Au Kennedy Space Center de la NASA, la fusée qui propulsera la mission Artemis III est en train d’être assemblée. Le décollage est prévu dès l’année prochaine, et sera incroyablement décisif pour la NASA.

L'un des moteurs RS-25 qui propulsera le SLS pour Artemis III. ©NASA/Clayton Rougelot
L'un des moteurs RS-25 qui propulsera le SLS pour Artemis III. ©NASA/Clayton Rougelot

Pour rappel, l’agence spatiale américaine a revu ses plans au début de l’année : Artemis III, qui devait consister en un alunissage, permettra finalement de tester les prototypes d’atterrisseurs lunaires de SpaceX et Blue Origin lors d’un rendez-vous en orbite terrestre basse. Trois fusées seront impliquées dans cette mission de très haute précision. Celle de la NASA, le Space Launch System (SLS), prend doucement forme.

Le SLS s’assemble, moteur par moteur

Ainsi, l’installation des quatre moteurs a débuté fin août dans l’immense bâtiment d’assemblage du lanceur. Chaque RS-25 pèse environ 3 500 kilos : lors du décollage, ils brûleront en continu pendant plus de huit minutes, consommant l’équivalent de 1 500 gallons de propergol chaque seconde.

Des moteurs qui ont déjà volé sur la navette spatiale. L’un d’eux, le E2048, a notamment propulsé Discovery en 1998, lors de la mission qui a renvoyé le sénateur John Glenn en orbite à 77 ans, faisant de lui l’astronaute le plus âgé de l’Histoire à l’époque.

En parallèle, les techniciens assemblent les deux boosters à propergol solide sur le lanceur mobile. Du côté d’Orion, les modules d’équipage et de service ont été reliés, et les premiers tests électriques confirment que les systèmes communiquent correctement entre eux.

À noter que le SLS volera dans une configuration inédite : sans étage supérieur actif. À la place de l’habituel étage de propulsion cryogénique intermédiaire (ICPS), une pièce inerte reliera l’étage central et la capsule. Dans cette optique, elle devra elle-même se propulser pour rejoindre son orbite basse, à 463 kilomètres d’altitude.

De gauche à droite, Andre Douglas, Randy Bresnick, Luca Parmitano et Frank Rubio, les quatre astronautes sélectionnés pour la mission Artemis III. ©NASA/Bill Stafford
De gauche à droite, Andre Douglas, Randy Bresnick, Luca Parmitano et Frank Rubio, les quatre astronautes sélectionnés pour la mission Artemis III. ©NASA/Bill Stafford

L’équipage en pleine préparation

Depuis que la NASA a dévoilé l’équipage d’Artemis III, celui-ci enchaîne l’entraînement à un rythme très soutenu : les quatre hommes répètent les opérations quotidiennes à bord d’une maquette d’Orion, entre repas et gestes techniques.

Le programme couvre aussi des scénarios plus extrêmes : sortie d’urgence après un amerrissage, survie en mer, ou encore exercices en piscine avec les combinaisons de vol pour s’entraîner à quitter la capsule en configuration verticale. D’ailleurs, une première simulation a récemment réuni les quatre astronautes avec l’équipe de contrôle au sol, dans des conditions proches d’un vol réel.

Sans Artemis III, il sera impossible d’envisager sereinement Artemis IV et son alunissage habité, prévu début 2028. Cette future mission marquera, elle, le grand retour de l’humanité sur le sol lunaire, plus de 50 ans après Apollo 17.

Foire aux questionsContenu généré par l’IA
À quoi sert le moteur RS-25 sur le Space Launch System (SLS), et pourquoi réutiliser des moteurs de la navette spatiale ?

Le RS-25 est le moteur principal de l’étage central du SLS : il fournit la poussée continue pendant les premières minutes critiques du vol, avant la séparation des étages. À la différence de nombreux moteurs modernes optimisés pour être récupérés, le RS-25 est un moteur cryogénique très performant (hydrogène liquide + oxygène liquide) conçu à l’origine pour la navette. La NASA réutilise cette base technologique parce qu’elle est éprouvée en vol, documentée et déjà qualifiée selon des standards sévères de fiabilité. En pratique, ils ont été adaptés au profil de mission du SLS (durée de combustion, environnement vibratoire, intégration avec les boosters) plutôt que repris « tels quels ». Cela permet de réduire certains risques techniques, même si l’intégration dans un nouveau lanceur reste un chantier complexe.

Que signifie “booster à propergol solide”, et en quoi est-ce différent d’un étage à propergols liquides ?

Un booster à propergol solide est un moteur-fusée où le carburant et l’oxydant sont mélangés sous forme solide dans un même bloc : une fois allumé, il brûle jusqu’à épuisement, avec très peu de possibilités de modulation. C’est l’inverse d’un étage à propergols liquides, où l’on peut généralement ajuster le débit, donc la poussée, voire couper et rallumer selon l’architecture. Les boosters solides fournissent une poussée massive au décollage, utile pour arracher une fusée lourde du pas de tir et traverser les couches denses de l’atmosphère. Leur contrepartie, c’est un contrôle plus limité et des contraintes industrielles fortes (fabrication, transport, sécurité) liées au stockage d’un gros “grain” propulsif. Sur le SLS, ils complètent l’étage central cryogénique pour maximiser la poussée initiale.

Qu’est-ce qu’un “étage supérieur” (comme l’ICPS), et quelles implications techniques quand une fusée vole sans étage supérieur actif ?

Un étage supérieur est une section de propulsion qui prend le relais après l’étage principal pour placer précisément la charge utile sur l’orbite visée, grâce à des allumages plus fins et souvent plus longs. L’ICPS (Interim Cryogenic Propulsion Stage) est un étage supérieur cryogénique destiné à effectuer ce travail d’injection orbitale. Voler sans étage supérieur actif signifie que la mission doit soit se contenter d’une orbite atteignable par l’étage central, soit s’appuyer sur d’autres systèmes capables de faire les manœuvres manquantes (par exemple un module de service, un remorqueur, ou une architecture de rendez-vous). Techniquement, cela réduit la marge pour “affiner” l’orbite et complique la gestion des erreurs (dispersion de trajectoire, timing des manœuvres, consommation d’ergols). En contrepartie, cela peut simplifier l’intégration matérielle pour un vol de test, en remplaçant l’étage propulsif par un élément structurel inerte.