Live Japon: les Nippons investissent dans les nuages

Karyn Poupée
17 juillet 2010 à 22h35
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Changement de programme: l'auteur de cette chronique avait prévu de vous livrer le second volet d'un dossier sur les livres numérisés au Japon, mais l'actualité était toute autre cette semaine et du nouveau sur les ouvrages électroniques est prévu la prochaine, deux bonnes raisons de modifier l'agenda. Ces derniers jours, le monde des technologies nippon avait en effet les yeux braqués sur l'informatique en nuage (le surnomme "cloud computing"), à la faveur de nouvelles importantes dans ce domaine.

Le groupe d'équipements et services informatiques japonais Fujitsu a en effet annoncé qu'il allait installer une série de nouveaux centres dédiés au "cloud computing" hors du Japon d'ici à fin mars 2011, pour proposer à l'échelle planétaire de nouveaux services en ligne. "Fujitsu va passer d'une posture défensive (pour assainir ses activités après l'éclatement de la bulle internet et la crise financière) à une tactique offensive de développement", via une accélération de l'expansion internationale, la création de nouveaux services et la réorganisation de la structure interne, a expliqué le PDG de Fujitsu, Masami Yamamoto, lors de la présentation de la stratégie du groupe.

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L'informatique en nuage, qui consiste à proposer des prestations à distance de plus en plus évoluées, en exploitant la rapidité des réseaux et les capacités des centres de traitement de données, est devenu un des enjeux majeurs entre groupes d'informatique, de logiciels, de télécommunications et de services internet, tant à l'adresse des entreprises que des particuliers. Les fonctionnalités proposées n'exigent ainsi plus obligatoirement l'utilisation de puissants ordinateurs de la part des clients, et sont accessibles depuis divers types de terminaux légers comme les téléphones portables ou les tablettes numériques. La crise, qui a contraint nombre de sociétés à diminuer leurs frais fixes et à élever leur productivité, favorise en outre la sous-traitance des services informatiques et l'utilisation de plates-formes gérées par des prestataires extérieurs. Le tout permet aux grosses entreprises de réduire les investissements en matériel et charges de personnel, et offre aux plus petites accès à des moyens techniques qu'elles n'auraient pas la capacité d'acquérir.

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Fujitsu exploite pour le moment quelque 90 centres de traitement de données dans une quinzaine de pays, lesquels seront en tout ou partie progressivement adaptés à l'informatique en nuage. Fujitsu va en outre former spécialement 1.000 personnes d'ici à mars 2011 et un total de plus de 5.000 avant fin mars 2012. Le groupe, qui conçoit et vend aussi des équipements de centres de données, veut élever à environ 30% de ses revenus annuels ceux émanant de l'informatique en nuage à l'horizon 2015-2016, soit 1.300 à 1.500 milliards de yens (11,8 à 13,6 milliards d'euros). Il envisage des investissements importants dans ce domaine et songe à des acquisitions d'entreprises impliquées dans cette activité.

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Cette internationalisation a d'abord pour but d'apporter aux entreprises nippones implantées à l'étranger les mêmes services avec la qualité de ceux offerts au Japon. Fujitsu va aussi ouvrir un centre de données en Chine en 2011, pays d'une importance économique cruciale où sont de plus en plus présentes les sociétés japonaises. "Grâce à l'informatique en nuage, les technologies de l'information vont entrer dans des secteurs où elles n'étaient pas encore suffisamment présentes, pour permettre une gestion plus rationnelle, une plus forte sécurité et une plus grande commodité", a souligné M. Yamamoto, citant entre autres la santé, l'alimentation, l'automobile ou la préservation de l'environnement. "Nous voulons proposer des services davantage centrés sur l'humain, au profit d'une société intelligente", a-t-il philosophé.

Fujitsu a également annoncé un partenariat mondial dans ce domaine avec le mastodonte des logiciels américain Microsoft. Fujitsu va installer dans ses centres de traitement de données la plate-forme logicielle Azure dédiée de Microsoft, permettant aux entreprises clientes d'exploiter à distance les applications professionnelles de ce dernier.

Les autres grands noms de l'informatique japonais (NEC, Hitachi, Toshiba) misent aussi sur le potentiel nouveau qu'offre l'informatique en nuage pour élargir leur clientèle mondiale dans nombre de secteurs.

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L'univers des télécommunications est également sur les dents. Ainsi, le premier groupe du secteur japonais, NTT, a-t-il annoncé ce jeudi un projet d'acquisition amicale de la société sud-africaine de services informatiques et de télécommunications Dimension Data, pour un montant de 2,12 milliards de livres (2,55 milliards d'euros). La direction de Dimension Data, une entreprise créée en 1983 en Afrique du Sud et cotée à la Bourse de Londres, soutient unanimement cette offre sonnante. NTT, qui veut obtenir au moins 90% des titres visés, espère que l'affaire sera bouclée avant fin octobre 2010, mais prévient que cette échéance pourrait être dépassée. Le groupe nippon va financer cette lourde dépense en liquide par sa trésorerie et des prêts consentis par la banque nippone Mitsubishi Tokyo UFJ.

Comme l'a montré le rachat opportuniste récent du site de vente en ligne français PriceMinister par le gestionnaire de galerie marchande virtuelle nippon Rakuten, la cherté actuelle de la devise japonaise (yen) face aux autres principales monnaies (dollar, euro) donne une puissance de frappe renforcée aux entreprises nippones pour faire des acquisitions à l'étranger. 100 yens équivalaient à 60 centimes d'euro il y a deux ans, ils en valent désormais 90. Cette force, qui résulte des récents soubresauts financiers et économiques internationaux, elles sont désormais tentées de l'exploiter, d'autant que la reprise se fait sentir au Japon et que la confiance revient grâce aux dynamisme entraînant des pays dits émergents.

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Dimension Data, qui a grossi par diverses acquisitions, propose des prestations de télécommunications et des solutions en ligne dans une cinquantaine de pays. Par cette offre de rachat, NTT souhaite notamment étendre le déploiement de services informatiques "en nuage". "En couplant les atouts des deux entreprises, nous allons être en mesure de proposer des prestations de bout en bout au niveau mondial. Nos points forts respectifs vont nous permettre d'accélérer la mise en oeuvre de notre stratégie", s'est réjoui le PDG de NTT, Satoshi Miura. Le géant japonais est un modèle pour nombre de sociétés de télécommunications mondiales. Ses activités (téléphonie fixe et cellulaire - NTT Docomo - , infrastructures de données, services mobiles, accès à internet, etc.) sont essentiellement situées en Asie, en Europe et aux Etats-Unis. De fait, il voit un complément régional idéal dans Dimension Data, présent en Afrique, au Moyen-Orient et en Australie. Sur le volet des clients aussi les deux groupes s'imbriquent parfaitement, NTT traitant surtout avec des entreprises nippones à l'échelle internationale, tandis que Dimension Data sert davantage des grandes sociétés de diverses nationalités au niveau local.

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L'informatique en nuage n'a pas fini de faire parler d'elle au Japon, un pays qui se veut un fer de lance en Asie et dont les industriels comptent bien profiter de la proximité géographique et culturelle avec la Chine, premier marché mondial de l'internet et de la téléphonie mobile où nombre d'infrastructures restent à construire.

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Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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