L'Institut Fraunhofer vient de publier l'analyse la plus large jamais conduite sur les hybrides rechargeables en Europe, portant sur 981 035 véhicules. Leur consommation réelle dépasse de 300% les chiffres homologués, et brancher son véhicule plus souvent n'y change quasiment rien.

Au total, seulement 27 à 31% des kilomètres parcourus se font sans moteur thermique - ©William Barton / Shutterstock
Au total, seulement 27 à 31% des kilomètres parcourus se font sans moteur thermique - ©William Barton / Shutterstock

981 035 véhicules hybrides rechargeables européens, des données de consommation embarquées collectées entre 2021 et 2023 par l'Agence européenne pour l'environnement, et deux chercheurs de l'Institut Fraunhofer, Patrick Plötz et Till Gnann, qui publient leurs conclusions. Jamais une étude sur les PHEV (soit Plug-In Hybrid Electric Vehicle pour véhicule hybride rechargeable) n'avait atteint cette ampleur. La consommation moyenne réelle tourne autour de 6,1 L/100 km, contre 1,57 L/100 km annoncé selon le cycle WLTP homologué (Worldwide Light Vehicles Test Procedures, ou la procédure d’essai mondiale harmonisée pour les véhicules légers), soit un écart de 326 %. Pour un thermique classique, ce même écart entre homologation et réalité est d'environ 20%.

On pourrait croire que c'est uniquement le comportement des conducteurs qui pose problème. On se trompe. En mode « décharge batterie », celui où la batterie se vide progressivement, supposément le plus électrique des deux modes, eh bien la consommation réelle atteint 2,98 L/100 km en moyenne, contre 1,57 L/100 km prévu. Presque le double, dans le mode censé être le plus propre.

Or les données OBFCM montrent que cette valeur plancher de 2,8 L/100 km ne bouge pas, quelle que soit la fréquence de recharge. Brancher son PHEV tous les jours n'y change rien. Le moteur thermique se déclenche structurellement, pour des raisons de puissance, de gestion thermique ou de calibration logicielle, même batterie pleine. Au total, seulement 27 à 31% des kilomètres parcourus se font sans moteur thermique. Un PHEV en conditions réelles se comporte, dans les faits, comme un hybride classique à essence.

Porsche, Ferrari, Bentley, les marques qui ne branchent jamais

Les données par marque font apparaître un paradoxe que l'étude qualifie elle-même de « particulièrement frappant ». Les 11 307 Porsche PHEV de la base ont parcouru en moyenne 27 000 km, mais n'ont consommé que 7 kWh d'électricité au total sur cette distance. La Porsche médiane affiche zéro kilowattheure. Plus de la moitié de ces véhicules n'ont donc jamais été branchés pendant toute la durée de l'étude. Juste derrière, Ferrari et Bentley occupent les deux places suivantes dans ce classement inversé.

Ce sont pourtant les propriétaires qui auraient le plus facilement les moyens d'installer une borne à domicile. Mais quand le plein d'essence représente une fraction négligeable d'un budget mensuel, la logique économique du branchement ne tient plus.

Ces véhicules roulent donc comme des thermiques, tout en bénéficiant des avantages fiscaux liés au statut PHEV, et affichent sur le papier des émissions cinq fois inférieures à la réalité. À l'opposé du classement, Toyota et Renault enregistrent les meilleures proportions de conduite électrique de toute la flotte analysée.

Les 11 307 Porsche PHEV de la base ont parcouru en moyenne 27 000 km, mais n'ont consommé que 7 kWh d'électricité au total sur cette distance - ©VanderWolf Images / Shutterstock
Les 11 307 Porsche PHEV de la base ont parcouru en moyenne 27 000 km, mais n'ont consommé que 7 kWh d'électricité au total sur cette distance - ©VanderWolf Images / Shutterstock

Le lobby qui joue la montre sur la réglementation

L'Union européenne avait prévu deux ajustements successifs du « facteur d'utilité », le paramètre qui détermine quelle part du trajet est supposée se faire à l'électrique dans le calcul réglementaire. Une première correction est entrée en vigueur en janvier 2025, une seconde est prévue pour 2027. L'association allemande des constructeurs automobiles, la VDA, demande la suspension de ces ajustements en invoquant une base de données insuffisante.

Les chercheurs de Fraunhofer répondent point par point que l'argument ne tient pas scientifiquement, puisque le million de véhicules analysés couvre 30 à 40 % de la flotte européenne de PHEV.

Si ces corrections n'entrent pas en vigueur, les scénarios modélisés par l'étude tablent sur 23 à 25 millions de tonnes de CO₂ supplémentaires d'ici 2045. Et même avec les ajustements prévus pour 2027, l'écart entre réglementation et réalité resterait autour de 40 %. Pour le ramener au niveau d'un thermique ordinaire, soit environ 20 %, il faudrait pousser le paramètre de calcul bien au-delà des valeurs que les constructeurs acceptent aujourd'hui de discute…

Source : Electrek