Eutelsat et la start-up française Skynopy ont officialisé le lancement de Global AKAR, un immense réseau de stations sol nouvelle génération dédié aux satellites en orbite basse. Leur objectif est de diviser par vingt la latence de récupération des données satellites.

Dans le secteur spatial, on a l'habitude de parler de satellites et de fusées, beaucoup moins des antennes qui, au sol, permettent de récupérer leurs données. Et pourtant, on se dirige vers une petite révolution. Réunis à Paris à l'occasion de l'International Space Summit, le sommet de l'espace organisé sous l'égide du président Emmanuel Macron, Eutelsat et Skynopy ont officialisé mercredi soir un partenariat stratégique baptisé Global AKAR (« racine » en malais). En unissant leurs forces respectives, l'opérateur satellitaire de droit français et la jeune pousse tricolore entendent combler ce qui reste, pour beaucoup d'acteurs du secteur, le grand chaînon manquant de l'économie spatiale. Les deux se fixent l'objectif de déployer plus de 100 antennes d'ici fin 2029, pour grandement réduire la latence de transmission des données satellitaires. On vous explique.
Eutelsat s'associe à une jeune entreprise française pour dominer le segment sol spatial
Le réseau Global AKAR doit marier le vaste réseau d'antennes qu'Eutelsat a construit en presque cinquante ans d'opérations satellitaires, à l'intelligence logicielle de Skynopy. Concrètement, la start-up parisienne a développé des modems virtuels, donc des logiciels qui remplacent les équipements physiques habituellement dédiés à un seul client, qui permettent à une même antenne de dialoguer avec plusieurs satellites en même temps. Pour les opérateurs, cela revient à bénéficier d'un accès simplifié à tout le réseau via une seule interface, sur plusieurs fréquences radio (bandes S, X et Ka) adaptées à différents types de missions.
Skynopy est un nom qui ne dit sans doute pas grand-chose au grand public. Mais fondée fin 2023 par Pierre Bertrand et Antonin Hirsch, la prometteuse entreprise pilote déjà 17 sites et plus de 35 stations réparties sur cinq continents, au service d'une trentaine de clients, parmi lesquels Airbus Defence and Space, tout en s'appuyant sur 18 millions d'euros levés et le soutien technique d'Amazon Web Services.
Pour poursuivre les présentations, rappelons qu'Eutelsat, issu du rapprochement avec le Britannique OneWeb, est devenu à cette occasion le premier opérateur à maîtriser à la fois les satellites géostationnaires (fixes à très haute altitude, historiquement utilisés pour la télévision) et les satellites en orbite basse, plus proches de la Terre et en pleine expansion avec des constellations comme Starlink et Amazon Leo. Avec Global AKAR, l'idée est de faire tourner ses antennes déjà existantes pour davantage de clients, sans pour autant délaisser ceux qu'il sert déjà.
Des promesses techniques qui pourraient rebattre les cartes du secteur
Aujourd'hui, il faut environ une heure pour qu'une donnée captée par un satellite, comme une image ou une mesure, parvienne jusqu'à son destinataire au sol. Avec Global AKAR, ce délai tomberait à moins de trois minutes, un bond spectaculaire. Concernant les débits, c'est-à-dire la quantité de données transmises par seconde, jusqu'à 10 Gbit/s sont espérés, soit cinq à dix fois plus qu'aujourd'hui, ce qui aiderait à accélérer l'observation de la Terre et préparer l'arrivée de futurs centres de données installés directement en orbite. Rappelons-nous que 10 Gbit/s, c'est l'équivalent de cinq à dix fibres optiques grand public réunies.
S'agit-il de belles et vagues promesses ? Les deux entreprises ont d'abord testé leur technologie à petite échelle, avec trois antennes dédiées à l'observation de la Terre. L'essai, en partie financé par l'État français dans le cadre de France 2030, le plan de soutien aux technologies stratégiques, fut un succès. Ce réseau sécurisé, pensé pour résister au piratage, pourrait aussi séduire les acteurs de la défense et d'autres usages sensibles, et c'est clairement l'un de ses atouts.
« Les opérateurs de satellites nous disent tous la même chose », résume Pierre Bertrand, le CEO de Skynopy. Ils veulent « récupérer leurs données au sol plus rapidement », sans avoir à construire eux-mêmes leurs propres antennes, un investissement long et coûteux. Voilà qui pousse le dirigeant à viser le statut de « couche sol de référence du marché », autrement dit devenir le passage obligé du secteur. Jean-François Fallacher, le directeur général d'Eutelsat, y voit quant à lui un moyen d'« étendre la valeur » de son infrastructure, en la mettant au service de nouveaux clients. Quant à Emmanuel Macron, il a salué une initiative incarnant « l'ambition de France 2030 » pour le secteur spatial tricolore.