Bientôt des "mini" réacteurs nucléaires pour faire tourner nos data centers ?

Maxence Glineur
Publié le 05 janvier 2023 à 12h40
© Shutterstock
© Shutterstock

Internet est devenu incontournable, tant de nombreux aspects de notre société dépendent de lui et de l'infrastructure qui le supporte.

Mais cette dépendance a un coût énergétique colossal, qui engendre logiquement une empreinte carbone qui l'est tout autant. En effet, les datacenters représenteraient, à eux seuls, entre 2 à 3 % de la consommation d’énergie dans le monde. Ayant besoin d’un apprivoisement stable et sûr, la plupart d'entre eux utilisent des énergies fossiles. Il n’est donc pas surprenant de voir émerger des solutions moins polluantes pour les alimenter.

Des réacteurs déjà utilisés dans les sous-marins nucléaires

Utiliser le solaire ou l'éolien, immerger des infrastructures dans l'océan ou les implanter dans des zones au climat plus « frais » pour dépenser moins d'énergie : les idées pour décarboner les centres de données sont nombreuses. Mais les plus massifs d'entre eux consomment tellement d'énergie que ces propositions sont bien plus difficiles à mettre en œuvre. Une centrale au gaz, au pétrole ou au charbon reste ce que l'industrie de l'énergie a de mieux à offrir pour ce genre de structure à pareille échelle. C’est du moins un consensus qui prévaut. Cependant, les analystes d’un cabinet d'études britannique, Omdia, ont une autre idée derrière la tête.

L'industrie du nucléaire ne se résume pas à la fabrication de grandes centrales électriques. Pour faire fonctionner certaines industries, mais surtout les sous-marins et les porte-avions nucléaires, on utilise des PRM (pour Petit Réacteur Modulaire). Relativement fiables et sûrs, ils pourraient alimenter des datacenters pendant une dizaine d'années sans avoir à être ravitaillés, mais de nouveaux concepts pourraient étendre cette période à plus de trente ans. Avec un coût de fonctionnement et de consommation qui devrait atteindre le niveau du gaz et de l'éolien (du moins aux États-Unis), les PRM pourraient devenir incontournables.

Une solution bientôt applicable, mais non dénuée d'implications

En dehors d'un vaisseau de guerre, ces réacteurs relativement petits peuvent occuper un espace plutôt important, ce qui les rendrait surtout viables pour les plus grands des grands datacenters. Pour les plus petits, Omdia recommande de s'associer aux industries locales pour utiliser le surplus éventuel d'énergie produite. Aux États-Unis, la Commission de régulation du nucléaire a donné son feu vert à une telle utilisation des PRM. Toutefois, cela ne devrait pas se produire avant les dix ou quinze prochaines années, ce qui laisse une légère marge de temps à d'autres solutions, comme les énergies renouvelables, pour se développer et s’installer.

En effet, si l'usage de ces réacteurs réduirait considérablement l'empreinte carbone des datacenters, elle impliquerait un autre grand inconvénient : celui des déchets, qu'ils produisent en plus grande quantité qu'un réacteur de centrale. Les sous-produits de l'industrie nucléaire subsistent très longtemps, jusqu'à plusieurs milliers d'années. À ce jour, le meilleur moyen de s'en débarrasser est de les stocker sous terre jusqu'à ce qu'ils perdent en dangerosité. L’usage du nucléaire n’est jamais inoffensif, mais pour certains, le choix entre déchets nucléaires et pollution carbone est inévitable. Face à l'ampleur et à l'importance d'Internet, le choix n'est-il pas déjà fait ?

Source : Techradar

Maxence Glineur
Par Maxence Glineur

Geek hyper connecté et féru de podcasts, je suis toujours en train de lire ou écouter des points infos en tout genre. Entre histoire, tech, politique, musique, jeux-video et vulgarisation scientifique : toute l'actualité (ou presque) attise ma curiosité. Sinon, j'aime le rock et le lofi, les game-nights toujours trop longues, les bons films et les nanards.

Vous êtes un utilisateur de Google Actualités ou de WhatsApp ?
Suivez-nous pour ne rien rater de l'actu tech !

