Live Japon : campagne accusatrice contre Toshiba

11 juillet 2015 à 17h59
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On pourrait appeler cela une "mise à mort médiatique", une campagne de "lynchage", ou que sais-je encore et c'est un des sports préférés des journaux, TV et magazines nippons.

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Par des fuites (souvent non dénuées d'intérêt personnel pour ceux qui en sont à l'origine), les journaux s'emparent d'un cas (une entreprise, ses dirigeants), donnent un parfum de scandale à ce qui n'est dans certains cas qu'une erreur involontaire ou un fâcheux concours de circonstances, et montent en épingle le sujet à coups de révélations incessantes, accusatrices, sans voix pour la défense, jusqu'à faire tomber la firme elle-même ou ses patrons.
De ce jeu vicieux est actuellement victime le conglomérat Toshiba. Le groupe a fauté, il va payer.

Le Nikkei, plus important quotidien économique, et d'autres n'en finissent pas de jeter la pierre au patron du groupe en une, insistant sur le fait que les jours de Hisao Tanaka comme PDG apparaissent comptés. Il va démissionner sous peu, disent les médias.
Sur la foi de propos anonymes de proches d'un comité indépendant enquêtant sur les comptes de Toshiba, la chaîne publique NHK a assuré que des instructions auraient été données par courriels par l'actuel PDG, M. Tanaka donc, pour faire en sorte d'afficher des bénéfices en différant à plus tard des pertes.


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Par aillleurs, son prédécesseur, Norio Sasaki, aurait répétitivement insisté en réunions auprès des comptables pour que les rapports financiers se rapprochent des objectifs positifs visés.
"Ces propos des dirigeants ont conduit à des mauvaises imputations comptables" en déduiraient les experts indépendants mandatés par le groupe, selon les propos recueillis par la NHK auprès d'une source anonyme. Après tout, s'il était effectivement prouvé avec des documents à l'appui que les dirigeants ont fauté, pourquoi pas ? Ce sera peut-être démontré plus tard d'ailleurs, mais pour le moment on n'en est pas là. Il n'empêche, le procès est déjà en cours, instruit uniquement par les médias, car les autorités (équivalent de la commission des opérations de Bourse par exemple), elles, restent muettes. Dans tout autre pays elles seraient déjà montées au créneau, auraient commencé de dilligenter une enquête sur les informations fournies par Toshiba et les allégations des médias qui ont déjà fait chuter l'action. Cela fait plus de quatre mois que l'affaire dure.


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Rappel des faits: le 3 avril dernier, le groupe faisait part de la mise en place d'un comité spécial d'audit de ses résultats financiers pour l'exercice d'avril 2013 à mars 2014, à cause de soupçons de mauvaise prise en compte de projets de travaux d'infrastructures.
Les spécialistes mandatés ont examiné si la méthode comptable utilisée de pourcentage d'avancement des travaux était appropriée ou non et ont donné des recommandations pour améliorer la prévention des erreurs et évité leur récurrence.
Le groupe s'est excusé auprès de ses actionnaires pour le désagrément causé. Par la suite, Toshiba a supprimé ses estimations de résultats financiers pour 2014/2015 et s'est trouvé dans l'incapacité de les publier en attendant de faire le point sur ceux des années précédentes.
Il en outre indiqué que les problèmes concernaient 21 cas de chantiers dans diverses activités et a estimé qu'il devrait défalquer environ 55 milliards de yens (400 millions d'euros) au total sur le bénéfice d'exploitation des cinq exercices allant d'avril 2009 à mars 2014.

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"Il ne s'agit pour le moment que d'une évaluation", a-t-il pris soin de souligner . Il a alors nommé un second comité, externe et indépendant cette fois, pour passer tous les comptes au peigne fin. Les conclusions de cette instance ad hoc pourraient être différentes de celles données par le groupe qui s'est quand même interrogé sur les pratiques de près de 600 filiales !
Toshiba a promis de coopérer pleinement avec les experts désignés et de faire part de toute nouvelle information, notamment d'éventuels changements concernant le montant estimé de l'impact des irrégularités sur ses comptes.
Or, depui, c'est la surenchère dans les médias.
Le Nikkei et d'autres (chaîne publique NHK, quotidien Yomiuri Shimbun) insinuent que Toshiba pourrait en fait avoir à défalquer 200 milliards de yens (1,5 milliard d'euros) sur ses comptes de cinq exercices passés. D'après le Nikkei, outre les activités des infrastructures et des semi-conducteurs, celle des ordinateurs serait grandement touchée par des erreurs comptables. La raison serait notamment l'intégration inappropriée dans les comptes de la vente de composants à un assembleur de PC travaillant pour le compte de Toshiba. Des bourdes du même ordre affecteraient aussi la division des TV.

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Puis les médias ont affirmé que les erreurs seraient intentionnelles, commises sur pression de la direction. Il y aurait des mails de M. Tanaka et du vice-président du conseil d'administration, Sasaki, qui le prouveraient.
C'est là que le bât blesse: s'il y a des preuves, qu'elles soient montrées, qu'on les présente au public, à la justice et que celle-ci tranche. Mais quand les articles et reportages ne sont basés que sur des dires de personnes dont on ignore qui elles sont et quel crédit on peut leur accorder, c'est malhonnête. Cela ne veut pas dire que l'on ne pense pas possible que les dirigeants aient mal agi. Mais on ne peut pas lyncher des personnes dans la presse sur la foi de confidences anonymes, ou alors on n'est pas dans un Etat de droit. Si les doutes sur la probité des dirigeants sont à ce point élevés, pourquoi ceux qui en ont soi-disant connaissance ne s'adressent-ils pas aussi directement aux autorités compétentes ? Pourquoi faut-il attendre le rapport circontancié du comité d'enquête mis en place par l'entreprise elle-même pour que le gendarme de la Bourse ou autre scructure compétente daigne enfin se réveiller ? N'est-il pas temps déj depuis plusieurs semaines de s'activer. Si certains ont fauté, ce qui est fort possible, qu'ils soient interrogés par qui de droit, de façon légitime, et soient éventuellement punis, mais qu'on ne laisse pas les médias seuls les condamner.

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Il nous semble en outre nécessaire que lorsque la presse dénonce des scandales, qu'elle présente au moins des documents qui soutiennent ses dires. Là, il n'y a rien, sinon des paroles de personnes non nommées.
Et sur la foi de ces propos anonymes Toshiba risque de vivre une crise majeure, au détriment de salariés qui n'y sont probablement pour rien, mais n'y pourront hélas rien. Ce ne seront malheureusement pas les premiers ni les derniers à être victimes de l'effroyable et cruel l'emballement dont sont capables les médias japonais, souvent en bénéficiant de fuites plus qu'en menant de véritables investigations.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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