Quatre géants européens des télécoms, parmi lesquels Orange, envisagent de former un consortium pour candidater au spectre satellite européen. Ils se fixent l'objectif de concurrencer Starlink sur son propre terrain, celui de la connexion sans antenne relais.

Orange fait partie des opérateurs qui discutent pour contrer Starlink en Europe. © Alexandre Boero / Clubic
Orange fait partie des opérateurs qui discutent pour contrer Starlink en Europe. © Alexandre Boero / Clubic

Orange, Deutsche Telekom, Vodafone et Telefonica plancheraient en ce moment sur un projet commun visant à répondre ensemble à une prochaine mise aux enchères européenne sur le spectre satellite. Dans leur ligne de mire, une portion de fréquences que Bruxelles souhaite réserver à un acteur européen, dans le cadre d'une refonte des règles qui encadrent les communications directes vers les téléphones portables depuis l'espace. Rien n'est encore signé, mais la manœuvre en dit long sur l'ambition du Vieux Continent à réduire sa dépendance aux constellations américaines.

Un consortium européen des télécoms pour défier Starlink

Selon les informations de Bloomberg, les quatre opérateurs, dont le Français Orange, sont en train d'échanger autour d'une candidature conjointe pour capter une part des fréquences que l'Union européenne compte réserver à un opérateur local. Tous partagent l'objectif de renforcer la souveraineté satellitaire du continent, alors que les licences actuelles arrivent à échéance en 2027, donc demain. Les porte-parole des groupes concernés n'ont pas souhaité commenter ces discussions, encore informelles.

Il y a une condition de taille à considérer, posée par les autorités de la zone. Tout opérateur satellite candidat devra être détenu majoritairement par une entreprise européenne. La règle concerne directement ces quatre groupes, comptés parmi les plus grands opérateurs mobiles du continent. Reste que rien n'est acté pour l'instant : ni la formation officielle du consortium, ni même la décision de candidater n'ont été confirmées par les intéressés.

Ici, les échanges tournent autour du direct-to-mobile (ou direct-to-service), la technologie qui permet d'envoyer des textos, données et appels depuis l'orbite sans passer par une antenne relais, qui reste d'ailleurs aujourd'hui largement dominé par Starlink. La couverture terrestre européenne demeure pourtant excellente sur la majorité du territoire. La différence maintenant, c'est que Bruxelles veut se donner les moyens d'exister dans ce nouveau marché, à mesure que SpaceX développe son offre grand public sur le continent.

Starlink ne veut pas de cette union des Européens. © Starlink
Starlink ne veut pas de cette union des Européens. © Starlink

Bruxelles découpe le spectre, et SpaceX n'est pas d'accord

Dans le détail, le projet européen porte sur la bande des 2 GHz, une portion de fréquences radio clé pour les communications mobiles, dont l'attribution doit se jouer lors d'une prochaine mise aux enchères. Le gâteau serait divisé en trois, avec un tiers pour l'acteur européen visé par le consortium, un tiers pour IRIS², la constellation souveraine pilotée par SES (dont ArianeGroup parlait encore ce lundi), Eutelsat et Hispasat, et un dernier tiers ouvert aux acteurs internationaux. IRIS² ne devrait toutefois entrer en service qu'en 2029, d'abord tournée vers le haut débit, avec des capacités direct-to-mobile encore limitées, assurées par Hispasat.

Sans surprise, SpaceX s'oppose fermement à cette proposition qui limiterait l'accès des entreprises non-européennes au spectre. L'entreprise d'Elon Musk fournit déjà du haut débit satellite dans une large partie de l'Europe et collabore avec plusieurs opérateurs, dont Deutsche Telekom, sur le direct-to-mobile. Faute de droits de fréquences propres, elle ne peut toutefois pas proposer ce service seule sur le sol européen.

Il y a aussi le cas particulier de Vodafone, qui a mis sur pied une coentreprise à parts égales avec l'américain AST SpaceMobile, également positionné sur le direct-to-mobile. Pour espérer candidater sur le segment réservé aux Européens, l'opérateur britannique devrait revoir cette structure à 50/50. De quoi rappeler que, derrière les discussions feutrées, chaque acteur ajuste déjà ses pions sur l'échiquier satellitaire.