Live Japon: monnaie virtuelle, 2 poids, 2 mesures

le 26 avril 2014 à 18h45
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Au Japon, en matière d'argent virtuel, il y a deux poids, deux mesures. Il y a la monnaie virtuelle qui n'est jamais que du yen immatériel dans un porte-monnaie électronique, et puis il y a le bitcoin qui a sa propre existence, est convertible en devises, a un cours variable, mais qui n'est pas reconnu comme une monnaie et n'a pas grande valeur d'estime.

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La première forme d'argent virtuel évoquée ci-dessus, c'est celui que l'on stocke dans des cartes à puce sans contact qui sont autant de moyens de paiement dans les commerces. C'est une forme d'argent virtuel extrêmement répandue au Japon et qui prendrait même parfois plus de valeur que sa monnaie d'origine. La deuxième forme, le bitcoin, lui, est relégué au rang de rien du tout ou presque.


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Les type de cartes à puce sans contact porte-monnaie électronique (sur support plastique ou intégrés dans le téléphone portable) sont désormais si nombreux au Japon qu'il en devient difficile de les dénombrer. La banque centrale du Japon (BoJ), elle, tient la comptabilité pour huit d'entre eux, considérés comme les plus importants. Selon un récent rapport de l'institut d'émission, le montant annuel des paiements effectués avec la monnaie électronique a atteint 2 400 milliards de yens (17 milliards d'euros) en 2012, près de 5 fois plus que 5 ans plus tôt. Et dans 5 ans, le montant aura encore doublé, selon les prévisions de l'institut Nomura. Les porte-monnaie électroniques (dont le nombre en circulation dépasse la population du pays) sont utilisables dans un très grand nombre de supermarchés et supérettes, dans une quantité croissante de petits commerces divers ou de cafés, en plus des distributeurs de boissons et de cigarettes.

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Quelque 2,72 milliards de paiements ont été enregistrés par ce biais en 2012 (derniers chiffres pour le moment disponibles). Le montant moyen par encaissement a lui aussi augmenté entre 2007 et 2012, de 50%, pour atteindre 907 yens (6,5 euros) selon les statistiques de la BoJ. La comparaison avec les paiements par cartes bancaires traditionnelles montre bien que le porte-monnaie électronique est utilisé en lieu et place de l'argent liquide pour les micro-paiements, tandis que la carte bancaire est réservée aux sommes plus importantes. Le cumul des règlements effectués par carte bancaire en 2012 s'élevait à 50 000 milliards de yens (357 milliards d'euros), avec un montant moyen de 6180 yens (44 euros).

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Selon une étude récente du site i-research, 20% des utilisateurs japonais de porte-monnaie électronique disent s'en servir tous les jours ou presque, 25% de deux à quatre fois par semaine. Contre toute attente, les plus assidus payeurs par porte-monnaie électronique ne sont pas nécessairement les jeunes. Il suffit de se rendre au supermarché pour se rendre compte que les grands-mères ne sont pas les dernières à les dégainer: c'est que ces porte-monnaie sont généralement associés à un système de points: plus on paie avec le porte-monnaie, plus on a de points qui se transforment aussi en argent virtuel. Or les femmes japonaises, qui gèrent généralement l'argent du foyer, sont des expertes en économies de bout de chandelle et le porte-monnaie électronique leur permet de gagner quelques yens par-ci, par-là.

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Les paiements par porte-monaie électronique dénombrés ci-dessus ne prennent pas en compte tous les réglements de trajets de trains et métros qui sont en majorité payés par ce biais, au détriment des tickets magnétiques, en voie d'abandon progressif. Utiliser un passe sans contact (type Suica ou Pasmo à Tokyo) pour payer les trajets présente de multiples avantages: c'est rapide, fiable, on perd moins facilement sa carte qu'un ticket, on n'a pas à acheter un titre de transport à chaque fois. Depuis le 1er avril, il y a en outre un avantage supplémentaire: on y gagne.

