Live Japon : la High-Tech au service de la santé

Karyn Poupée
01 décembre 2007 à 09h57
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De nombreux Japonais ont beau boire et fumer plus que de raison, ils se disent en majorité en bonne santé, même les seniors, et le prouvent puisqu'ils ont l'espérance de vie la plus élevée du monde. A quoi cela tient-il ? Mystère. La nourriture ? Le climat ? Mmmmm... et si c'était la technologie ? Car figurez-vous que si les Nippons rechignent à avaler des médicaments (contrairement aux Français), ils n'ont aucune réticence à utiliser une diversité d'appareils high-tech pour mesurer et améliorer leur condition physique. Il préfèrent ainsi un mini-masseur électronique pour atténuer une douleur musculaire à l'ingestion d'un cachet.

Un petit tour au rayon santé d'un hypermarché de l'électronique de Tokyo apporte la preuve de cet engouement. Ils sont des dizaines à tester à la queue leu leu les innombrables tensiomètres de poche ou les modèles plus imposants à utiliser à la maison signés National, Omron ou Tanita. Ils se renseignent en nombre sur les électro-cardiomètres portables, les analyseurs de sang électroniques et autres appareils censés alerter chacun sur les anomalies, à temps, avant que les gros pépins de santé ne se manifestent.

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Cohue également au rayon des pèse-personne, lesquels sont évidemment, tout comme les tensiomètres, dotés d'un luxe de fonctions et de plusieurs mémoires pour permettre un suivi indépendant de chaque membre de la famille, en attendant que l'objet personnel par excellence, le téléphone mobile, n'intègre toutes ces fonctions, ce qui ne saurait tarder.

La technologie pour réduire l'embonpoint

C'est que les Japonais, hier plutôt fluets, ont tendance ces derniers temps à prendre des kilogrammes de graisse mal placée. Ce phénomène, bien connu en Occident, inquiète non seulement les citoyens mais aussi les entreprises et les autorités. Car la prise d'embonpoint a aussi pour conséquence une augmentation des risques de maladies cardio-vasculaires. Du coup, la lutte contre ce fléau des pays développés, baptisé ici "syndrome métabolique", est devenue l'un des meilleurs arguments de vente d'un produit ou d'un service. Les fabricants de podomètres sont les premiers à en profiter, la marche étant considérée comme un exercice efficace (à condition de faire environ 10.000 pas par jour).

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Les derniers modèles, les plus perfectionnés, n'ont pas besoin d'être arrimés à la ceinture pour comptabiliser correctement les pas effectués, calories brûlées et kilomètres parcourus, on peut les laisser en vrac dans une poche ou un sac à main. Ils sont aussi capables de mesurer l'ensemble de l'activité physique (pas seulement les pas) et pourvus d'une mémoire ainsi que d'un mode de transfert pour déverser leurs données dans un ordinateur afin de créer des courbes et tableaux de chiffres de suivi. Les Japonais adorent. Mieux, une filiale du groupe NTT, numéro un des télécommunications nippon, et le spécialiste de ces appareils, Omron, sont en train de mettre en place un service en ligne pour aider les Nippons à combattre la prise de bedaine. « Ces derniers temps, les mauvaises habitudes de vie comme le manque d'exercice et les repas déséquilibrés font qu'un nombre grandissant de personnes ont des bourrelets, qui trahissent une masse graisseuse trop importante », ont argumenté les deux firmes.

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Elles vont donc proposer un ensemble d'outils à destination des particuliers, entreprises, compagnies d'assurance et fournisseurs de services de santé. Le projet prévoit la fourniture aux abonnés de podomètres, pèse-personnes, tensiomètres, cardiomètres, thermomètres etc. ainsi qu'un logiciel et un support en ligne pour enregistrer et analyser l'évolution de leur condition physique. Des conseillers médicaux suivront les patients. Le service baptisé en japonais « système de soutien à l'amélioration des habitudes de vie » sera disponible à compter d'avril 2008 au Japon, pour 1.800 à 8.000 yens par mois (11 euros à 49 euros) selon les options. Tanita, l'autre grand fabricant japonais de pèse-personne, tensiomètres et autres instruments médicaux pour particuliers, a lui aussi conçu un service de surveillance sanitaire du même type. Baptisé MYH (Monitoring Your Health - contôler votre santé), il permet de suivre au jour le jour différents paramètres médicaux. Les informations recueillies par les appareils sont automatiquement envoyées dans une base de données sécurisée en ligne via un PC, par l'intérmédiaire d'une sorte de clef-mémoire USB qui sert aussi de verrou de sécurité personnelle.

