La Commission européenne s'apprête à annoncer une répartition des fréquences satellitaires mobiles afin de réduire l'espace accessible aux acteurs américains. Starlink et Amazon Kuiper ne pourront se disputer qu'un tiers des fréquences disponibles. Les deux tiers restants seront réservés aux entreprises enregistrées dans l'Union européenne, au Royaume-Uni ou en Norvège.

La décision porte sur la bande "2 GHz MSS" (Mobile-Satellite Services), dont les licences arrivent à expiration en mai 2027. Elles sont aujourd'hui détenues par deux entreprises américaines : Viasat, anciennement Inmarsat, et EchoStar, ex Solaris. Toutes deux se retrouveraient exclues de la tranche réservée aux Européens, malgré leurs droits actuels sur le spectre.
Deux tiers réservés pour des acteurs européens
La bande 2 GHz ne suffit pas, à elle seule, pour faire tourner un service à l'échelle de Starlink. Mais elle constitue la couche de fréquences réglementée que les opérateurs mobiles ciblent pour proposer une connexion directe entre un satellite et un smartphone ordinaire, sans équipement supplémentaire.
Elle regroupe deux plages de fréquences : entre 1980 et 2010 MHz, et entre 2170 et 2200 MHz, soit 30 MHz de spectre au total. Ces fréquences permettent aux appareils mobiles et aux véhicules de maintenir une connexion dans les zones non couvertes par les réseaux terrestres classiques, qu'il s'agisse des régions rurales, des espaces maritimes, ou des zones aériennes. Le signal transite alors par des satellites plutôt que par des antennes au sol. Les États membres gèrent ensemble cette bande de fréquences, ce qui permet donc à Bruxelles de décider d'une réservation valable sur l'ensemble du territoire européen.
Le principal bénéficiaire de la tranche réservée aux Européens serait IRIS2. Ce réseau de 290 satellites est porté par le consortium SpaceRISE. Il regroupe les opérateurs SES, Eutelsat et Hispasat, Airbus, Thales Alenia Space et OHB.
Comme nous le rapportions en décembre 2024, la concession de douze ans avait alors été signée pour un montant estimé à 10,5 milliards d'euros, dont 6,5 milliards de fonds publics. Les services gouvernementaux sont attendus à partir de 2030.
L'idée n'est pas simplement de favoriser l'économie européenne, mais également de réduire la dépendance de l'Europe à Starlink. Elon Musk a publiquement évoqué la possibilité de couper le service en Ukraine, tout en affichant des positions proches de l'administration Trump. Selon Reuters, un commissaire aurait même plaidé pour une réservation totale au profit des seules entreprises européennes, mais la responsable du numérique Henna Virkkunen aurait résisté à cette option, souhaitant éviter toute exclusion formelle et attiser davantage les tensions avec l'administration Trump. Elle devrait l'emporter.