Live Japon : Nintendo cherche la martingale

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Traumatisés par le séisme du 11 mars, préoccupés par la santé économique de leurs pays comme par la leur et affolés par la radioactivité ambiante après la catastrophe de Fukushima, les Japonais n'ont pas trop le coeur à s'offrir des gadgets ces derniers temps. Le pionnier des jeux vidéo, Nintendo en sait quelque chose, peinant à attirer les faveurs des joueurs avec sa dernière console de poche 3DS. Et si aux acheteurs de 3DS Nintendo offrait en prime... lisez le manga de Jean-Paul Nishi (nom de plume du dessinateur japonais Taku Nishimura).


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Ils sont furieux ceux qui se sont précipités sur un exemplaire de la dernière console de jeu de poche 3DS de Nintendo: payée 25.000 yens (225 euros) ces derniers mois ou semaines, elle est désormais proposée neuve au Japon à un tarif 40% inférieur. Officiellement, le changement de prix devait avoir lieu le 11 août au Japon, mais les revendeurs l'appliquent déjà en offrant aux clients potentiels la possibilité de réserver leur machine pour l'obtenir le jour dit au nouveau tarif, sans quoi ils ne vendraient pas une seule 3DS entre-temps.

« Une telle baisse de prix, en moins d'un an, ce n'est jamais arrivé dans l'histoire de Nintendo, » reconnaît Satoru Iwata, le patron de la firme, tout en jugeant inévitable une perte de confiante et de vertes critiques de la part de ceux qui ont acquis l'engin. Pour les consoler, Nintendo leur offre gratuitement 10 jeux à télécharger.

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Depuis sa commercialisation fin février au Japon, la 3DS, nouvelle variante de la famille de machines à deux écrans, n'a pas rencontré le succès escompté, tant s'en est fallu.

« Nous voulons retrouver un rythme d'adoption par le public comme nous en avons connus par le passé » avec les précédentes DS, a justifié le patron de Nintendo.

L'annonce de la baisse de prix est intervenue alors que le groupe a annoncé de mauvais résultats financiers pour le premier trimestre de l'année budgétaire, en raison de méventes de consoles, d'absence de jeux-phares et des effets dévastateurs sur ses comptes du renchérissement de la monnaie japonaise.

« Cette réduction de tarif est bienvenue pour redonner de l'allant aux ventes et empêcher que ces difficultés ne contaminent la future machine de salon Wii U, » sur laquelle planche Nintendo et dont la sortie est prévue pour 2012, a expliqué Yuta Sakurai, du groupe de services financiers Nomura, dans une note à ses clients. « Cela va néanmoins heurter les revenus du groupe davantage que prévu, » a-t-il souligné. Pire, il n'est absolument pas certain que la 3DS bradée trouvera beaucoup plus d'acheteurs, car les jeux font toujours défauts, sont onéreux et tous les yeux ne s'adaptent pas à l'affichage tridimensionnel, seule vraie innovation de la 3DS par rapport aux précédentes moutures.

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Le PDG de Nintendo l'a reconnu lui-même, en sacrifiant ainsi le prix de la 3DS pour enfin l'écouler, le groupe va y laisser des plumes, car en six mois, le coût de revient de la machine, lui, n'a guère baisser. Du coup, dans un premier temps, plus Nintendo va en vendre au nouveau tarif, plus l'entreprise va creuser ses pertes.

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L'initiative pour le moins inattendue de Nintendo n'a pas seulement agacé les joueurs, elle a aussi mis en rogne les revendeurs de matériel d'occasion qui ont racheté des 3DS au prix de 10.000 à 15.000 yens, avec l'intention de les revendre entre 15.000 et 18.000 yens. Ils sont aujourd'hui forcés de les céder à un tarif inférieur à celui payé pour que leur prix demeure en-deçà de celui d'une machine neuve.

D'habitude, lorsqu'un fabricant s'apprête à décider d'une baisse de prix, primo elle est rarement de cette ampleur, secundo elle est pressentie et les spécialistes de l'occasion s'y prépare en réduisant leurs stocks du produit concerné. Là, ils n'ont pas eu le temps et vont donc perdre de l'argent.

Ils ne sont pas les seuls d'ailleurs. Les actionnaires aussi vont en être pour leurs frais.

En effet, l'action du pionnier du jeu vidéo japonais s'est effondrée à la Bourse nippone depuis la présentation de la Wii U en juin aux Etats-Unis, une descente infernale qui ne cesse de s'aggraver. Quelques jours après la prestation du président Satoru Iwata à l'E3 de Los Angeles, le titre Nintendo ne valait plus que 16.160 yens après avoir abandonné quelque 10% en deux jours. Il n'avait pas coté aussi bas en clôture depuis le mois de janvier 2006, à cause du scepticisme quant au succès de la Wii U. Les investisseurs jugent que cette nouvelle machine aura du mal à compenser la chute des recettes subie ces dernières années par Nintendo dont les produits sont durement concurrencés.

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« La Wii U en elle-même n'est pas a priori une mauvaise console, mais les acteurs du marché espéraient bien plus d'innovation, » ont expliqué des analystes. Et désormais c'est pire, ils se débarrassent du titre à tour de bras, lequel a chuté récemment a 11.010 yens à la Bourse d'Osaka, plongeant de 21% en séance le lendemain de l'annonce de ses résultats financiers la semaine passée. Il faut se souvenir que l'action Nintendo avait atteint des sommets en 2007 (montant jusqu'à 71.900 yens en octobre en clôture), à mesure que la firme de Kyoto enregistrait des succès sans précédent avec ses consoles de poche DS et de salon Wii.

