Live Japon : Technologies mobiles sensibles et insensées

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Les Japonais sont pleins de bons sens, même si les Français ont l'impression qu'ils font tout à l'envers. Mais comme le montre notre mangaka japonais surnommé Jean-Paul Nishi, à force de tout retourner pour voir si ce ne serait pas mieux de l'autre côté, ils finissent par avoir les sens... sans dessus-dessous. Sauf qu'à bien y réfléchir, il est vrai qu'en tenant un iPad à deux mains, on a plus de doigts au dos de l'objet que devant, ce qui signifie que potentiellement on doit pouvoir taper plus rapidement sur les touches du clavier physique ou tactile s'il se trouve à l'arrière. Vous suivez ? Un œil sur le manga et vous comprendrez.

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Cette idée de clavier à l'arrière n'est pas une lubie de l'ami Nishi, mais bel et bien un concept sur lequel planchent les chercheurs du deuxième opérateur de télécommunications japonais, KDDI. « La miniaturisation des téléphones, conjuguée à l'augmentation de l'étendue des écrans, a pour revers le fait que les claviers ont tendance à être trop petits », note un ingénieur qui consacre son temps à ces travaux. Selon les études menées par KDDI, les utilisateurs de tablettes telles que l'iPad ne sont pas pleinement satisfaits des modes de saisie offerts.

Et KDDI de considérer que si l'on trouve le moyen de résoudre les problèmes et réticences que pose a priori le fait d'avoir un clavier au dos de l'objet, eh bien on en découvrira toute la pertinence et les mérites pratiques. « Si par exemple on affichait à l'écran le clavier tout en ayant les touches situées physiquement à l'arrière, les les erreurs de frappe seraient peu nombreuses », soutient KDDI.

Des idées, KDDI en a d'autres, par exemple celle de faciliter la recherche d'informations complémentaires relatives à des programmes télévisés. Dans un pays où tout le monde utilise son téléphone portable pour lire des codes en deux dimensions (QR code) apposés sur des affiches, dans des magazines, sur des prospectus ou même sur des lampadaires et murs, il n'est pas trop compliqué de faire comprendre au public que l'on peut aussi capter une information (un lien interactif notamment) en cadrant une partie de l'image affichée sur un téléviseur, même si elle n'apparaît pas sous forme de code perceptible comme tel par l'œil humain. Il peut s'agir par exemple d'un logo de marque, de l'étiquette d'un vin, du visage d'une personne ou de l'emballage d'un produit. Cela renvoie à un site internet pour obtenir des compléments.

Il s'agit d'une forme de publicité interactive en somme. Il faut savoir que les Japonais, et particulièrement les femmes, sont très réceptifs aux offres promotionnelles et plutôt crédules vis-à-vis des discours mirifiques qu'on leur sert dans les innombrables émissions pseudo-informatives à propos de tel restaurant, tel commerce ou telle marchandise. Le « vu à la télé » est un slogan qui fonctionne très bien au Japon. De facto, même si le fait de glisser des marqueurs dans une image télévisée suppose, pour que cela serve, un geste actif du téléspectateur, cet impératif ne constitue pas un frein insurmontable.

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KDDI a d'ailleurs songé à d'autres formes d'interactivité entre mobile et TV qui sont censées ramener les personnes devant la petite lucarne que les jeunes ont tendance à délaisser. Exemple: le fait de pouvoir visualiser sur l'écran d'une tablette graphique les réactions de téléspectateurs synchronisées avec un programme diffusé par une chaîne. Il est même possible de visualiser sous forme semi-graphique et colorée le profil (tranche d'âge) et l'opinion approximative des commentateurs en ligne.

KDDI propose par ailleurs un outil qui permet de voir en différé sur son mobile une version significativement raccourcie d'un journal télévisé, résumé idéal pour le « salaryman » nippon, pressé le matin, qui prend le métro et doit à tout prix arriver au bureau en étant au courant des dernières nouvelles. Le système joue avec les sous-titres automatiques (générés à partir des images et commentaires) et élimine astucieusement tous les éléments vidéo redondants.

A noter que KDDI est aussi très impliqué dans les techniques de réalité augmentée. Il est d'ailleurs devenu en août actionnaire d'une jeune entreprise nippone, Tonchidot, remarquée par les technophiles pour sa surnommée « Sekai camera », une application dite très populaire sur iPhone mais également disponible pour plusieurs modèles de téléphones mobiles proposés par KDDI (qui ne commercialise pas l'iPhone au Japon).

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Ce petit programme, dont le nom signifie « caméra du monde », identifie des points de repère visuels dans l'espace filmé via le capteur vidéo d'un téléphone mobile (rue, magasin, etc.), puis il y ajoute en surimpression sur l'écran des informations pertinentes, ou bien affiche des commentaires d'autres visiteurs, présents en même temps ou passés auparavant. KDDI a été le premier en juin à installer « Sekai Camera » sur des mobiles tournant sous le système d'exploitation (OS) concurrent Android de Google, avant de proposer cette même application pour d'autres appareils de divers types fournis par des fabricants japonais et qu'il est le seul à vendre.

