Live Japon : les audiophiles nippons

le 23 novembre 2013
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« Ecoutez-le High-res audio, et je vous garantis que vous entendrez la différence », nous déclarait il y a quelques semaines le PDG de Sony, Kazuo Hirai, tout fier des derniers produits audio créés récemment par l'inventeur du Walkman. Dont acte: essai de casques et baladeurs audionumériques high-res dans un des temples de l'électronique de Tokyo. C'est vrai que la qualité est quasi-parfaite, la clarté des voix excellente, les basses bien présentes. Seulement, et tous les audiophiles le savent, il faut que la qualité soit maintenue sur toute la ligne. Un câble un peu abîmé et c'est fichu, un connecteur un peu branlant et on n'en parle plus, un échantillonnage trop serré ou une compression trop rude et c'est peine perdue.

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Reste qu'au Japon, les audiophiles nomades (et l'auteur de ces lignes en est une) ne peinent guère pour trouver des accessoires audio de très haute qualité, pas nécessairement japonais d'ailleurs, mais qui sont bien distribués au Japon où ils sont très appréciés par une clientèle exigeante de plus en plus large.

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« Celui qui se vend le plus en ce moment, c'est le Sennheiser i80 (270 euros), mais je vous recommande le nouvel i800, certes plus cher (500 euros), mais bien supérieur encore », explique Mizuki Nodai, spécialiste audio du magasin Bic Camera de Yurakucho à Tokyo, en ouvrant la vitrine spéciale des écouteurs intra-auriculaires haut de gamme, ceux dont le tarif va de 250 euros à huit fois plus. Choisir un casque, cela repose sur des critères objectifs bien sûr, telle que la largeur de spectre couverte, le type de transducteurs, etc. Mais la part subjective n'est pas à négliger non plus: le confort de port ressenti (casque ou oreillettes par exemple), la sensibilité auditive aux fréquences basses et hautes. Peu importe, quelles que soient ses préférences, on trouve son bonheur au Japon et des vendeurs prêts à passer deux heures avec vous pour essayer tous les modèles que l'on souhaite.

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C'est qu'au-delà du marché très grand public pour lequel il est existe des dizaines de mètres de rayonnages pour des centaines de casques et écouteurs en tous genres, il y a un marché de plus en plus important d'audiophiles de différents niveaux qui, eux, sont disposés à claquer plusieurs centaines voire milliers d'euros dans des écouteurs ou un casque audio. « On se demandait si des modèles d'un prix équivalant à 300, 500 voire 1000 euros ou plus se vendraient, eh bien la réponse est oui, et de plus en plus », confirme Mme Nodai. Même tonalité dans une boutique Bose du coeur de Tokyo, où défilent des « otaku du son ». La réputation de la marque américaine Bose n'est plus à faire, surtout au Japon, un pays dont la clientèle est, dit-on, la plus sévère du monde. Or Bose satisfait très bien les Japonais, avec des produits raffinés et un service qui ne l'est pas moins.



Plus rares, les modèles uniques personnels (Cutom IEM) suscitent eux aussi une attention croissante, même si c'est très cher (pas moins de 500 euros et généralement plus de 1000), même si cela exige des démarches spéciales (prise d'empreinte de chaque oreille) et même s'il y a des délais de réalisation. Mais dans ce domaine comme dans beaucoup d'autres, les passionnés nippons le sont à 2000% et ne regimbent pas devant les sacrifices à consentir pour assouvir leur désir.

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En septembre, la célèbre marque américaine UE (Ultimate Ears), qui a façonné les oreillettes de tant et tant d'artistes du monde entier, a concrètement lancé ses activités au Japon, avec des boutiques spécialisées lui servant de guichets pour la prise de commande et d'impression d'oreilles, jusqu'à la réception des oreillettes sur mesure, toujours fabriquées en Californie. Même si UE n'est pas la seule entreprise à façonner des écouteurs intra-auriculaires personnalisés, elle est sans nul doute celle qui a le plus grand prestige auprès des musiciens et chanteurs dans ce registre, grâce à son expérience de près de 20 ans. Or, le marché japonais des passionnés (et même d'un public plus étendu) est idéal pour ce genre de produits, sous réserve d'une promotion plus importante, pas seulement dans les enseignes spécialisées.

