Des chasseurs Typhoon de la Royal Air Force ont pris part à un exercice nucléaire français aux côtés des Rafale, pour la toute première fois. Baptisée « Rummy », l'opération scelle un rapprochement inédit entre les deux puissances nucléaires européennes.

Le Typhoon, chasseur de la Royal Air Force, a participé pour la première fois à un exercice nucléaire français. © Richmarks / Shutterstock
Le Typhoon, chasseur de la Royal Air Force, a participé pour la première fois à un exercice nucléaire français. © Richmarks / Shutterstock

Les 20 et 21 octobre, des Rafale français ont simulé une frappe nucléaire au-dessus de la Méditerranée, avec des Typhoon britanniques pour escorte, nous apprend le ministère des Armées ce vendredi. Aucune arme nucléaire n'était à bord, mais le symbole est évident, d'autant plus que jamais l'Angleterre n'avait pris part aux répétitions de la dissuasion aéroportée française. Paris et Londres prennent pourtant soin de préciser que chacun garde seul la main sur son arsenal.

Typhoon et Rafale, un duo inédit au service de la dissuasion

Pour cette première, l'aventure a débuté à Saint-Dizier, en Haute-Marne. Cette base aérienne accueille les Forces aériennes stratégiques (FAS), le commandement de l’armée de l’Air et de l’Espace chargé de la mission nucléaire. La dissuasion française repose à la fois sur des sous-marins capables de tirer des missiles depuis les océans, et des Rafale qui peuvent emporter le missile nucléaire ASMPA-R, tiré depuis les airs.

Ce sont ces Rafale qui ont mené le raid fictif, encadrés par des Typhoon de la RAF dans le rôle d’escorte, c’est-à-dire chargés de les protéger d’éventuels chasseurs ennemis. Le tout sous des règles de sécurité strictes, avec un objectif clair, celui d'apprendre aux équipages des deux pays à se coordonner et à parler le même langage.

Rafale et Typhoon se connaissent bien, puisque les deux chasseurs s'entraînent régulièrement ensemble, qu'il s'agisse d'intercepter un appareil suspect ou de surveiller l'espace aérien. Ce qui change cette fois, c'est la nature de la mission. Le Royaume-Uni ne possède en effet plus d'arme nucléaire larguée depuis un avion depuis la fin des années 1990. Sa dissuasion repose tout entière sur ses sous-marins, armés de missiles Trident. Pour retrouver un rôle dans les airs, Londres mise sur des F-35A américains, capables d'emporter des bombes nucléaires américaines dans le cadre de l'OTAN. Voir des Typhoon prendre part à un exercice nucléaire français est donc une vraie première, salue Catherine Vautrin, pour qui la coopération entre les deux pays « ne cesse de s'approfondir ».

Le Rafale, pilier de la composante aéroportée de la dissuasion nucléaire française. © Flavien Dessertine / Shutterstock
Le Rafale, pilier de la composante aéroportée de la dissuasion nucléaire française. © Flavien Dessertine / Shutterstock

France et Royaume-Uni, deux arsenaux nucléaires qui volent en formation

Ce rapprochement découle de la Déclaration de Northwood, signée le 10 juillet 2025 par Emmanuel Macron et Keir Starmer, alors Premier ministre britannique, lors de la visite d'État du président français au Royaume-Uni. Paris et Londres avaient affirmé, pour la première fois également, que leurs dissuasions, tout en restant indépendantes, pouvaient être coordonnées. Les deux pays se dotaient ainsi d'une instance commune pour piloter cette coopération. L'exercice mené ces derniers jours, baptisé « Rummy », le nom anglais du rami, est considéré par Wes Streeting, le secrétaire britannique à la Défense, comme « un nouveau chapitre » dans un monde « de plus en plus dangereux ». Il invoque une « responsabilité commune » des deux pays envers la sécurité euro-atlantique, et prévient que leurs adversaires « ne doivent avoir aucun doute » sur leur unité.

Coordonner ne veut pour autant pas dire fusionner. Chaque pays conserve des forces souveraines, la décision d'employer l'arme ne se partage pas, et ce recours ne serait envisagé que dans des circonstances extrêmes de légitime défense. « Avoir des forces nucléaires indépendantes n'exclut pas la coordination », résume la ministre française, qui y voit un atout pour la sécurité de l'Alliance atlantique. Après le tir à blanc du dernier missile balistique français début octobre, le M51.3, Paris affirme un peu plus ses nouvelles ambitions militaires.