Après l’Agence nationale des titres sécurisés et la Direction générale des Finances publiques, l’Éducation nationale confirme à son tour une intrusion, alors qu’un groupe de pirates informatiques revendique le vol des données de plusieurs millions d’élèves et d’agents. Sur les réseaux sociaux, l’expression « France passoire » revient sous la forme d’un hashtag pour commenter ces incidents rapprochés contre les services de l’État.

Après les derniers piratages de l'État, le hashtag #FrancePassoire revient sur les réseaux sociaux - ©StudioPhotoLoren / Daniel Drew
Après les derniers piratages de l'État, le hashtag #FrancePassoire revient sur les réseaux sociaux - ©StudioPhotoLoren / Daniel Drew

Jamais deux sans trois, et on vient de le vérifier récemment au sommet de l’État. Trois administrations françaises ont subi une intrusion informatique en l’espace de quelques mois. En avril, une faille sur le site de l’Agence nationale des titres sécurisés a exposé les données de plusieurs millions de Français. La Direction générale des Finances publiques a ensuite reconnu, le 13 août, un accès illégitime à son système consécutif à l’usurpation des identifiants d’un agent, avec au final 678 000 particuliers et professionnels concernés par un vol de données. Puis, le 17 août, le pirate ZeroBytes a revendiqué une fuite de 346 millions de lignes de données liées à l’Éducation nationale.

Il n’est pas étonnant de voir refleurir le hashtag #FrancePassoire sur les réseaux sociaux, notamment X.com, depuis ces annonces. Nathalie Goulet, sénatrice de l’Orne et membre de la commission des finances du Sénat, a employé cette formule pour la première fois en mai, à propos du piratage de l’ANTS et de FranceConnect. Elle l’a reprise en juin.

L’origine du hashtag #FrancePassoire

Nathalie Goulet a employé cette formule dès le mois de mai, bien avant la série d’attaques révélée cet été. Elle réclamait alors, au Sénat, la création d’une commission d’enquête sur les cyberattaques et les fuites de données. Public Sénat a titré sur sa formule, « C'est France passoire ! », en écho au piratage de l’Agence nationale des titres sécurisés et de FranceConnect. Le 27 mai, la sénatrice a repris l’expression en séance, toujours à propos de ces mêmes plateformes, et a haussé le ton. « On n'en est plus à France Passoire, nous sommes quelque part entre la Bérézina et le Titanic ! », avait-elle déclaré. Le 16 juin, dans un échange parlementaire consacré à l’urbanisme photovoltaïque, elle a glissé une nouvelle fois la formule, à propos des « fuites et piratages que subit en ce moment l'administration ».

La sénatrice en a fait une formule répétée pour commenter l’actualité de la cybersécurité publique. Le hashtag réapparaît ensuite sur les réseaux sociaux depuis la mi-août.

De l’ANTS à l’Éducation nationale en passant par la DGFiP, l’État cumule les intrusions

L’intrusion à l’Agence nationale des titres sécurisés remonte au 15 avril. Faute de contrôle suffisant des droits d’accès, le portail moncompte.ants.gouv.fr laissait modifier un identifiant dans une requête pour consulter les données d’un autre usager. Résultat, entre 18 et 19 millions de Français ont vu leurs profils civils exposés, avec noms, adresses postales et confirmations de vérification d’identité par l’État. Dès la découverte de la faille, le ministère de l’Intérieur a alerté la CNIL et l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, avant de signaler les faits au procureur de la République de Paris.

À la Direction générale des Finances publiques, l’accès illégitime remonte à fin juin et fin juillet, après l’usurpation des identifiants d'un agent et d'un tiers habilité. Selon le ministère de l’action et des comptes publics, ces accès ont été détectés et interrompus immédiatement. L’existence d'un vol de données n’a toutefois été établie qu’après plusieurs semaines d’investigations, en raison de la sophistication de l’attaque. Le 12 août, ZeroBytes a affirmé, sur un forum spécialisé, détenir les données de centaines de milliers de contribuables. Le ministère a confirmé l’intrusion dès le lendemain. Après investigation, il a précisé que 678 000 particuliers et professionnels avaient eu leurs informations consultées ou extraites, notamment le revenu fiscal de référence, le quotient familial, le taux de prélèvement à la source, ainsi que des données cadastrales pour les biens immobiliers.

Une première intrusion à l’Éducation nationale remonte au 31 juillet, via un compte professionnel usurpé. Le ministère assurait alors que seules des données de personnels étaient concernées. Dans la nuit du 17 au 18 août, le même ZeroBytes a revendiqué le vol de 346 millions de lignes de données scolaires, dont certaines remontent à plus de vingt ans. « Vous m'aviez détecté, mais vous ne m'avez pas coupé. Je suis donc resté infiltré sous vos yeux », a affirmé le groupe, cité par Le Monde. À Créteil et à Versailles, les deux plus grandes académies de France avec environ 2 millions d’élèves, une partie des données personnelles des enseignants serait concernée. Le ministère ne confirme pas, à ce stade, l’authenticité de l’ensemble des fichiers revendiqués, et précise poursuivre ses expertises techniques pour établir l’ampleur exacte des données exfiltrées.
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