Live Japon: le Ceatec sans les géants

10 octobre 2015 à 17h06
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Ce petit robot, Robohon de Sharp, était cette année la star du salon de l'électronique de Tokyo, le Ceatec. Et pour cause, il était un peu seul à représenter les grands noms nippons de l'électronique. Certes, les fabricants de composants étaient bien présents avec leurs pépites technologiques qui seront un jour dans nos appareils, mais les puces ont pris la place des géants qui, eux, étaient absents. Il y avait bien sûr des choses très intéressantes à ce salon, et Clubic vous les as présentées tout au cours de la semaine, mais ce n'était pas l'ambiance habituelle.


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Pas de Toshiba, Hitachi ni Sony pas plus que NTT Docomo ou KDDI qui pourtant font habituellement le spectacle. Parmi les marques les plus connues du grand public, il ne restait grosso modo que Sharp, Panasonic, Fujitsu et Mitsubishi Electric, et toutes faisaient service minimum, en ne présentant qu'une infime partie de leurs produits et activités.

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"Nous avons notre propre salon (le Fujitsu Forum) où, sur un espace beaucoup plus vaste pour nous seuls, nous exposons tout", nous a rappelé un porte-parole de Fujistu. NEC pourrait dire la même chose.
Si Sharp, pourtant un temps au bord de la faillite, était au Ceatec cette année, c'est sans doute parce que l'un de ses dirigeants préside actuellement le comité d'organisation de ce salon et qu'il pouvait y montrer son premier écran commercial 8K, destiné aux professionnels.
Sony fait l'impasse parce que le groupe considère que le Ceatec ne lui apporte finalement pas grand chose et Toshiba comme Hitachi sont des mastodontes qui sont devenus bien plus actifs dans d'autres domaines que l'électronique grand public et l'électroménager, des activités devenues assez marginales dans leur portefeuille et qu'ils ont même tendance à sous-traiter.


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Reste qu'il est bien triste de voir cette vitrine avant-gardiste qu'était le Ceatec se muer en salle de présentation de composants pour les professionnels avertis. Fut un temps pas si lointain où les familles allaient le samedi au Ceatec découvrir les produits qu'elles auraient peut-être dans leur salon, leur voiture ou leur sac l'année suivante. Désormais, on imagine assez mal quel plaisir auraient des adolescents à arpenter les travées des halls de Makuhari, en banlieue de Tokyo.

Ce changement ( ou ce dépérissement ?) reflète-t-il l'état de santé de l'électronique japonaise ? Oui, en partie du moins. Parce que la concurrence sur les produits audiovisuels s'est accentuée et que les prix sont tirés vers le bas, les Japonais ont de plus en plus de mal à continuer de se démarquer dans ces secteurs où les marges sont très difficiles à conserver. Du coup, ils s'en éloignent, à l'exception de Sony qui continue certes mais en axant sur une gamme réduite de produits, pour une clientèle plus internationale, en ciblant plutôt la tranche moyen/haut de gamme.
Panasonic tire plus de revenus des produits divers pour l'habitat et composants pour l'automobile que des téléviseurs et équipements audio ou PC. S'il a relancé la marque audio de luxe Technics (en promettant pour l'année prochaine une platine à disque vinyle), c'est pour un marché de niche et ce n'est pas là qu'il va beaucoup investir ni trop risquer de perdre de l'argent.
Toshiba a désormais plus de recettes issues des mémoires Flash Nand que des appareils électroniques grand public. Hitachi se concentre plus sur les infrastructures (ascenseurs, équipements de production électrique) que sur les TV et autres engins domestiques.

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Les groupes nippons d'électronique servaient autrefois parfaitement le marché japonais et cela pouvait presque suffire. Le Ceatec était leur show-room. Désormais, il faut davantage viser une clientèle internationale, mais là les risques sont plus grands et leurs atouts au regard du public nippon (des fonctionnalités à n'en plus finir, des matériaux de premier choix, une forte image de marque etc.) deviennent des faiblesses quand les potentiels acheteurs étrangers sont davantage attentifs aux prix.

Parallèlement, le nombre des concurrents a grossi et les Samsung, LG et autres rivaux sont bien plus rusés pour négocier sur les marchés extérieurs que les Japonais. Que Sharp, qui était le pionnier des LCD, en soit réduit à renoncer purement et simplement au marché grand public européen en dit long sur l'échec de promotion de sa marque, et c'est bien triste. Fujitsu, l'inventeur des écrans Plasma, avait lui aussi dû jeter l'éponge et cesser cette activité.

Bref, dans un contexte concurrentiel qu'ils avaient mal anticipé, les grands noms nippons de l'électronique sont contraints de faire des choix.

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Les rivaux ne sont pas la seule raison de leurs malheurs. Historiquement, les groupes japonais ont construit leur notoriété sur les développements matériels, en prenant leur temps et investissant beaucoup d'argent et de main-d'oeuvre dans le développement de composants et produits. Ils restent forts sur ce volet mais le problème est qu'ils le sont moins sur l'aspect logiciel, lequel est en train de prendre le dessus. Ils ne sont certes pas à la ramasse, mais n'ont pas encore rattrapé leur retard.

Ce n'est pas tout: historiquement encore, les produits étaient développés par des ingénieurs, avides d'employer des technologies de pointe, mais pas forcément motivés par l'envie de proposer des produits faciles à utiliser, attractifs ou beaux. Or, c'est cela qui désormais fait aussi la différence. De plus, le cycle des produits s'est extrêmement raccourci, de sorte qu'il est difficile de suivre le rythme et de travailler des années sur un seul produits.

Bref, ce n'est pas une bonne époque pour l'électronique japonaise, même si elle a encore des atouts à faire valoir.

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Seule une orientation générale du marché des pays riches vers le haut de gamme peut lui redonner un avantage par rapport à une partie de la concurrence, mais il faut pour cela que s'améliorent significativement les conjonctures économiques américaine, européenne et japonaise.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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