peuvent être loués à proximité de chez soi. Inspirés par la pénurie de laveries automatiques, quatre étudiants lillois ont eu l'idée de lancer le site La Machine du Voisin. Fondé en 2011, ce service original référence plus de 3000 heureux possesseurs de machines à laver prêts à accueillir leurs voisins le temps d'une lessive.

Convivialité, échange de compétences

Manger des petits plats chez le voisin, jouer les restaurateurs à domicile, ou commander un repas à emporter chez l'habitant, c'est l'une des dernières tendances en vogue de la sharing economy. Parmi les services les plus connus, citons Cookening qui propose à de parfaits inconnus de partager un bon repas, ou SuperMarmite sur lequel on trouve toutes sortes de plats à emporter. Le principe est simple : il suffit de saisir la date et l'heure pour qu'une liste de tables et de plats mijotés disponibles dans son quartier ou sa ville apparaisse à l'écran. Colombo de poulet, risotto aux champignons, couscous maison, cookies moelleux, il est possible de se régaler sans se ruiner (entre 3 et 7 euros en moyenne la part). Là encore, les commentaires des utilisateurs représentent une précieuse source d'informations pour dénicher de bonnes adresses.

Mettre à profit d'autrui ses compétences dans un domaine particulier pour gagner un peu d'argent, voici le principe de Zaarly. Gros succès aux États-Unis, ce service de proximité référence aussi bien des mères de famille qui cuisinent sur leur temps libre pour arrondir leurs fins de mois, que des menuisiers capables de fabriquer des meubles à la demande, ou des paysagistes en mesure de réhabiliter n'importe quel jardin... Le service Vayable fait quant à lui un tabac en mettant en relation des locaux avec des touristes dans plus de 800 villes à travers le monde. Moyennant une commission fixée à l'avance, les guides amateurs notés par les internautes rivalisent d'imagination pour suggérer des parcours atypiques hors des circuits touristiques.

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Du pour et... du contre

Avec les États-Unis, la France est le second plus important vivier de start-up de la sharing economy et compte déjà quelques belles réussites comme Zilok, BlaBlaCar, Cookening, etc. Grâce aux innovations technologiques, de vieilles pratiques telles que le troc reviennent au goût du jour, et favorisent le contact et les rencontres entre les internautes. Échanger plutôt que d'acheter, donner ou prêter plutôt que de jeter, les principes fondamentaux de l'économie collaborative sont aussi une affaire de bon sens en période de crise. Le succès des pratiques collaboratives force également les entreprises traditionnelles à se remettre en question.

Il y a toutefois un aspect moins reluisant et peu évoqué, ce sont les abus et les arnaques en tous genres. Le service qui traîne le plus de casseroles est sans aucun doute Airbnb. Entre les annonces trompeuses, les appartements fantômes, les vols commis par des propriétaires ou des locataires peu scrupuleux, des taxes imaginaires que tentent parfois de soutirer illégalement les hébergeurs, et les problèmes récurrents de voisinage, les mésaventures d'internautes ne manquent pas. Airbnb ne communique pas sur les sujets qui fâchent, et pire encore, le service aurait tendance à supprimer les commentaires et les comptes d'internautes abusés, comme le prouve ce témoignage parmi de nombreux autres relatés sur TripAdvisor. Pour tenter de se prémunir des risques d'arnaques et de plaintes en justice, le service distille des conseils et des liens vers des articles de loi sur son site Internet. Pas sûr que cela suffise.

Lorsque des petites start-up de la sharing economy deviennent de gigantesques machines à cash comme Uber et Airbnb (valorisées respectivement à 40 et 13 milliards de dollars), elles posent de sérieux problèmes aux acteurs traditionnels. Concurrence déloyale, pratiques commerciales douteuses, non-respect des règles de sécurité, le service de VTC Uber fait l'objet de nombreuses critiques. Plusieurs pays, dont l'Inde, l'Espagne et la Thaïlande ont décidé de l'interdire purement et simplement. Son service UberPop, qui permet à des particuliers de jouer les chauffeurs avec leur véhicule personnel, a été également interdit aux Pays-Bas, et pourrait bientôt l'être en France et en Belgique. Pas mieux du côté d'Airbnb qui menace de plus en plus le secteur de l'hôtellerie, et provoquerait d'inquiétantes pénuries de logements à louer dans certaines grandes villes. Après New York qui a fait interdire aux propriétaires de louer leur logement pour une durée inférieure à 29 jours, d'autres villes planchent sur des lois visant à restreindre son expansion. Reste donc encore à trouver des réglementations intelligentes et équitables pour encadrer ce nouveau mode de consommation en vogue.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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