La NASA a décidé d’alléger la conception de sa combinaison spatiale lunaire pour 2028. Sous la direction de l’administrateur Jared Isaacman, l’agence retire des exigences que son inspecteur général trouvait excessives et confie à Axiom Space une version simplifiée de sa combinaison Sortie Suit.

Le calendrier d’Artemis inquiète la NASA qui change de combinaison spatiale - ©2026 Axiom Space, Inc. Tous droits réservés
Le calendrier d’Artemis inquiète la NASA qui change de combinaison spatiale - ©2026 Axiom Space, Inc. Tous droits réservés

Jeremy Parsons dirige le programme Artemis à la NASA, et il a annoncé cette semaine, lors d’une réunion interne, que l’agence travaillera avec Axiom Space, l’entreprise chargée de fournir ses combinaisons lunaires, sur une nouvelle version de cette combinaison, Sortie Suit, nous révèle Ars Technica.

La NASA prévoit d’utiliser cette combinaison pour les premières missions d’alunissage, avec les atterrisseurs développés par SpaceX et par Blue Origin. Avec cette nouvelle combinaison, Axiom Space veut réduire la masse, simplifier la fabrication et faciliter le raccordement aux atterrisseurs.

Depuis l’arrivée en décembre 2025 de l’administrateur Jared Isaacman à la tête de la NASA, le programme Artemis a accumulé plusieurs années de retard et il a depuis fait rationaliser la production de la fusée Space Launch System. À l’époque, un retour sur la Lune avant 2030 était de plus en plus improbable, et la Chine risquait d’atteindre la surface lunaire la première.

Un cahier des charges trop lourd, un fournisseur unique

Il y a environ quatre ans, en 2022, la NASA a attribué des contrats de développement de combinaisons spatiales à deux fournisseurs, Axiom Space et Collins Aerospace. Confrontée à des retards et à des difficultés financières, Collins Aerospace a quitté le projet en 2024. Depuis, Axiom Space est seul en course. Le comité consultatif sur la sécurité aérospatiale de la NASA a obtenu des précisions sur l’avancement du projet cette semaine. Selon Charlie Precourt, ancien astronaute et membre du comité, la direction de la NASA rencontre les représentants d’Axiom Space six jours par semaine, souvent en personne, pour répondre aux inquiétudes sur le calendrier et les performances. Charlie Precourt a précisé que «  les exigences sont en cours d'ajustement pour tenir compte des besoins de la mission à court terme, notamment en raccourcissant la durée de certification des combinaisons spatiales ».

La NASA imposait six sorties extravéhiculaires sur une mission de 6,5 jours, une capacité de reprise de service après 210 jours de dormance, et un système thermique fonctionnant deux heures dans une zone en permanence à l’ombre et extrêmement froide. L’inspecteur général de la NASA a dénoncé ces exigences trop contraignantes, dans un rapport publié le 20 avril 2026. Pour répondre à ces critiques, Axiom Space a empilé les couches de protection, alourdi la structure et réduit la mobilité des astronautes, jusqu’à produire une combinaison plus lourde, plus chère et en retard sur son calendrier. Toujours selon ce rapport, l’enveloppe des contrats xEVAS s’élève à 3,1 milliards de dollars, environ 2,67 milliards d’euros, dont environ 37 millions de dollars, 32 millions d'euros, déjà dépensés chez Collins Aerospace avant la rupture du contrat.

La facture européenne de la phase de Gateway

Dans cette restructuration, Jared Isaacman a aussi mis en pause le programme Gateway, la future station en orbite lunaire, pour alléger la charge pesant sur les atterrisseurs. Dans ce programme, l’Agence spatiale européenne avait investi plus de 2 milliards d’euros, dont 787,5 millions pour ses contributions directes à Gateway et 1,49 milliard pour les modules de service de six capsules Orion, chez Airbus Defence and Space et Thales Alenia Space. En novembre 2025, la NASA avait promis trois sièges pour des missions lunaires à l’Allemagne, la France et l’Italie, avec l’astronaute Thomas Pesquet pressenti pour la France. Deux de ces trois sièges étaient directement liés à la livraison des modules européens. L’Europe perdait donc son principal levier de négociation.

Le directeur général de l'Agence spatiale européenne, Josef Aschbacher, a annoncé son intention de rencontrer Jared Isaacman pour discuter d’une conversion de ces sièges vers des missions de surface. Depuis, l’ESA a précisé que le module I-Hab poursuit son développement chez Thales Alenia Space jusqu’à sa revue de conception critique, avant une décision sur sa réaffectation, tandis que les autres éléments européens ralentissent. Une clarification sur le rôle futur de l'Europe dans Artemis est attendue en décembre, lors d'une réunion ministérielle en Italie.

Axiom Space n’a pas encore répondu aux sollicitations d’Ars Technica au sujet de la Sortie Suit.