En fonction des diagnostics établis, chaque utilisateur se voit proposer différentes recommandations comme des conseils diététiques et ensembles d'exercices. Il peut aussi être alerté en cas de détection d'anomalie. Le service, qui fait appel à des professionnels de la santé, est proposé sur abonnement (matériel compris) à 1.200 yens par mois par utilisateur (7,75 euros). Tanita espère 40.000 clients d'ici mars 2008 pour un chiffre d'affaires de 500 milllions de yens (3,2 millions d'euros), et 450.000 utilisateurs fin mars 2010 pour 5 milliards de yens de recettes. Ces dispositifs en ligne ont d'autant plus de chance de trouver un marché que les médias ne cessent de ressasser les risques liés au surpoids, ce qui pousse chacun à s'en inquiéter. Sans compter qu'à partir d'avril prochain, les entreprises auront l'obligation de proposer à leurs salariés un programme pour lutter contre le "syndrome métabolique". L'Etat japonais cherche en effet, lui aussi, par tous les moyens, à éviter une explosion des dépenses de santé due à une hygiène de vie dégradée et au vieillissement de la population.

La télé-médecine

Au-delà de ces basiques services de télé-santé, les acteurs des télécommunications et le corps médical déploient des solutions plus poussées. Le groupe NTT teste actuellement un système de télé-médecine pour personnes âgées, en partenariat avec une société de services médicaux à domicile. Les patients ont chez eux divers appareils de contrôle médical dont les données sont transférées à un serveur au centre médical depuis un ordinateur personnel via une liaison sécurisée à haut-débit. Les données seront analysées quotidiennement par les spécialistes du centre d'assistance médicale. Cette expérimentation grandeur nature vise à familiariser les patients âgés avec ce type de services appelés à se multiplier pour maintenir les vieillards en forme et chez eux le plus longtemps possible.

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Le principal concurrent nippon de NTT, le groupe KDDI, a lui aussi lancé en juillet un service qui permet aux hôpitaux de suivre à distance des personnes malades ou convalescentes restant à domicile. Cette solution de télé-médecine, qui peut constituer un moyen de compenser en partie le déficit de spécialistes dans certaines régions, a été développée par le centre de recherches de KDDI et testée pendant un an en situation réelle. Elle est essentiellement destinée aux hôpitaux. Le médecin peut dialoguer avec le patient par vidéoconférence et réaliser des examens pour mesurer divers paramètres comme la pression artérielle ou le pouls. Les manipulations son effectuées par le malade lui-même ou un de ses proches.

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Le dispositif permet également aux chirurgiens d'expliquer aux patients à distance, grâce à des images haute-définition, le principe d'une intervention chirurgicale avant une hospitalisation, ou encore de suivre la convalescence d'une personne après la sortie d'une clinique. Le patient a quant à lui accès quand il le souhaite à diverses informations mises à sa disposition par l'hôpital sur sa maladie et sa santé. Il peut en outre à tout moment converser avec le personnel de soins. Les malades équipés ont à leur disposition un terminal dédié à écran tactile au mode d'emploi très simple, selon KDDI. Cet appareil dispose d'un accès réseau à haut-débit fixe et peut aussi être connecté via un téléphone portable pour un usage hors du foyer.

Jeux et accessoires high-tech pour la santé ?

Dans un registre un peu différent, l'actualité récente a montré que les Japonais recherchent souvent des solutions technologiques aux problèmes physiques ou mentaux humains. Et ce, bien au-delà des jeux d'entraînement des méninges ou de massage facial et musculation des zygomathiques sur consoles de jeux portables DS de Nintendo. Exemple, des chercheurs nippons ont développé il y a quelques semaines un système qui permet de faire évoluer un avatar dans le monde virtuel "Second Life" à la seule force de ses ondes cérébrales, sans utiliser ni souris ni clavier. Coiffée d'un casque bardé d'électrodes qui captent les ondes dans le cortex cérébral moteur et les transmettent à un moteur d'analyse, une personne peut déplacer un personnage dans "Second Life" rien qu'en imaginant qu'elle marche, ou bien qu'elle tourne à droite ou à gauche. Selon l'équipe de recherche du département de rééducation de l'Université Keio, qui a mis au point le procédé, plusieurs études avaient déjà démontré qu'il était possible de déplacer un curseur sur un écran en utilisant uniquement la détection de l'activité cérébrale. Mais c'est la première fois que cette technique est appliquée pour contrôler un avatar dans un univers virtuel sur internet.

