L’Europe a investi plus de 2 milliards d’euros dans le programme Artemis. En échange, elle n’a pas eu d’astronaute sur la mission la plus historique depuis cinquante ans, tandis que la station lunaire sur laquelle reposaient ses espoirs vient d'être mise en pause.

Alors que les quatre astronautes de la mission Artemis II sont revenus sur Terre après une épopée haletante autour de la Lune, la NASA a aussi revu son programme en profondeur. Et l’élément le plus marquant de cette refonte est sans doute l’abandon de la station Lunar Gateway, un véritable coup dur pour l’Agence spatiale européenne (ESA), comme le résume le site spécialisé European Spaceflight.
Un deal incluant la station lunaire
Car en 2013, l’ESA et la NASA ont signé un accord clé, stipulant que l’Europe fournira le module de service de la capsule Orion, dans lequel les quatre astronautes d’Artemis II ont effectué leur voyage, en échange d’une compensation sur sa part des coûts opérationnels de la Station spatiale internationale. Un troc qui a permis à Airbus Defence and Space de décrocher les contrats de développement.
Ce deal initial s'est étoffé au fil des années. En 2021, l’ESA s'est ainsi engagée à fournir six modules de service au total - couvrant les missions Artemis 1 à 6 - pour un investissement cumulé de 1,49 milliard d’euros. Auxquels s’ajoutent 787,5 millions d’euros pour ses contributions à la station Gateway elle-même, avec le module de communication et ravitaillement ESPRIT, et le module d’habitation I-Hab, tous deux confiés à Thales Alenia Space. La facture totale dépasse les 2 milliards d’euros.
En échange, l’ESA a obtenu trois sièges pour des astronautes européens à bord de futures missions Artemis. Lors du Conseil ministériel de novembre 2025, le directeur général Josef Aschbacher a même précisé qu’ils seraient attribués à l’Allemagne, la France (très certainement Thomas Pesquet), et l’Italie.

Il faut renégocier
Problème, deux de ces trois sièges sont directement liés à la livraison des modules Gateway. Mais depuis quelques semaines, sa conception est mise en pause au profit d’une base au sol. Concrètement, l’ESA a perdu son levier principal de négociations pour que ses astronautes se rendent sur la Lune.
Dans ce contexte, c’est une course à la renégociation qui est désormais en marche. Le directeur général Aschbacher l’a d’ailleurs fait savoir début avril : il va devoir « s'asseoir avec Jared Isaacman », le nouvel administrateur de la NASA, pour discuter de comment convertir les sièges Gateway en missions de surface. Et si ces pourparlers tournent court, un astronaute européen pourrait se retrouver sur Artemis III, une mission remaniée en simple démonstration en orbite basse. Une désillusion, en somme.