Live Japon : Réseaux cellulaires, se préparer à une catastrophe majeure

01 février 2014 à 11h15
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Le 11 mars 2011, tous les Japonais de l'est et du nord de l'archipel s'en souviennent, les téléphones portables n'étaient plus d'aucun secours, d'aucune utilité, ils ne fonctionnaient plus, comme le décrit avec justesse J.P. Nishi.

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Depuis ce drame dont le Japon n'est pas totalement remis, de nouveaux enseignements ont été tirés et les principaux opérateurs de réseaux cellulaires ont grandement amélioré leurs infrastructures pour faire face au pire, au prix d'investissements colossaux bien supérieurs à ceux de leurs homologues d'autres pays qui ne sont pas confrontés aux mêmes conditions géographiques.

"Nous devons surveiller en permanence quelque 260.000 équipements dont 180.000 instruments de stations de base dispersées sur l'ensemble du territoire", explique Yoji Maruyama, directeur de la gestion des services de NTT Docomo, opérateur qui contrôle près de la moitié du marché nippon.

Nous sommes au centre opérationnel de Docomo au cœur de la capitale, l'un des deux de ce groupe qui compte plus de 62 millions de clients au Japon, tous accros à leur sacro-saint mobile. Dans cet immeuble du quartier de Shinagawa, œuvrent en rotation 24 heures sur 24, 365 jours par an, quelque 200 personnes, des techniciens de haut-vol pour la plupart, qui doivent être prêts à réagir au moindre événement pour limiter les conséquences sur les clients, y compris en cas de méga-séisme qui peut survenir à tout instant n'importe où au Japon.

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Le bâtiment lui-même est protégé et bardé de technologies parasismiques. Situé à Tokyo, il est, comme le reste de l'agglomération, menacé. De plus, un autre centre du même style fonctionne parallèlement à Osaka (ouest). En temps normal, celui de Tokyo (200 personnes) gère un peu plus de la moitié du réseau, la partie est et nord, et celui d'Osaka (100 personnes), l'ouest et le sud. Si l'un est en péril, l'autre prend le relais en quelques secondes pour gérer seul l'ensemble du pays. Il ne s'agit pas d'un "changement" complet de l'un à l'autre nécessitant la mise en route d'équipements supplémentaires, mais d'une simple "bascule" puisque les deux fonctionnent toujours en parallèle de façon synchronisée, insiste M. Maruyama.

Deux immenses murs d'écrans barrés de lignes rouges, violettes, vertes, bleues ou jaunes et plusieurs dizaines de techniciens manipulant chacun trois ou quatre ordinateurs, la scène est la même de jour comme de nuit dans ces centres opérationnels de NTT Docomo à Tokyo et Osaka.

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"Les lignes rouges ou violettes correspondent à des dysfonctionnements", explique le responsable. Il y en a énormément, pense-t-on d'emblée. "Oui, certes, mais ce peut être des problèmes très fugitifs, de quelques secondes, et cela n'a pas nécessairement de conséquences sur les clients. Ou bien ce peut-être simplement un arrêt volontaire d'équipements pour maintenance", explique-t-il encore.

"Il faut néanmoins une surveillance permanente et une aptitude à prendre immédiatement en charge tout souci, car fatalement, un jour ou l'autre, les équipements tombent tour à tour en panne", ajoute-t-il.

Avec ses concurrents SoftBank Mobile et KDDI (services "au"), NTT Docomo est un des rares opérateurs au monde à être tant préoccupés par la menace permanente d'un séisme ou autre catastrophe naturelle dans l'ensemble du territoire couvert. Lui et ses compatriotes sont les seuls à avoir déjà expérimenté un triple désastre: tremblement de terre, tsunami et catastrophe nucléaire.

"Le 11 mars 2011, les dégâts sur les réseaux dans la région du nord-est touchée étaient absolument considérables. Il était matériellement impossible de tout réparer dans des délais raisonnables", assure M. Maruyama. Les routes étaient impraticables, il n'y avait plus de courant, des câbles étaient physiquement coupés, l'essence était introuvable, certains sites étaient interdits d'accès à cause de la radioactivité, énumère-t-il. Au total, pour les trois plus gros opérateurs, quelque 15 000 stations de base de la région sinistrée étaient en rideau. Dans beaucoup de cas, il s'agissait de pannes dues à l'absence soudaine d'électricité.

Ils ont alors compris que les mesures prises jusqu'à ce jour était notoirement insuffisantes. NTT Docomo a mis en place de nouveaux dispositifs depuis février 2012, les autres ont fait de même avec des échéanciers un peu différents, mais aucun n'est resté inactif.

