Live Japon : le paiement sans contact, sans souci

Karyn Poupée
10 novembre 2007 à 11h47
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Voici, comme chaque semaine un nouveau reportage en direct du Japon, réalisé grâce à notre correspondante permanente sur place : Karyn. Présente dans la célèbre ville de Tokyo, Karyn nous propose donc de nous faire vivre l'actualité high tech de ce côté-ci du globe. Dépaysement garanti !

A noter que vous pouvez retrouver les autres reportages de Karyn à l'aide des liens placés sur la colonne de droite ci-contre. Bonne lecture !


En 2011, un Japonais aura en moyenne sur lui deux porte-monnaie électroniques à puce sans contact, dans son téléphone portable ou sous forme de carte en plastique, telles sont les prévisions de l'institut de recherche économique Yano. Irréaliste? Que nenni. A ce jour, déjà 70 millions de porte-monnaie électroniques sont en circulation, pour une population de 127 millions d'âmes. L'institut prévoit que la barre des 100 millions sera atteinte mi-2008 et que celle des 250 millions sera pulvérisée mi-2011. Il faut dire qu'en la matière, les choses vont très vite, surtout depuis que la fonction porte-monnaie à puce sans contact est intégrée dans les terminaux mobiles.

La folie du porte monnaie électronique

Du coup, une majorité de Nippons sont désormais persuadés que d'ici quelques années, ils effectueront la plupart, voire l'intégralité, de leurs petits achats en réglant avec leur mobile à puce sans contact. L'avant-gardiste premier opérateur mobile NTT DoCoMo fut le premier à proposer en 2004 des services de paiement sans contact sur mobile, transformant ses terminaux en "osaifu keitai" (le portable porte-feuille). Il a vite été suivi par son rival KDDI, puis par Softbank, qui, en accord avec NTT DoCoMo ont adopté la même dénomination commerciale afin de dynamiser l'adoption des fonctions porte-monnaie électronique.

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Outre NTT DoCoMo, des firmes de transport (trains, métros, avions), des groupes de distribution (supérettes Seven-Eleven, supermarchés Aeon) ou du secteur de la finance (comme les banques Mitsubishi UFJ, Sumitomo ou les sociétés de crédit JCB et la firme spécialisée Bitwallet) ont lancé au Japon ces dernières années des porte-monnaie ou cartes de crédit électroniques à puce sans contact. Au total, quelques 70 services (paiement, transport, billet d'entrée à un événement...) exploitant la puce sans contact des mobiles sont aujourd'hui proposés au Japon.

La puce en question, Felica de Sony, devient une fonction standard dans les terminaux proposés par les opérateurs locaux, ce qui incite fortement à l'usage. D'autant qu'au Japon les vols de mobiles sont rares. On dénombre à ce jour environ 40 millions de terminaux à puce sans contact vendus pour un total de 105 millions d'abonnés. A l'instar de l'argent liquide, le porte-monnaie électronique sert essentiellement à régler les menus achats (journaux, boissons, cigarettes, en-cas, repas dans un restaurant rapide).

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Pour ce faire, l'utilisateur doit simplement effleurer avec sa carte ou son mobile un terminal de paiement associé à la caisse enregistreuse du magasin, ou du monnayeur dans le cas des distributeurs. Le système est basé sur une identification par radio-fréquences (RFID) à une distance de 0 à 10 centimètres. Nul besoin de saisir un code ou d'appuyer sur une touche, il suffit de sortir son mobile de sa poche pour le rapprocher du lecteur, un point c'est tout, emballez, c'est payé! La somme correspondante est automatiquement prélevée dans le porte-monnaie électronique préalablement chargé depuis un compte bancaire, ou bien directement sur le compte lui-même en mode différé à règlement mensuel.

Le gain de temps, la disparition de la petite monnaie, l'élimination des erreurs de caisse, la suppression des monnayeurs et la réduction des coûts de maintenance sont les avantages majeurs perçus par les commerçants. Pour les utilisateurs, les bénéfices de l'intégration des porte-monnaies électroniques dans les mobiles sont au moins au nombre de trois : cela permet de recharger de l'argent directement via un site internet mobile, de consulter à l'écran le solde restant dans le porte-monnaie et enfin de faciliter les achats en ligne en débitant sur la puce, sans saisir le moindre numéro de carte de crédit.

Bien qu'à l'origine, en 2001/2002, les paiements sans contact aient démarré lentement, désormais, ils explosent. Plusieurs centaines de milliers de commerces sont à présent équipés pour accepter un ou plusieurs porte-monnaie électronique ou carte de crédit sans contact. Pour que même les deux millions de petis détaillants s'y mettent, NTT DoCoMo et Casio ont créé ensemble une société qui propose des caisses enregistreuses intelligentes reliées à un service en réseau qui permet à un petit épicier de s'équiper pour pas cher (6.000 euros pour l'équipement, abonnement mensuel de 50 euros et commission en sus de quelques pourcents sur les transactions).