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Sans aller jusqu'à la personnalisation, beaucoup de clients sont très sélectifs. Et l'on voit ainsi de plus en plus fréquemment dans les trains de Tokyo des individus portant des écouteurs ou casques haut de gamme Bose, Shure, Sennheiser ou Sony et Audio-technica. Sony justement fait jaser les amateurs nippons ces dernières semaines sur les sites internet, grâce à la sortie récente d'une nouvelle gamme d'écouteurs et casques "hi-res audio", ceux dont parlait justement M. Hirai, qui sont considérées comme ayant un excellent rapport qualité/prix. Il s'agit notamment des XBA-H3, certes un peu gros pour des intra-auriculaires mais jugés de très bon niveau. L'auteur de ces lignes leur reprocherait toutefois une mauvaise isolation phonique comparée à celle du modèle UE900 d'Ultimate Ears, irréprochable sur ce plan, et ce sans technique électronique de suppression de bruit.

Des audiophiles nippons encore plus sélectifs et patriotes vont eux se tourner vers des casques électrostatiques Stax, ou, nec plus ultra, des Final audio design en forme de cornets qui, sans personalisation aucune, valent la bagatelle de quelque 1000 euros ou plus. Particularité: on peut louer pour dix jours (et 26 euros environs) les modèles les plus chers qui coutent à l'achat 1650 euros. Le hic, c'est la somme à aligner en cas de perte ou dégradation !

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Les audiophiles invétérés ne s'arrêteront en outre bien sûr pas, même en balade, au casque et au baladeur haut de gamme. Il leur faut aussi l'ampli. Là, le choix de marques est plus limité, mais au Japon dominent sans conteste les locaux, Sony et Audiotechnica, puis, plus étonnant, le chinois Fiio. Audio-technica a notamment dans sa vaste gamme un modèle tout petit qui fait aussi récepteur Bluetooth de très bonne qualité et permet ainsi de transformer n'importe quel casque en modèle sans fil (même si bien sûr il y a une légère dégradation de qualité que les puristes rejetteront d'emblée).

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Au fait, les audiophiles nippons sont-ils proportionnellement plus nombreux que les Européens ? C'est une impression en tout cas. De plus, on dit au Japon que les Japonais ont une oreille et une faculté auditive différentes des Occidentaux. Ils verraient des images lorsqu'ils écoutent un son, lequel mobiliserait alors plus de zones du cerveau que chez leurs homologues étrangers tout en suscitant davantage d'émotions. Bref, les Nippons, une partie d'entre eux du moins, ont une sensibilité supérieure aux sons. C'est ce que prétendent des psychologues.

Selon une enquête réalisée auprès de 500 hommes de 20 à 60 ans par Sony, environ 10% auraient cette fameuse Nihon mimi (oreille du Japon) qui les distingue du commun par une plus grande capacité à utiliser les sons comme source multisensorielle d'informations. En outre, et sur le plan commercial c'est là le plus intéressant pour Sony, ces « oreilles japonaises » attacheraient une importance toute particulière au matériel utilisé pour écouter de la musique.

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Comme Sony veut absolument prouver qu'en tant que pionnier des fabricants de baladeurs, il garde la suprématie dans ce domaine (notamment face à Apple considéré comme un copieur), il s'apprête à sortir en décembre un nouveau Walkman haut de gamme "Hi-res audio", le ZX1 (128 Go, 600 euros), corps en aluminium habillé d'un dos de cuir et clairement dessiné pour les hommes raffinés. Et comme la demande initiale pourrait dépasser le nombre d'exemplaires disponibles les premiers jours, il est conseillé de réserver !

Sachez enfin que, comme le dit le dessin de J.P. Nishi, l'audiophilie n'est pas l'apanage des hommes nippons et que des jeunes femmes le sont aussi, ou font comme si, parce que porter un casque c'est comme arborer un accessoire de mode. Il y a même des fanatiques qui traquent ces "hedofon joshi" ("demoiselles aux casques") et savent définir le genre de fille en fonction du type et de la marque du casque qui la coiffe.

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Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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