Réutilisables et de plus en plus nombreuses, les fusées décollent à un rythme qui ne cesse de s’accélérer. Mais pour les accueillir l’industrie occidentale compte encore majoritairement sur des infrastructures héritées d’une tout autre époque.

La fusée Falcon Heavy sur le pas de tir 39A à Cap Canaveral, en Floride. ©SpaceX
La fusée Falcon Heavy sur le pas de tir 39A à Cap Canaveral, en Floride. ©SpaceX

Les chiffres donnent le tournis. À Cap Canaveral, en Floride, 110 lancements ont été réalisés l’année dernière, contre seulement 36 en 2021. Une hausse que l’on peut évidemment attribuer à la cadence folle de SpaceX et de son Falcon 9, alors que d’autres acteurs arrivent progressivement sur le marché. Dans ce contexte, la Space Force vise pas moins de 3 000 tirs annuels d’ici à 2036. En clair, les calculs ne sont pas bons. 

De nombreux facteurs à prendre en compte

D’autant que les capacités de lancement n’incluent pas uniquement le pas de tir, mais aussi la gestion du trafic aérien, le suivi des fusées, la fourniture de carburants et de gaz, l’électricité, les routes, etc. Si un seul élément ne suit pas, c’est tout le système qui est ralenti, alerte l’ancien responsable des partenariats de la NASA, Philip Metzger, dans une tribune publiée dans Space News.

D’ailleurs, l’inspecteur de la NASA s’inquiétait déjà de la situation dans un rapport publié en juin, dans lequel il affirmait que le centre spatial Kennedy, en Floride, et la base de Wallops, en Virginie, approcheront de leur capacité maximale en 2028-2029. Il a ainsi identifié les trois points faibles du réseau actuel : le réseau d’azote et d’hélium incapable de servir plusieurs utilisateurs à la fois, une électricité utilisée au-delà de sa durée de vie prévue, et environ 19 000 trajets de camions supplémentaires par an sur des routes vieillissantes.

En parallèle, les budgets d’infrastructures de lancement de la NASA ont reculé de 11 à 47 % en cinq ans, sans prendre en compte l’inflation. Un véritable goulot d’étranglement.

Le premier étage de la fusée SLS. ©NASA
Le premier étage de la fusée SLS. ©NASA

Rénover ou construire ?

Face à ces limites, l’expert plaide d’abord pour moderniser l’existant, souvent plus rapide et moins coûteux. Par exemple, le pas de tir 39A, loué par la NASA à SpaceX en 2014, accueillait des Falcon 9 moins de trois ans plus tard. Mais bâtir de nouveaux sites s’avère également nécessaire, selon lui. Il n’y a qu’à voir SpaceX, actuellement en train d’agrandir sa base de Starbase, au Texas, tout en construisant un nouveau complexe gigantesque en Louisiane. 

Car en parallèle, la Chine n’attend pas et continue de renforcer ses capacités de lancement. Elle a inauguré, fin 2024, le site de Hainan, qui doit faciliter plus de 60 tirs annuels, et a récemment ouvert un port spatial en mer.