Live Japon: voleurs de données et de fille

le 26 juillet 2014
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Les pirates de la route et des serveurs informatiques n'ont qu'à bien se tenir: les technologies des fins limiers de la police nationale nippone ont encore prouvé leur efficacité ces derniers jours. Entre reconnaissance automatique de plaques d'immatriculaion et décryptage des accès à une base de données, on ne peut plus rien leur cacher.

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"Et vous, en tant que correspondante étrangère au Japon, que pensez-vous de l'approche des Japonais vis-à-vis des données personnelles", est venue s'enquérir la semaine passée la télévision Asahi TV auprès de l'auteur de ces lignes.
Réponse: "les Japonais m'apparaissent moins précautionneux que les Français qui sont très méfiants".
La raison soudaine de cette interview se trouve dans un fait d'actualité qui a animé la une des médias japonais plusieurs jours durant.


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Le groupe nippon de services d'éducation Benesse, propriétaire de la chaîne américaine d'enseignement de langues Berlitz, a été victime d'un vol massif de données personnelles: une vingtaine de millions de noms.
Benesse n'est pas connu à l'étranger, mais au Japon, tous les parents japonais en ont entendu parler et beaucoup utilisent, même sans le savoir, les services de cette maison ou lisent ses publications.
La firme Benesse en question a découvert il y a quelque temps grâce à des réclamations de clients que des informations avaient probablement été subtilisées dans* ses serveurs.
Ces données englobent, les identités, numéros de téléphone, dates de naissance et autres renseignements individuels, dont, et c'est ce qui a suscité le plus d'émotion, les informations relatives à des enfants tout juste nés. Plus de 7 millions de personnes figurent avec certitude dans la liste des données dérobées et une vingtaine de millions pourraient au total être concernées.



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La police a finalement arrêté (devant les caméras des chaînes de TV prévenues à l'avance pour que cela fasse beaucoup de bruit) un technicien informatique d'une société de sous-traitance, soupçonné de viol de la loi sur le secret professionnel. Cet employé de 39 ans, Masaomi Matsuzaki, est accusé (la présomption d'innocence n'a pas beaucoup de sens au Japon) d'avoir copié sur la mémoire de son smartphone les informations contenues dans un serveur d'une des filiales du groupe Benesse et de les avoir vendues en plusieurs fois pour plusieurs millions de yens (plusieurs dizaines de milliers d'euros) à des "grossistes" de données personnelles.



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Le patron de Benesse, Eikoh Harada, qui vient tout juste de prendre ses fonctions à la tête du groupe (pas de chance) a dû donner en personne des explications au ministre de l'Industrie, Toshimitsu Motegi, en promettant de prendre des dispositions particulières pour éviter ce genre de problème. Et l'entreprise s'est même résolue, malgré son opposition initiale, à provisionner 20 milliards de yens (145 millions d'euros) pour indemniser les victimes et éviter de perdre trop de clients.


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Les Japonais livrent aisément à des entreprises des données personnelles, en s'inscrivant à un service ou remplissant un formulaire de sondage en échange d'un menu présent, mais ils sont outrés quand survient une affaire de cette nature, vite transformée en scandale par les médias.
"Il est extrêmement regrettable qu'il y ait une fuite de données personnelles, y compris relatives à des écoliers, et que Benesse ne s'en soit pas rendu compte durant près de six mois", s'est excusé M. Harada, selon les propos rapportés à la télévision.



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Ce M. Harada n'a certes pas eu de chance en arrivant au mauvais moment, mais de par sa formation d'ingénieur et de patron d'Apple au Japon pendant plusieurs années (avant de passer "de Mac à Mc" en prenant la direction de la filiale nippone de McDonald's), il est sans doute un des plus à même de comprendre techniquement ce qu'il s'est passé de même que les solutions à mettre en oeuvre.
Les Japonais prennent conscience de la valeur des données personnelles quand elles tombent dans les mains d'individus plus ou moins bien intentionnés, mais leur naïveté est parfois troublante et leur méfiance pas aussi forte que celle des Français. Ils ont par exemple l'air de se moquer complètement du fait que les compagnies de trains et métros connaissent tous leurs déplacements et même une partie de leurs achats puisqu'ils sont effectués avec des cartes sans contact (nominatives dans de nombreux cas).



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Si un incident surgit en revanche, ils peuvent sur-réagir. C'est ainsi que des centaines voire des milliers de personnes ont abandonné ces derniers jours les services de Benesse.
Parallèlement, les autorités nippones sont de mieux en mieux armées pour remonter très vite jusqu'aux malfaiteurs en épluchant les historiques sur les serveurs et employant maintes techniques informatiques dont les citoyens lambda ignorent généralement la puissance (d'ailleurs utilisée à leur avantage, ou à leurs dépens).
D'autres récentes affaires montrent que les moyens techniques sophistiqués accélèrent considérablement les enquêtes. Il y a deux semaines environ, une fillette de 11 ans disparaissait dans le sud-ouest du Japon. La mère avait signalé avoir vu à plusieurs reprises une étrange voiture garée non loin de la maison. Apeurée, elle avait équipé sa fille d'un mobile/GPS pour la localiser. Le jour de l'enlèvement, la même voiture avait été vue dans les parages. La mère avait noté une partie du numéro d'immatriculation.



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Eh bien grâce à cela, aux caméras de surveillance, aux systèmes de reconnaissance automatique des plaque, installés sur les routes, les policiers ont non seulement cerné vite le périmètre où devait se trouver la fillette, mais aussi identifié le propriétaire de la voiture, en étant même capables de voir combien de fois dans les mois passés il avait emprunté la rouge conduisant de chez lui jusqu'au voisinage de la maison de la gamine enlevée. Celle-ci a finalement été retrouvée saine et sauve enfermée chez le gars qui voulait "l'éduquer pour en faire sa femme". Il avait dans les mois précédents dépensé 10 millions de yens (près de 75 000 euros) pour insonoriser une pièce de la maison et éviter qu'on entende la demoiselle de l'extérieur. A noter que le "preneur d'otage" était ce que l'on nomme de façon très péjorative au Japon, un "otaku", fan de jeunes filles de dessins animés dont les posters tapissaient paraît-il les murs de sa maison.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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