L'Europe a officiellement finalisé son accord pour IRIS², sa constellation de satellites souverains censée concurrencer Starlink. Avec 348 satellites prévus et des premiers lancements en 2029, le contraste avec les 11 000 satellites de SpaceX est saisissant.
L'accord est signé, les partenaires industriels sont à bord, le plan de déploiement est arrêté. Sur le papier, l'Europe a enfin son alternative à Starlink. Dans les faits, IRIS² commencera au mieux son déploiement en 2029, soit une décennie après que SpaceX a commencé à saturer l'orbite basse de ses propres satellites.
La Commission européenne vient de franchir une étape décisive en signant avec le consortium SpaceRISE un accord qui élargit la constellation et ouvre la voie à son déploiement à grande échelle, après une revue engagée en janvier. Le programme est désormais évalué à 15,6 milliards d’euros, soit 5 milliards de plus que l’enveloppe annoncée en 2024, selon Reuters.
Trente fois moins de satellites que Starlink
L'accord couvre aussi la tarification cible d'IRIS² et la part d'investissement privé, deux points qui bloquaient les négociations depuis des mois. La Norvège et l'Islande figurent parmi les pays participants hors UE. Cet accord sur les communications satellites souverains s'inscrit dans une logique de réduction de dépendance stratégique, notamment pour les usages critiques comme la gestion de crises, l'aide humanitaire ou la surveillance des frontières.
Une constellation souveraine face à un quasi-monopole commercial
La comparaison avec Starlink est brutale. SpaceX exploite aujourd'hui environ 11 000 satellites actifs, possède 12 millions d'abonnés dans le monde et équipe déjà plus de 1 400 avions commerciaux exploités par plus de 40 compagnies aériennes. La prochaine génération de satellites Starlink V3 aurait, selon Elon Musk, dix fois plus de capacité descendante par satellite que le V2 Mini. Et SpaceX prévoit de lancer dès 2027 des satellites Starlink Mobile pour attaquer le marché téléphonique terrestre, après avoir déboursé 19,6 milliards de dollars pour acquérir le spectre radio d'EchoStar.
IRIS² n'a toutefois pas vocation à répliquer ce modèle commercial à grande échelle, du moins pas dans un premier temps. Sa mission première est gouvernementale et sécuritaire : communications militaires, réponse aux crises, infrastructures critiques. L'ouverture aux entreprises et aux particuliers dans les zones mal desservies est prévue, mais en second plan. C'est là que se joue toute la différence d'ambition, et que les tensions entre l'UE et Starlink prennent un autre relief : l'Europe ne cherche pas à battre SpaceX sur son propre terrain, elle cherche à ne plus en dépendre.

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