Live Japon : les entrailles nippones de la pomme

01 juin 2018 à 15h36
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« Il n'est pas trop de dire que les produits Apple sont en fait presque japonais », ainsi écrivait cette semaine le Nihon Shoken Shimbun, journal pour boursicoteurs, tout heureux, comme la plupart des autres médias japonais de constater que dans la liste officielle des fournisseurs de la célèbre marque « à la pomme » américaine, figurent nombre de sociétés japonaises.

Comme le montre le dessinateur japonais Jean-Paul Nishi, Apple sait très bien utiliser ses rivaux et diviser pour mieux régner.

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Il y a quelques jours, Apple a officiellement rendu publique pour la première fois la liste de ses principaux fournisseurs, un inventaire scruté à la loupe par les investisseurs et par les professionnels du secteur au Japon. Tous se réjouissent de constater la présence dans les quelque 156 sociétés citées d'une quantité non négligeable de firmes nippones, y compris grandes rivales d'Apple.

Il y a les peu connus du grand public (Asahi Kasei, Elpida Memory, Fujikura, Hitachi-LG Data, Japan Aviation Electronics, Mitsumi Electric, Murata, Nishoku, Nippon Mektron, Renesas Electronics, Shimano, Sumida, Sumitomo Electric, Taiyo Yuden, Toyo Rikagaku Kenkyusho, ...) qui fournissent divers composants et ont souvent été choisis parce qu'ils possèdent des technologies uniques. Certains, pourtant plutôt petits, contrôlent même près de 100 % du marché mondial de certains composants ou pièces très précises (vis, ressorts, micro-moteurs, etc.) dont ils ont le secret. Et puis il y a les très gros, qui eux aussi ont des pépites que ne possède pas Apple, entreprise dont le génie n'est pas tant dans l'art de fabriquer que dans celui de penser, concevoir, prospecter et négocier.

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Parmi les géants nippons qui livrent des pièces à leur client et rival, figurent, excusez du peu, Sony, Panasonic, Sharp, Toshiba, Toshiba Mobile Display, NEC, Pioneer, Seiko, Epson, Rohm, TDK.

Apple n'a certes pas indiqué qui lui procurait exactement quoi, mais des sociétés extérieures (dont iFixit) se sont déjà chargées dans le passé d'autopsier les produits de la marque. On sait ainsi que Sharp, pionnier mondial de l'affichage à cristaux liquides (LCD), vend à Apple une partie des écrans d'iPhone. Il va fournir aussi ceux de prochains iPad, au côté notamment de son compatriote Toshiba Mobile Display. Si Apple s'approvisionne auprès de ces deux groupes c'est qu'ils sont parmi les seuls à pouvoir lui fournir en quantité voulue les écrans d'une grande qualité technique que ne sont pas nécessairement à même de produire des concurrents asiatiques mieux disants sur le plan du prix.

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Preuve de l'engagement envers Sharp, Apple aurait investi dans une de ses usines à Kameyama (centre du Japon) initialement dédiée aux dalles d'écrans de TV mais récemment convertie en site de petits écrans de smartphones et tablettes, sur lesquels la concurrence est moins rude et les marges encore préservées. Les mémoires flash NAND intégrées dans les produits Apple proviennent quant à elles en bonne partie des usines de Toshiba, même si certaines peuvent aussi porter l'estampille Sandisk, puisque ce dernier exploite les lignes de production de son partenaire japonais. Le sud-coréen Samsung, qui fait aussi partie des fournisseurs d'Apple, pourrait voir sa part réduite, du fait de la rivalité entre les deux et de poursuites judiciaires mutuelles au sujet de violation de brevets.

Quelles motivations poussent donc les Sharp, Sony, Panasonic ou Toshiba à livrer des pièces maîtresses à leur plus coriace concurrent ? Réponse : le volume. En effet, si Sharp ne façonnait des dalles à cristaux liquides que pour ses propres produits, les coûts unitaires de revient seraient exorbitants et la compétitivité de ses produits mauvaise. En produisant simultanément pour d'autres, dont Apple, il fait davantage tourner ses chaînes, s'assure des « débouchés » et peut ainsi mieux rentabiliser ses installations en proposant qui plus est des écrans à des tarifs plus compétitifs.

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Moralité : si Sharp ne fournissait pas Apple, il serait encore plus faible vis-à-vis de ce rival, puisqu'incapable d'offrir des produits concurrents à des tarifs comparables. Cela est valable pour d'autres dont Toshiba qui a investi des milliards d'euros dans un complexe de fabrication de mémoires au centre du Japon. Apple est pour sa part tenté de diversifier ses sources d'approvisionnement pour bénéficier des meilleurs prix et se mettre à l'abri de risques. Si par exemple les usines de mémoires NAND de Toshiba, toutes situées au même endroit, étaient victimes d'un violent séisme, Apple pourrait être forcé de ralentir ou stopper la production de certains appareils, sauf à disposer d'autres fournisseurs ailleurs.

Que les produits Apple intègrent nombre de composants japonais constitue une fierté pour les Nippons et les rassure aussi, sachant que par ailleurs ils n'ont encore que des miettes du marché mondial des smartphones et qu'Apple est aussi désormais très bien placé au Japon.

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Les utilisateurs d'iPhone sont en effet de plus en plus nombreux, même si les modèles sous Android proposés par Sharp, Panasonic, Toshiba, Fujitsu ou encore NEC se défendent très bien aussi. La preuve, NTT Docomo, qui n'a pas d'iPhone dans son catalogue, vend des smartphones à tour de bras, dont des modèles sud-coréens Samsung et LG.

A noter pour finir une intéressante étude réalisée par des journalistes spécialisés du quotidien Yomiuri, où l'on apprend que tous les utilisateurs d'iPhone au Japon ne bénéficient pas du tout des mêmes possibilités d'usage du produit selon qu'ils sont abonnés à l'opérateur Softbank Mobile ou à son concurrent KDDI (marque AU), les deux seuls à commercialiser l'iPhone dans l'archipel.

Selon cette comparaison, les faiblesses de KDDI, qui exploite un réseau basé sur la nomre CDMA 1X-EvDo, sont patentes. L'échéange de données pendant une communication vocale est impossible avec un iPhone KDDI, les SMS internationaux limités, de même que l'emploi d'imessage, de Facetime et de l'itinérance. Toutes ces fonctions sont en revanche pleinement opérationnelles chez Softbank dont le réseau repose sur le standard de troisième génération avancée WCDMA HSDPA-HSUPA. Autres points notables: le débit descendant chez KDDI plafonne à 3,1 Megabit/seconde et 1,8 Mbit/s en sens inverse, contre respectivement 14,4 Mbit/s et 5,8 Mbit/s en théorie chez Softbank. Enfin, les e-mails n'arrivent pas en temps réel chez KDDI (rafraichissement toutes les 15 minutes), mais il autorise des messages de 3 Mo contre seulement 1 Mo pour Softbank.

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A la décharge de KDDI, il faut noter qu'il ne propose d'iPhone que depuis le mois d'octobre 2011, alors que Softbank commercialise les différentes versions depuis 2008. Selon KDDI, les choses devraient sur presque tous les plans nettement s'améliorer d'ici au mois de mars.

Live Japon au quotidien sur Twitter: @karyn_poupee
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