Exemple de fonctionnement

EDY, le pionnier des porte-monnaie électroniques nippons basés sur la puce sans contact Felica de Sony, a émis à ce jour environ 35 millions de cartes (en plastique ou sur mobiles). Plus de 65.000 magasins ayant pignon sur rue acceptent EDY, auxquels s'ajoutent environ 3500 sites de commerce en ligne, des centaines de distributeurs de boissons ou cigarettes et plusieurs milliers de taxis. Au mois d'octobre, la société qui gère EDY a dénombré 21 millions de transactions. Bitwallet (émanation de Sony), créateur et gestionnaire d'EDY (acronyme d'Euro Dollar Yen) prévoit de totaliser 40 millions d'utilisateurs en 2008. EDY, qui fonctionne en mode pré-payé anonyme, sur cartes en plastique et mobiles, a pour atout d'être présent sur l'ensemble du territoire. Bitwallet propose lui aussi aux petits commerçants des solutions financières non prohibitives pour la mise en place du système. Le chargement d'EDY (mobile et cartes) peut s'effectuer sur des bornes dédiées, aux caisses enregistreuses des boutiques affiliées ou en ligne en enregistrant les références d'une carte de crédit (ce qui dans les faits revient à un débit différé).

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Un système de points lui est aussi associé, lesquels se convertissent en valeur d'achat. Bitwallet vient en outre de lancer un service de distribution de coupons. L'utilisateur s'inscrit au service (via son PC ou un mobile) et choisit les coupons qui l'intéressent. Lorsqu'il effectue un paiement dans la boutique émettrice avec sa carte EDY, le coupon est automatiquement pris en compte, même si l'utilisateur n'y a pas songé.

La commission de Bitwallet n'est prélevée que si le coupon a effectivement été utilisé, ce qui est un facteur incitatif majeur pour les émetteurs. Autre nouveauté: des réductions fidélisantes. Les enseignes qui acceptent EDY peuvent désormais consentir des ristournes aux clients fidèles et/ou lucratifs, sur la base de la fréquence ou du montant de paiement de leurs prestations/produits par EDY. Exemple : une compagnie de taxis offre une réduction équivalent à 20% du montant des trajets aux clients qui ont emprunté ses voitures et réglé par EDY quatre fois ou plus au cours du mois précédent.

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Cette réduction se fait sous la forme d'un crédit d'argent sur la carte EDY. Des sites de commerce en ligne offrent des remboursements EDY en lieu et place des systèmes de points. Ce nouveau service est pour le moment utilisable avec les PC NEC ou Toshiba équipés d'un lecteur Felica et d'un programme préinstallé dédié. Il devrait s'étendre aux modèles des autres marques. Cela suppose un partenariat et un modèle économique (alambiqué comme d'habitude mais faisable, la preuve) entre fabricants de PC, sites commerçants et gestionnaire de monnaie électronique.

Les "konbini" (supérettes ouvertes 24H/24 tous les jours), les restaurants rapides et autres boutiques, qui sont pris d'assaut à l'heure du déjeuner ou en soirée parviennent grâce à la rapidité des transactions par porte-monnaie électronique à diviser par deux le temps de passage en caisse. De fait, ils peuvent ainsi, pour certains d'entre eux, se permettre de réduire le nombre de caisses, donc d'augmenter la surface de vente et d'avoir plus de produits en rayons. In fine, ils en deviennent plus compétitifs.

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Les modes de règlement sans contact connaissent ainsi une popularité grandissante au Japon. Cet essor résulte non seulement de l'intégration de la puce sans contact dans les téléphones portables (les Japonais ne lâchant pas leur mobile), mais aussi de l'absence de chèques et du faible usage des cartes de crédit en plastique, lesquelles sont encore réservées aux gros montants. De facto, le sans contact remplace surtout le liquide.

Des services multiples l'acceptent

L'attractivité de ces porte-monnaie tient aussi à leur simplicité d'emploi et aux services qui y sont généralement associés. Les porte-monnaie des compagnies ferroviaires sont par exemple adossés à leurs titres de transport multi-trajets, de sorte que la même carte ou le même téléphone sert à la fois à franchir les portiques des trains et métros et à acheter un journal au kiosque sur le quai. Les plus célèbres sont "Pasmo", le nouveau ticket de train et bus sans contact pour circuler dans Tokyo, ou "Suica", celui de la plus grande compagnie ferroviaire du japon, JR Higashi, qui dessert l'Est du Japon, donc Tokyo. Le premier jour du lancement de "Pasmo", quelque 510.000 cartes ont été émises. La barre des 2 millions a été franchie en trois semaines. Au bout d'un peu plus d'un mois, les compagnies de métros et bus ont dû suspendre la vente, faute de stock. Les 4 millions de cartes commandées pour l'année étaient parties. Du jamais vu !