"Nous avons amplifié nos dispositions anti-désastres, en installant de nouveaux systèmes: par exemple des antennes couvrant une très grande zone que l'on active pour remplacer les petites éventuellement détruites. Cela ne permet bien sûr pas de servir tous les clients, mais donne un moyen de communication aux pompiers, médecins, autorités et autres utilisateurs dits prioritaires", détaille M. Maruyama.

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L'opérateur tient également à la disposition des personnels de secours quelque 3.000 téléphones satellites ainsi que 19 camions relais qui peuvent ponctuellement couvrir une zone et adresser directement les signaux à un satellite en s'affranchissant ainsi du réseau terrestre amputé. Des batteries d'une autonomie de 24 heures ont été installées dans 1.900 stations de base/antenne-relais situées dans des lieux stratégiques. Cela paraît simple mais en réalité, un tel équipement d'électricité de secours peut peser jusqu'à près de deux tonnes. Il est donc matériellement impossible d'en installer partout.

Par ailleurs, les routes empruntées par les câbles sont non seulement redondantes mais aussi différentes, de sorte qu'il n'y ait à peu près aucun risque de coupure physique de toutes en même temps.

Docomo, filiale de l'ex-géant public NTT, considère malgré son statut privé qu'il conserve une mission d'intérêt général. Les deux autres, SoftBank et KDDI, agissent d'ailleurs de la même façon, avec des logiques technologiques similaires.

"89% des autorités locales utilisent un système d'alerte que nous avons mis en place pour les désastres et ordres d'évacuation: la proportion a grimpé en flèche quand, après le sinistre de mars 2011, nous l'avons rendu gratuit", souligne M. Maruyama.

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En cas de catastrophe, les capacités du réseau sont forcément dégradées. En effet, on sait dans ce cas qu'il est impossible de servir tous les clients, donc les opérateurs font le choix de brider le service et de le réserver à des clients prioritaires. Ce sont ceux qui disposent de lignes déclarées comme telles au moment de l'abonnement: elles sont proposées aux personnels de secours, aux diverses autorités ainsi qu'aux médias. L'agence de presse dans laquelle travaille l'auteur de ces lignes à Tokyo dispose ainsi auprès de NTT Docomo de plusieurs lignes prioritaires.

Reste que c'est précisément en cas de catastrophe que tous les clients, quels qu'ils soient, veulent absolument joindre leurs proches. Pour faire face à ce dilemme une messagerie a été créée par chacun des trois opérateurs. Elle permet à tout un chacun de donner des nouvelles par un enregistrement vocal qui remplace une conversation téléphonique et est expédié à coup sûr sans encombrer le réseau. Un service écrit de "tableau blanc" existe aussi.

De même, les opérateurs proposent-ils tous des "alertes localisées", une sorte d'avertissement général accompagné d'une sonnerie de type "alarme" pour prévenir de la survenue imminente d'un séisme, grâce aux informations reçues de l'agence de météo qui dispose d'un système unique de détection précoce des mouvements telluriques ainsi que d'outils de prévision de tsunami. "Il serait bien que tous les abonnés aient au moins entendu une fois ce type d'alarme pour savoir de quoi il en retourne et réagissent le cas échéant de la meilleure façon possible", note M. Maruyama. Il est vrai que le signal en question est particulièrement angoissant et qu'il vaut mieux y être un peu préparé pour ne pas être entraîné dans un mouvement de panique si l'on se trouve dans un lieu public où tous les mobiles risquent de retentir en même temps.

De plus, en cas de désastre, NTT Docomo se dit désormais capable d'afficher en une heure sur son site internet la carte de l'état de fonctionnement de ses installations: "il avait fallu 6 heures, le 11 mars 2011".

"Avec les moyens actuels et les redondances de matériels, 99% des problèmes sont résolus à distance", assure M. Maruyama. Mais c'est un autre pourcentage qui préoccupe: selon les études du gouvernement, la région de Tokyo (35 millions d'habitants) a 70% de risques d'être frappée par un très violent séisme dans les trois décennies à venir. Cette menace concerne d'ailleurs toutes les entreprises et administrations dont les équipements informatiques et autres matériels sensibles sont souvent concentrés dans la capitale et alentour. Depuis le 11 mars 2011, davantage ont pris conscience de la nécessité de préparer un "plan de continuité d'activité", lequel peut imposer d'avoir un secours à distance, dans une zone qui ne court pas le danger de subir la même catastrophe au même moment. Certains ont par exemple choisi Okinawa, à plus de 1 000 kilomètres de distance de Tokyo. L'opérateur SoftBank, dont le patron Masayoshi Son est d'origine coréenne, a même offert de sauvegarder des données à l'étranger, en l'occurrence en Corée du Sud. Reste que d'aucun ont alors pointé du doigt un autre risque: celui de l'espionnage industriel !
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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