La réalité augmentée est aussi un des thèmes de prédilection du concurrent de KDDI et pionnier des télécommunications mobiles au Japon, NTT Docomo, lequel ne manque guère d'imagination non plus, et ce depuis belle lurette.
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Au milieu des années 1990, NTT Docomo nous présentait sa vision 2010, une vidéo fiction dans laquelle les utilisateurs de téléphones portables (archi-fins et munis d'un magnifique écran couleur tactile, donc futuristes à l'époque) naviguaient sur des sites internet, payaient avec leur mobile. Ce dernier leur servait aussi de téléviseur et de guide dans les villes du monde. 2010, nous y sommes désormais, et le fait est que nombre des idées qui traversaient ce court-métrage sont devenues une réalité quotidienne au Japon. Aujourd'hui, NTT Docomo présente ses nouvelles ambitions, toujours sous forme de fiction, avec une vision plus internationale, baptisée HEART (Harmonize, Evolve, Advance, Relate, Trust).

Le téléphone portable y fait office de passeport que l'on renouvelle par visioconférence auprès d'un « concierge gouvernemental » via ledit mobile, après un processus d'authentification biométrique. NTT Docomo imagine également que l'on dispose d'un troisième œil à poser où l'on souhaite et qui représente ainsi celui d'un interlocuteur distant avec lequel on pourra entrer en communication visuelle. Il voit bien aussi l'humain de demain porter des lentilles oculaires qui fassent office d'écran, avec une fonction de traduction automatique de propos oraux.

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NTT Docomo imagine également des bracelets capteurs de mouvements des doigts et postures de la main, afin de les faire reproduire à distance de façon synchronisée par une autre personne en quelque sorte télécommandée. Dans le film, on voit une jeune japonaise qui enseigne ainsi à un camarade d'un autre pays d'Asie l'art de l'origami (pliage de papier), l'élève étant lui aussi muni d'un bracelet à chaque main qui reçoit les signaux et guide ses doigts. Soit dit en passant, NTT Docomo nous a déjà présenté des prototypes d'appareils à mouvements synchronisés et retour de force qui permettent de ressentir physiquement à distance la réaction d'un mécanisme, grâce à la transmission de données reproduisant les sensations réellement perceptibles dans un lieu distant.

NTT Docomo envisage aussi des dispositifs d'enseignement en ligne et d'échanges culturels faisant appel à la réalité augmentée, à travers laquelle plusieurs individus se voient côte-à-côte en trois dimensions bien qu'étant réellement distants de milliers de kilomètres. Idem pour les réunions d'affaires internationales virtuelles plus réalistes que les visioconférences, grâce à la puissance conférée par les centres d'informatique mutualisée en nuage et la rapidité des réseaux. Le tout s'appuierait aussi sur l'utilisation de bases de données partagées au niveau international. Outre la localisation géographique des individus, l'opérateur nippon pense qu'il sera possible d'y faire figurer en temps réel des informations davantage personnelles sur la situation dans laquelle se trouve l'individu en question (couché avec 39° de fièvre par exemple).

Pour le moment, NTT Docomo se contente de proposer des superposition d'informations sur des images vidéo réelles pour des applications de radioguidage, grâce à des lunettes munies d'un petit écran sur le côté. Plus qu'un prototype il semble que l'on soit désormais au stade de la pré-série commerciale.

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A un horizon qui semble également proche, NTT Docomo imagine une transmission du toucher, la voix et le vocabulaire ne suffisant plus à faire passer les sentiments lorsque l'on est à distance. Quel mot permet par exemple d'exprimer la même chose que le fait de saisir et serrer fort la main de sa copine? Avec le concept « Taion » (littéralement « température corporelle ») il s'agit de transmettre à l'autre des sensations chaleureuses. Concrètement, NTT Docomo a conçu un objet en forme de coeur, muni de capteurs que l'on tient dans sa main, en pressant plus ou moins fort, et qui transmet cette information tactile à un coeur électronique et communicant du même type que tient l'être chéri. KDDI quant a lui songe à un petit capteur à fixer à l'oreille et à relier au mobile doté d'une application spécifique pour mesurer le stress.

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Avec le « taion » (concept qui devrait être testé grandeur nature prochainement) et le stressomètre, nous en revenons au toucher et aux sens... sens dessus-dessous évoqués au départ. A cet égard, gardez-bien en mémoire la quatrième vignette du manga de l'ami Nishi, car on y fera allusion la semaine prochaine avec une trouvaille technique très troublante, amusante (quoiqu'elle risque d'être utilisée dans le mauvais sens), expérimentée cette semaine par l'auteur de ces lignes.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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