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Elles n'avaient pas imaginé un tel engouement. Et pour cause. Il n'y avait en effet a priori pas de raisons que tant de monde se précipite pour acquérir "Pasmo" puisqu'elle ne diffère en rien de "Suica" (déjà utilisée par 22 millions de personnes), sinon par le nom et l'émetteur. Mais les Japonais sont fétichistes, ils aiment les nouveautés, surtout lorsqu'elles ont un côté high-tech, quitte à faire doublon. Résultat, sur une population de 35 millions d'habitants dans la capitale et sa banlieue, plus de 25 millions d'individus possèdent et utilisent quotidiennement un passe de transport sans contact/porte monnaie "Suica" ou "Pasmo", sous forme de carte en plastique ou directement intégré dans leur téléphone portable. Le succès est le même pour les autres cartes (Icoca, Pitapa...) valides dans les autres régions du Japon.

"Pasmo" ou "Suica" sont pour leur part utilisables dans plus de 22 500 points de ventes, distributeurs ou taxis dans et autour des plus de 1.500 gares desservies dans l'agglomération de Tokyo. Par ailleurs, ces sésames peuvent être adossés à une carte de crédit et à des programmes de fidélité, sur le principe des "miles" des compagnies aériennes: plus on les utilise, plus on amasse de points qui se transforment ensuite en à-valoir. En outre, si le solde contenu dans la puce "Pasmo" ou "Suica" est inférieur au montant du trajet ou de l'achat à régler, ces cartes se rechargent automatiquement d'une somme déterminée par avance, via un débit sur la carte bancaire associée.

Quelques 800 000 paiements effectués avec Pasmo ou Suica étaient enregistrés en moyenne chaque jour au mois de septembre (derniers chiffres disponibles). Le rythme de progression est impressionnant de mois en mois. La barre du million d'achats payés quotidiennement par "Suica" ou "Pasmo" a sans aucun doute été franchie en octobre ou le sera ce mois-ci.

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L'emploi de "Suica" ou "Pasmo" n'empêche nullement d'utiliser aussi les autres porte-monnaie ou carte de crédit électroniques. On peut avoir un porte-cartes plein à craquer. Mais le mieux est d'utiliser son téléphone puisqu'il peut contenir un ou plusieurs services sans contact de diverses nature sur la même puce inamovible. Et voilà pourquoi on totalise au Japon une dizaine de labels de paiement mobile sans contact en mode pré-payé (pré-chargement) ou post-payé (par prélèvement différé sur un compte).

Alors que McDonald's (qui compte plus de 3.000 restaurants sur l'Archipel) s'est rallié au système de NTT DoCoMo, et que d'autres vastes chaînes commerciales ont choisi "EDY" ou "Suica", le géant de la distribution japonais Seven & I Holdings, qui chapeaute les supermarchés Ito Yokado, les 11.000 supérettes 24h/24 "Seven Eleven" et les restaurants Denny's, n'a pour sa part pas hésité à lancer le 23 avril 2007 son propre porte-monnaie électronique sans contact sur carte et mobile. Baptisé "Nanaco", ce porte-monnaie, qui fonctionne en mode pré-payé, est vite devenu archi-populaire, surtout auprès des hommes de 30 à 50 ans, adeptes des supérettes pour se ravitailler matins et midis. "Nanaco" est également adossé à un programme de fidélité, chaque achat réglé sans contact donnant droit à des points (un point pour 100 yens) qui se transformeront ensuite en autant de yens. Seven&I Holdings, qui prévoit d'étendre l'usage de Nanaco à des partenaires, espère compter 10 millions de porteurs de sa carte d'ici mars prochain. Il y parviendra sans mal. Les exploitants des quelque 33.000 supérettes concurrentes de Seven Eleven ont quant à eux quasiment tous adopté un ou plusieurs autres outils de paiement sans contact.

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De fait, avec la fonction porte-monnaie électronique, les Bitwallet, JR, NTT DoCoMo, KDDI comme les banques visent une manne de commissions prises auprès des commerçants sur les quelques centaines de milliards d'euros que représentent chaque année les micro-paiements de moins de 3.000 yens (25 euros). Même le champion automobile Toyota, pas connu comme étant un "looser" (perdant), a lancé son porte-monnaie "QUICKpay", via sa filiale financière Toyota Financial. Il s'est même associé à JR Higashi pour le rendre compatible avec "Suica".

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Tout le monde ici se réjouit de cette envolée du paiement sans contact, personne ne s'alarme, car chacun semble y trouver son compte. Il est vrai qu'au Japon, on juge d'abord en fonction de l'aspect pratique des choses, sans aller imaginer tous les hypothétiques effets pervers qu'une technologie pourrait éventuellement générer si d'aventure elle était détournée à mauvais escient, ce qui n'arrive pas forcément, soit dit en passant...

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Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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