Live Japon: les fins limiers d'internet débusquent un graphiste mal inspiré

15 août 2015 à 18h49
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Le créateur japonais du logo des jeux Olympiques de Tokyo 2020 vit un très mauvais moment: les internautes sont devenus son cauchemar depuis fin juillet. Sur Facebook d'abord, le graphiste belge du visuel représentant le théâtre de Liège trouve bien étrange la ressemblance de son oeuvre et celle de son lointain collègue tokyoïte. Les internautes prennent vite le relais et les médias traditionnels (TV, journaux, radios) s'emballent: pas de doute, c'est très proche.

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Puis l'on découvre dans une application d'images de fonds d'écrans pour smarphones un visuel encore plus proche du logo Tokyo 2020. Kenjiro Sano, c'est le nom du designer japonais, est alors aux Etats-Unis. Ses comptes Facebook, Twitter et le site web de son entreprise MR_Design sont fermés pour les deux premiers, inaccessible pour le troisième. Pas de numéro de téléphone non plus. L'homme reparaît quelques jours plus tard par le biais d'un communiqué dans lequel il rejette les accusations de plagiat pendant que la toile continue de s'agiter. Puis il décide d'organiser une conférence de presse à Tokyo, avec l'appui des organisateurs des JO qui prétendent alors que, juridiquement, les réclamations du graphiste belge Olivier Debie ne tiennent pas, car il n'a pas déposé son logo auprès des organismes de gestion des marques. Il n'empêche, le doute est là et M. Sano est attendu au tournant.

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Durant sa conférence de presse le mercredi 5 août à Tokyo, il s'attache à expliquer point par point pourquoi et comment il a créé le logo JO Tokyo 2020, diagrammes et autres documents à l'appui. Au départ il y avait "la lettre T en police Didot", puis le cercle circonscrit qui rappelle l'image de l'emblème des JO de Tokyo en 1964, tout comme le noir de la barre centrale, le disque rouge, qui symbolise le drapeau du Japon, en haut à gauche, "à la place du cœur qui bat".
Résultat, les accusations de plagiat sont selon lui "sans fondement". "J'ai créé ce logo ex nihilo. C'est un emblème né de mon imagination, une œuvre de ma création", affirma-t-il, tout en se disant "affecté". "J'ai été très surpris par cette réaction du designer du logo du théâtre de Liège", confesse Kenjiro Sano. "Je ne suis jamais allé en Belgique, je n'ai jamais vu ce logo, je n'ai pas compris ce qui m'arrivait et j'ai alors vécu des moments d'inquiétude."; "Et tant qu'il y est, il n'a jamais non plus voyagé sur internet", se moquent les avocats de M. Debie dans un communiqué.

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Sur le coup, l'homme semble pourtant convaincre l'auditoire nippon et l'affaire se tasser. Mais c'est sans compter sur la pugnacité du graphiste belge (et de ses défenseurs), même si ni lui ni eux n'ont pu suivre toute la conférence de presse en japonais. Ils en déduisent néanmoins (sur la foi des informations rapportées par les médias) que ces justifications sont bien maigres. Résultat, Olivier Debie a annoncé ce vendredi avoir déposé une assignation en justice à l'encontre du Comité international olympique (CIO) qui devra comparaître le 22 septembre devant le tribunal civil de Liège. M. Debie prévoit alors de demander "la cessation de l'utilisation du logo de Tokyo 2020 sous peine d'une amende de 50.000 euros par infraction tant à l'égard du CIO qu'à l'égard de toute société, sponsor ou autorité publique qui utiliserait le logo contrefaisant". Ses avocats avaient déjà mis en demeure le CIO de suspendre l'utilisation du logo, ce que le CIO avait rejeté.

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Entretemps, les internautes ont continué de s'acharner sur le travail de M. Sano, et de se plonger dans ses autres créations. Et quand on cherche, parfois, on trouve. Sur le forum 2-channel fréquenté par des Japonais désoeuvrés qui passent leur vie jour et nuit à écumer la toile, sont apparues d'autres accusations plus que fondées envers M. Sano et sa société MR Design. Cette dernière a été forcée de reconnaître des similitudes très étranges entre des motifs soi-disant dessinés en exclusivité pour une campagne publicitaire de la société de boisson Suntory et des visuels antérieurement présents sur internet. Kenjiro Sano et sa firme ont fini cette semaine par demander à Suntory de ne plus utiliser 8 des 30 illustrations de sacs publicitaires créés pour la promotion d'une bière sans alcool.

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"Il y a sur internet des remarques selon lesquelles il pourrait y avoir des problèmes de droits d'auteur sur certains visuels", a souligné MR Design. "Compte tenu des inquiétudes que cela cause aux parties prenantes, nous avons décidé d'en retirer plusieurs", a ajouté l'entreprise. "Bien que ce soit des motifs représentant des objets familiers ou des idées courantes, nous avons lancé des enquêtes avec des spécialistes", a précisé la société jeudi. Ont été retirés de la campagne de Suntory des illustrations de lunettes de soleil, de baguette de pain et croissant, de pancarte, ainsi que des dessins d'une nageuse ou d'un livre dont les "originaux" viennent d'ailleurs, selon les internautes. Et vendredi, un nouveau communiqué tombait annonçant cette fois qu'effectivement, les images avaient été "décalquées" par un des collaborateurs de M. Sano (une personne salariée de son entreprise), "ce qui n'auarait pas dû ce faire". M. Sano a beau présenter des excuses à n'en plus finir et avouer avoir été "laxiste" dans la façon dont il a géré ses équipes sur la campagne pour Suntory, son image est saccagée.

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Morale de l'histoire: il n'est pas même nécessaire que des logiciels de reconnaissance d'images se chargent de dénicher dans l'immensité du web des illustrations ou photos similaires, les yeux et le temps d'internautes tenaces peuvent suffire. Dans le cas présent, la firme de M. Sano n'a pas même tenté de contester, ce qui est pour le moins inhabituel. Il est certain que cette affaire Suntory est pain béni pour le graphiste belge.
Même s'il n'a rien copié du logo du théâtre de Liège et est de totale bonne foi sur ce logo des JO, l'affaire Suntory jette indubitablement une ombre sur ses propos, même s'il est difficile de prouver s'il y a copie ou non.
Cette histoire, tout comme celle des cellules Stap (où une chercheuse japonaise avait dans une communication scientifique retouché des photos), démontre en tout cas une chose: les créateurs ont intérêt à se méfier du net, d'autant plus qu'ils peuvent subir l'influence de visuels simplement vus de façon fortuite et utiliser ce souvenir sans même s'en rendre compte eux-mêmes, ce qui les place évidemment dans une inconfortable situation.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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