La crise financière de 2008-2009 et la hausse subséquente de la devise nippone avaient par la suite fortement amoindri ses ventes et profits, conduisant les investisseurs à se défaire du titre.

Depuis, Nintendo a du mal à remonter la pente, la cherté affolante du yen continuant de réduire la valeur de ses ventes et profits réalisés à l'étranger et ses consoles perdant en popularité.

Après avoir séduit un nombre considérable de profanes du jeu, des enfants aux personnes âgées, Nintendo retrouve en quelque sorte la situation inquiétante rencontrée au début des années 2000, quand d'aucuns doutaient de sa survie.

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Le groupe a en effet publié il y a quelques jours des résultats financiers désastreux, à cause de l'absence de titres vedettes pour ses consoles hier adulées. Le géant japonais du jeu vidéo a fait état d'une chute de plus de moitié de ses ventes au 1er trimestre budgétaire (avril à juin), à 94 milliards de yens (816 millions d'euros), après un plongeon de 25% un an plus tôt, reconnaissant des lacunes dans sa gamme de jeux. Or, sans hit, les consoles peinent à trouver des acheteurs, entraînant une spirale de désaffection que seul un carton commercial peut inverser. Las, depuis des mois, le groupe en manque cruellement et les joueurs sont de plus en plus attirés par des téléphones portables couteaux-suisses du type iPhone de l'américain Apple pour lesquels existent des milliers de divertissements qui n'ont rien à envier à ceux conçus pour les machines de poche DS de Nintendo.

La firme de Kyoto a eu beau ajouter un écran avec rendu tridimensionnel visible sans lunettes sur sa dernière mouture, la 3DS, le public n'a pas suivi, d'autant que l'affichage en relief est déconseillé aux enfants de moins de six ans.

Jugée chère, la 3DS a en plus eu le malheur d'être commercialisée quelques jours seulement avant le séisme du 11 mars au Japon, une catastrophe qui a enlevé l'envie aux Nippons de dépenser leur argent en gadgets.

Nintendo n'a vendu que 1,27 million de 3DS au Japon depuis son lancement le 26 février et un peu plus de 3 millions à l'étranger où elle a été commercialisée un mois plus tard.

Qui plus est, les variantes de DS antérieures toujours disponibles ne s'écoulent plus autant que l'espèraient leurs concepteurs.

Le groupe a en outre encore été victime du fort renchérissement de la monnaie japonaise, un mouvement qui fausse totalement ses prévisions de revenus tirés de l'étranger et ronge ses marges. Bilan, Nintendo a sombré dans le rouge, affichant pour le premier trimestre de son exercice budgétaire une perte nette de 25 milliards de yens (220 millions d'euros) doublée d'un déficit d'exploitation de 38 milliards de yens (328 millions d'euros).

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Nintendo, qui n'en finit pas depuis deux ans de voir ses revenus et profits s'effondrer, a en outre été forcé de drastiquement revoir ses prévisions de résultats financiers pour l'ensemble de l'année budgétaire qui s'achèvera en mars 2012. Le pionnier du secteur n'escompte plus qu'un profit net annuel de 20 milliards de yens au lieu de 110 milliards envisagés (et 78 milliards encaissés l'an dernier, déjà déplorable), sur un chiffre d'affaires qui ne devrait pas dépasser 900 milliards de yens au lieu de 1.100 milliards, soit une chute de 11,3% sur un an.

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Non seulement, Nintendo s'attend à gagner moins, mais il prévoit aussi de dépenser plus pour promouvoir ses produits et en développer de plus attractifs.

La maison-mère de Mario, des Pokemons et d'une ribambelle de personnages emblématiques doit s'activer pour préparer la prochaine machine de salon, la Wii U qui doit succéder à la Wii en perte de vitesse, afin de redresser autant que possible la barre avant la fin de l'exercice, en mars 2012.

Nintendo va aussi claquer des fortunes pour tenter de doper les ventes de la 3DS avant que n'arrive sur le marché la rivale Vita de Sony autrement plus nouvelle. Cette machine est attendue en fin d'année au Japon. Petit sursis pour Nintendo, elle ne sera en revanche pas disponible avant 2012 sur les marchés américains et européens, manquant la cruciale période des fêtes de fin d'année 2011.

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« Nos prévoyons pour l'heure de lancer la Vita avant fin 2011 au Japon, puis au début de l'année prochaine sur les marchés américains et européens, » a déclaré cette semaine aux journalistes à Tokyo Kazuo Hirai, vice-président exécutif du groupe.

M. Hirai, considéré comme le successeur probable de l'actuel PDG américain Howard Stringer, a refusé de donner davantage de précisions sur cet échéancier, arguant simplement du fait que Sony souhaite être en mesure de proposer simultanément un nombre suffisant de titres de jeu pour que le lancement soit réussi.

Le numéro deux du groupe se dit serein face à la décision de Nintendo de baisser le prix de la 3DS. M. Hirai a insisté sur le fait que la Vita présentait nombre de caractéristiques attrayantes pour les fans. Dotée d'un dos et d'un écran tactiles, d'une caméra, de diverses autres propriétés plus ou moins inédites, elle sera proposée 249 dollars aux Etats-Unis (249 euros en Europe) pour la version Wi-Fi et 299 dollars (299 euros) pour le modèle compatible avec les réseaux 3G.

M. Hirai reconnaît que les consoles de jeu portables affrontent la concurrence croissante des téléphones multimédias haut de gamme (smartphones) et des tablettes numériques pour lesquels existent pléthore de divertissements bon marché ou gratuits rapidement téléchargeables. Nintendo a peut-être trop longtemps voulu ignorer cette menace.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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