Disney a envoyé vendredi une mise en demeure à ByteDance. Le studio accuse la société chinoise d'avoir utilisé ses personnages protégés pour entraîner Seedance 2.0, son nouveau générateur vidéo par IA lancé jeudi.

Disney accuse l'éditeur de TikTok d'avoir « pré-emballé » Seedance avec une bibliothèque de personnages Disney, Marvel et Star Wars - ©Tang Yan Song / Shutterstock
Disney accuse l'éditeur de TikTok d'avoir « pré-emballé » Seedance avec une bibliothèque de personnages Disney, Marvel et Star Wars - ©Tang Yan Song / Shutterstock

ByteDance pensait marquer un grand coup avec Seedance 2.0. Le générateur de vidéo par IA, dévoilé jeudi dernier, a effectivement impressionné Elon Musk et fait le buzz sur les réseaux sociaux chinois. Des utilisateurs ont partagé des clips montrant le rappeur Ye et Kim Kardashian dans un drame impérial chinois, parlant mandarin. D'autres ont généré des scènes avec Spider-Man, Dark Vador ou Grogu. Mais Disney a réagi en moins de 24 heures, et sa réponse ne laisse aucune place au doute.

Dans la lettre que notre confrère Axios a obtenue, David Singer, l'avocat externe du studio, parle d'un « véritable pillage » de propriété intellectuelle. Il accuse l'éditeur de TikTok d'avoir « pré-emballé » Seedance avec une bibliothèque de personnages Disney, Marvel et Star Wars. Il cite des exemples précis : Spider-Man, Dark Vador, Grogu ou Peter Griffin que les studios de la célèbre souris a pu facilement indentifier grâce aux nombreuses vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux. Disney estime que « ce n'est que la partie émergée de l'iceberg » alors que Seedance 2.0 n'existe que depuis quelques jours seulement.

Disney applique une méthode qu'il a rodée depuis septembre

Chez Disney, on fonctionne en mode « action-réaction ». Cette mise en demeure fait partie d'une stratégie que Disney affine depuis septembre 2024. Le studio a envoyé une lettre similaire à Character.AI en septembre, et l'entreprise a modifié sa façon d'exploiter la propriété intellectuelle Disney. Google a subi le même traitement en décembre, avec un résultat immédiat : des dizaines de vidéos générées par IA mettant en scène des personnages Disney ont disparu peu après.

Disney est même passé aux poursuites judiciaires en juin dernier. Le studio a attaqué Midjourney, puis s'est associé à NBCUniversal et Warner Bros. Discovery pour poursuivre la société chinoise MiniMax. Les trois géants du divertissement accusent MiniMax de « piratage à grande échelle » d'œuvres protégées. Et à chaque fois, Disney fait mouche.

Le studio joue toutefois sur deux tableaux. L'an dernier, l'accord global avec OpenAI autorise le géant de l'IA à générer des images et vidéos à partir de sa propriété intellectuelle. Disney s'est engagé à investir un milliard de dollars en actions dans OpenAI. Utiliser l'image de Disney oui, mais il faut sortir le portefeuille. Disney n'est pas là pour enfiler des perles avec l'IA.

Disney s'est engagé à investir un milliard de dollars en actions dans OpenAI - ©Bankrx / Shutterstock
Disney s'est engagé à investir un milliard de dollars en actions dans OpenAI - ©Bankrx / Shutterstock

Le contexte est particulier puisque la Chine cherche son nouveau DeepSeek

La Chine cherche à reproduire le succès de DeepSeek, la start-up dont les modèles R1 et V3 ont provoqué un « choc systémique » début 2025. Le Global Times, journal que l'État chinois soutient, compare déjà Seedance à cette percée et évoque une « vague d'admiration pour la Chine au sein de la Silicon Valley ». ByteDance arrive donc au bon moment pour surfer sur cette dynamique.

La société chinoise affirme que son outil est un système conçu pour les productions cinématographiques professionnelles, le commerce électronique et la publicité. Il traite simultanément le texte, les images, l'audio et la vidéo, ce qui fait baisser mécaniquement le coût de création de contenu.

Et ça n'a pas du tout plu à Hollywood qui a réagi rapidement. Charles Rivkin, PDG de la Motion Picture Association, a appelé ByteDance à « cesser immédiatement ses activités illicites » dès jeudi. La Human Artistry Campaign, qui regroupe la SAG-AFTRA et la Directors Guild of America, réclame que « les autorités utilisent tous les outils légaux à leur disposition ».

Source : Axios, Reuters