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En effet, depuis l'augmentation de la taxe sur la consommation, les prix sont plus élevés de quelques yens pour chaque trajet et les cartes sans contact prennent en compte le prix au yen près, mais les tickets eux sont calés sur la dizaine de yens supérieure car les monnayeurs n'acceptent pas les pièces d'un ou de 5 yens. C'est inégal, parfaitement injuste et cette double tarification serait sans doute interdite en France, mais au Japon elle a été autorisée car elle pousse à utiliser davantage encore les passes sans contact pour lesquels les équipements déployés sont beaucoup moins contraignants en termes d'entretien pour les compagnies. Sans compter que cela permet de conserver l'historique de trajets et paiements d'une carte, même pour les modèles anonymes.

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Passons au bitcoin. Rien que d'entendre le mot fait pouffer de rire le gouverneur de la banque du Japon. Taro Aso, le ministre japonais des Finances, avait déjà dit sans mâcher ses mots (il n'a jamais sa langue dans sa poche) tout le dédain qu'il avait pour cet argent virtuel, "une marchandise", qui plus est "taxable". Voilà qu'en ce début de mois, le deuxième grand argentier du pays a aussi réglé son sort au bitcoin: "ce n'est pas une monnaie et je ne crois pas que ce soit un moyen de paiement", a tranché Haruhiko Kuroda lors d'une conférence de presse suivant une réunion de la banque centrale (BoJ). Et d'ajouter: "sans sûreté ni stabilité de sa valeur, il n'y aura pas de demande (pour le bitcoin).

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En ce sens, ce n'est pas une monnaie". Et voilà ! Avec cette position, et même si les pouvoirs sont séparés, il ne fallait pas trop s'attendre à ce que beaucoup s'émeuvent au Japon du dépôt de bilan de la plate-forme d'échange de bitcoin MtGox fin février. En tant que plate-forme d'échange, elle a déjà cessé d'exister, en tant que société, elle vit à présent ses derniers instants. En effet, après un placement sous asministration judiciaire le 16 avril, la disparition est programmée.
"Ce 24 avril, le tribunal de Tokyo a ordonné le début des procédures de liquidation de MtGox et la nomination d'un syndic de faillite", a expliqué dans un communiqué le mandataire désigné pour tenir ce rôle, l'avocat Nobuaki Kobayashi. Le syndic de faillite, à savoir M. Kobayashi, est chargé d'administrer les biens de l'entreprise jusqu'à leur liquidation. Il doit ensuite procéder à la répartition du produit de cette liquidation entre les créanciers. M. Kobayashi n'est pas un débutant: il s'attend donc à ce que lui tombent dessus les quelque 127.000 individus lésés par la défaillance de MtGox, dont seulement un millier de Japonais.

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En prévision, il a publié un questions/réponses étayé via lequel les créanciers comprendront qu'ils vont avoir plein de démarches à faire mais ne sont pas sûrs du tout de récupérer leurs billes. Une réunion des personnes concernées est programmée le 23 juillet, sans obligation pour elles d'y assister. "En revanche, tout créancier potentiel qui ne déposerait pas de demande pour bénéficier de la répartition du produit de la liquidation ne recevra rien, même si les fonds étaient sécurisés et la distribution effectuée", a prévenu le mandataire. Les détails sur la façon de procéder seront postés ultérieurement sur le site de MtGox. M. Kobayashi avait précédemment indiqué que les Japonais ne seraient pas privilégiés sous prétexte qu'ils sont sur place. Il est par ailleurs précisé que l'ex-directeur de MtGox, le Français Mark Karpelès, a perdu son autorité. MtGox avait stoppé ses transactions courant février, après avoir selon son patron d'alors été victime d'une attaque informatique massive qui aurait entraîné la disparition de 750.000 bitcoins de clients et 100.000 détenus par la société. Quelque 200.000 ont toutefois été retrouvés plus tard.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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