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Selon les chercheurs, cette innovation pourrait contribuer à motiver les patients frappés de paralysie sévère, souvent trop déprimés pour entreprendre une rééducation. « S'ils peuvent voir de leurs propres yeux leurs avatars se déplacer, cela pourrait stimuler leur neurones et leur permettre de rétablir certaines fonctions », affirment-ils. Dans une catégorie voisine, signalons l'existence de robots pour tourner les pages d'un livre, un système déjà utilisé dans quelques hôpitaux ou maisons de repos pour des personnes atteinte de maladie paralysante comme la terrible sclérose latérale amyotrophique (SLA).

D'autres chercheurs, toujours japonais, ont conçu une nouvelle sorte de télécommande qui utilise la détection des mouvements de la mâchoire pour donner des instructions simples à un appareil électronique. Le système se présente sous la forme d'une sorte de casque à positionner sur les tempes ou d'un accessoire à fixer sur des branches de lunettes. Cet outil permet d'ordonner trois ou quatre types d'actions différentes en serrant les dents de gauche, en serrant les dents de droite ou en remuant les mandibules d'une autre façon. Des capteurs à infrarouge détectent les variations se produisant au niveau des tempes, lorsque le sujet ouvre et ferme la bouche. Ce signal est ensuite transformé en instruction électrique. Pour être compris par le dispositif, le mouvement de la mâchoire doit durer environ une seconde, de façon à le différencier des gestes que l'on effectue en parlant, en mangeant ou en mâchant du chewing-gum. Ce système est pensé pour permettre par exemple aux personnes handicapées de manoeuvrer leur fauteuil roulant. Il peut également constituer une nouvelle interface de saisie basique pour ordinateur, en lieu et place d'une souris, par exemple pour faire défiler les pages d'une présentation.

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Tant que nous sommes dans le cerveau, restons-y avec Hitachi qui a développé un prototype de dispositif d'imagerie médicale portable, outil qui permet de mesurer l'activité du cerveau lors de situations quotidiennes dans lesquelles cela était jusqu'à présent infaisable. Grâce aux technologies mises en oeuvre dans ce prototype, les chercheurs et médecins pourront un jour étudier le fonctionnement cérébral des personnes dans le métro, en voiture, au bureau, dans la rue ou chez elles, selon Hitachi. Ce système se présente sous la forme d'un bandeau-casque de 400 grammes relié à un boîtier de contrôle de 600 grammes. Il transmet directement les données recueillies, par réseau sans fil, à un ordinateur (portable ou fixe) distant.

Pour miniaturiser l'objet et rendre son usage possible hors des laboratoires, Hitachi a expliqué avoir développé des procédés basés sur la tomographie optique, laquelle permet, grâce à l'émission de lumière par un laser, de dresser une image de l'activité neuronale en mesurant les flux sanguins. Les astuces techniques mises en oeuvre par Hitachi ont ainsi permis de loger le système de mesure de l'activité du cerveau dans un bandeau et de supprimer les nombreuses fibres optiques et sortes d'électrodes précédemment requises. L'extériorisation du traitement des données vers un PC a également permis de réduire notablement la taille de l'appareillage.

L'insolite pour conclure

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Pour conclure sur une note plus drôle, nous ne résistons par à vous présenter "Simroïd", une incroyable créature conçue par une équipe de roboticiens nippons et la firme Kokoro. Cet être artificiel, présenté mercredi 28 novembre lors d'une exposition internationale dans la banlieue de Tokyo, est un souffre-douleur destiné à servir de cobaye pour les apprentis dentistes plus ou moins adroits. "Simroïd" réagit grâce à des capteurs sensoriels aux tortures qu'on lui fait subir et répond aux questions de son bourreau. Si l'étudiant dentiste touche un point sensible, la patiente artificielle crie, fronce les sourcils, grimace, bref se rebiffe comme le ferait un humain, un vrai.

Les capteurs sensoriels sont positionnés exactement comme le sont les points sensibles dans la bouche d'une personne. Par ailleurs, le réalisme troublant de Simroïd est censé faire oublier à l'étudiant qu'il s'agit d'un objet, ce qui est paraît-il efficace pour apprendre au dentiste en herbe, non seulement la bonne technique, mais aussi à mieux communiquer. L'Ecole de médecine japonaise de Tokyo a déjà intégré le robot humanoïde dans ses cours depuis septembre.
Modifié le 20/09/2018 à 15h53
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