A découvrir en vidéo

Commentaires (0)
Rejoignez la communauté Clubic
Rejoignez la communauté des passionnés de nouvelles technologies. Venez partager votre passion et débattre de l’actualité avec nos membres qui s’entraident et partagent leur expertise quotidiennement.
Commentaires (10)
sylvebarbe78

Les déchets n’auraient plus été un problème si l’Etat n’avait pas abandonné le projet ASTRID qui permettait de recycler à 100% ces derniers. Hélas nous sommes dirigés par des guignols à vue étroite et vision à court terme.

SPH

Il faudrait rouvrir une centrale nucléaire ! :nauseated_face:

nicgrover

On charge tous les déchets nucléaires sur une fusée et direction le soleil. Ils seront détruits avant de toucher l’étoile…

Je dépose le brevet…

phoenix2

Avec la guerre en Ukraine, si ça dure encore longtemps, il en faudrait des dizaines.

Kratof_Muller

La catapulte serait pire
C est un lancement avec accélération quasi instantanée, pour quitter l atmosphere, la catapulte devrait éjecter son chargement entre 20 et 40 000 kmH, à cette vitesse le chargement serait désintégré en quelques dizaines de km en plein atmosphère.

Ou alors il nous faudrait une montagne d environ 100km d altitude pour placer votre catapulte, à cette hauteur la densité atmosphérique est faible et il serait peut être possible d y atteindre la vitesse d éjection désirée sans que tout brule.

merotic

Mais? Ces déchets sont à la base du nucléaire présent dans les sols depuis la formation de la terre.
L’extraction et l’utilisation de ces terres très irradiées les rend moins nocives une fois consommées dans les réacteurs, n’est-ce pas?

Alors pourquoi ne pas remettre les restes non consommés à leur place d’origine puisque c’est de là qu’ils viennent?

Je ne comprends pas que l’on s’inquiète du stockage d’une matière qu’on a rendue moins nocive que lors de son extraction.
Ce serait logique de retourner les restes dans leur sol d’origine.

SPH

Oui, j’entendais bien.
Au moins une pour les datacenters :sweat_smile:

Bombing_Basta

Je t’invite à te renseigner un peu sur la fission nucléaire car ce que tu dis est complètement faux.

Ce qui est présent dans la croute terrestre, c’est de l’uranium, relativement faiblement radioactif, et bien à l’abris dans du minerais (comme le granit).

On extrait cet uranium, on le concentre, on l’enrichis, puis on le casse atomiquement dans des réacteurs, il en résulte des dizaines d’éléments atomiques différents, bien plus dangereux que l’uranium naturel (comme le plutonium, ou le césium), et dont le confinement à long terme est bien plus problématique que de laisser le minerais d’origine tranquile.

Bombing_Basta

Alors d’une part, aucun réacteur à fission ne permet de « recycler » 100% des déchets nucléaire.

Pouvoir utiliser l’uranium 238 et le plutonium (déchet voulu pour faire des bombes), « déchets » dont on dispose en masse après plus de 50 ans de nucléaire, ce n’est pas « recycler 100% des déchets », c’est pouvoir utiliser ces déchets particuliers qui représentent une partie seulement des déchets provenant des récteurs en fonctionnement actuellement, mais en sortie du réacteur astrid, y’aura d’autres déchets.

D’autre part, utiliser des milliers de tonnes de sodium comme liquide caloporteur, donc chauffé à bloc, c’est pas la meilleure idée du siècle hein.

On devrait plutôt se concentrer sur le thorium, et les réacteurs à sels fondus, capables eux aussi de « recycler 100% des déchets » et bien plus « propres » et sûrs.

Dis moi au passage, tu crois à ce bonimensonge d’areva qui affirme recycler 96% du combustible nucléaire usager ?

Ça m’étonnerait pas vu ton commentaire…

tfpsly

Non, mais une bonne partie des plus dangereux oui.

Les écolos ont en effet soulevé ce problème de sécurité, en cas d’incendie c’est pas arrétable etc… Sauf qu’il y a déjà eu des incendie sur de tels système de refroidissement dans des surgénérateurs, sans pb. C’est parfaitement utilisable (et encore utilisé de nos jours).

Oui c’est une filière intéressante. Mais qui n’a pas été démontrée en prod, seulement en prototypes : on ignore si les sels fondus ne vont pas causer des pbs de corrosion à long terme.