En Sicile, le rover lunaire ETNA a bouclé avec succès sa campagne d'essais sur le célèbre volcan du même nom. Piloté par Thales Alenia Space pour l'Agence spatiale italienne, il prépare les futures missions robotiques vers le pôle Sud de la Lune.

Le rover ETNA sur les pentes de... l'Etna. © ASI
Le rover ETNA sur les pentes de... l'Etna. © ASI

L'Agence spatiale italienne (ASI) a annoncé, en fin de semaine, avoir réussi sa campagne d'essais du rover ETNA (Exploration Technology for Navigation & Autonomy). L'engin, qui appartient au programme Universal Locomotion System, est coordonné par l'ASI et piloté industriellement par Thales Alenia Space, qui a mis à l'épreuve les technologies de locomotion et de navigation autonome sur les coulées de lave de l'Etna, le volcan, le vrai. Un détour terrestre important, avant l'envoi de rovers capables d'assister les astronautes sur la Lune.

Le rover ETNA s'est entraîné sur un volcan sicilien pour simuler le pôle Sud de la Lune

L'Etna coche toutes les cases d'un paysage lunaire, avec ses vastes coulées de lave durcie, ses pentes irrégulières où l'on ne marche jamais droit, et un sol meuble qui se dérobe sous les roues dès qu'on s'y aventure. Ce cocktail de difficultés, plutôt rare sur Terre, en fait justement l'un des terrains les plus proches de ce qu'un rover rencontrera un jour sur la Lune. Un atout précieux pour les équipes du programme, qui préparent ici les futures missions vers le pôle Sud lunaire, destination phare de la prochaine génération d'explorations spatiales.

Sur ce terrain aussi photogénique qu'impitoyable, l'équipe du programme a fait rouler ETNA pour éprouver sa locomotion, sa navigation autonome ainsi que le contrôle et la gestion intelligente de ses charges scientifiques. Le rover a confirmé sa capacité à s'attaquer à des terrains très accidentés, et validé des briques technologiques que les prochaines générations de rovers devront encore affiner, jusqu'à pouvoir un jour se débrouiller sans supervision directe, loin de tout ingénieur prêt à intervenir.

Cette fois, gros plan sur le rover. © ASI

À terme, ces rovers ne feront pas qu'explorer. Ils transporteront des instruments scientifiques, effectueront des travaux d'inspection et de construction. Ils épauleront directement les astronautes. Le programme fait partie de la feuille de route « Robotique et intelligence artificielle » de l'ASI, dont l'ambition est, selon Roberto Formaro, directeur de l'ingénierie et des technologies de l'agence, de « renforcer le rôle de l'industrie et de la communauté scientifique » italiennes dans la conquête spatiale de demain.

Un consortium franco-italien aux commandes du projet

Dans ce programme Universal Locomotion System, d'ailleurs financé par l'Agence spatiale italienne, les rôles ont bien été répartis. L'ASI tient les cordons de la bourse mais coordonne aussi l'ensemble, tandis que Thales Alenia Space est aux commandes sur le terrain industriel, en pilotant les équipes et les technologies au quotidien. On rappelle que la coentreprise est en grande partie française, puisque détenue à 67 % par le français Thales et à 33 % par l'italien Leonardo. Elle incarne d'ailleurs la très bonne entente entre les entités spatiales italienne et française, jusqu'au Centre spatial guyanais de Kourou, où les deux pays partagent des installations.

Autour de ce duo, on retrouve toute une galaxie de partenaires italiens, qui apportent chacun au projet. Côté industrie, Altec, AIKO et Volta Structural Energy complètent l'expertise de Thales Alenia Space et Leonardo. Au niveau de la recherche recherche, le Politecnico di Torino et l'Institut italien de technologie apportent leur expertise scientifique. Ce mélange d'ingénieurs aguerris et de chercheurs nourrit l'écosystème spatial italien, qui est capable de mobiliser aussi bien ses entreprises que ses laboratoires autour d'un même projet lunaire.

© ASI

Pour Roberto Angelini, directeur de l'exploration et des sciences chez Thales Alenia Space, ces essais montrent « la virtuosité du système d'exploration spatiale humaine et robotique en Italie », avec des ingénieurs et astronautes qui avancent main dans la main. Et l'Agence spatiale italienne ne parle pas que de la Lune. Le rover ETNA pose une première pierre vers Mars et, plus loin encore, vers l'exploration de tout notre système solaire.