Entre 2021 et 2025, les Centres antipoison ont recensé 124 appels liés à des intoxications à la capsaïcine, dont trente-neuf pour cent sont survenus lors de défis inspirés des réseaux sociaux. L’Anses publie ces données dans son bulletin de vigilance de juillet et alerte sur les risques liés à la consommation extrême de piment chez les adolescents.

Le défi n’est pas nouveau, puisque le « One Chip Challenge » existe depuis au moins 2023, tristement découvert après la mort d’un adolescent âgé de 14 ans aux États-Unis. Il consiste en l’ingestion de chips extrêmement pimentées sans boire ni recracher, le plus longtemps possible. Le tout, filmé et publié sur les réseaux sociaux et plus particulièrement TikTok. La pratique s’est déclinée en plusieurs variantes, avec du piment brut, des sauces concentrées ou des snacks ultra-relevés.
Après avoir mangé un aliment très pimenté, on ressent une sensation de brûlure, même sans lésion thermique. Ce signal provient de récepteurs nerveux sensibles à la capsaïcine, la molécule responsable du piquant. À forte dose, s’ajoutent des douleurs digestives, des nausées et, plus rarement, une hausse de tension ou une perte de connaissance.
Dans son bulletin de vigilance, l’Anses recense 124 signalements enregistrés par les Centres antipoison français entre 2021 et 2025. Les adolescents de 10 à 15 ans représentent un tiers des personnes concernées, et près de deux tiers de celles qui avaient participé à un défi.
Les adolescents, premières victimes des défis pimentés
Dans 59 % des situations recensées par les Centres antipoison, le piment était consommé tel quel, devant les chips pimentées (19 %) et les sauces comme le Tabasco, la harissa ou le curry vert (17 %). Dans 39 % des cas, un défi était à l’origine de l’intoxication, et 65 % des participants étaient des adolescents de 10 à 15 ans. Les hommes sont concernés dans 57 % des situations, contre 39 % pour les femmes. Une intoxication collective a touché 34 personnes au total, dont deux épisodes réunissant respectivement douze et dix collégiens, un troisième impliquant six personnes, et deux derniers regroupant trois personnes chacun.
Pour ce qui est des symptômes, 35 % des personnes intoxiquées indiquaient des douleurs épigastriques, suivies des douleurs oropharyngées (20 %), des douleurs abdominales et des irritations buccales (17 % chacune), puis des vomissements (10 %). Une seule intoxication a nécessité une prise en charge plus lourde : une femme de 28 ans, sujette à des allergies, a développé un œdème de Quincke après avoir avalé une chips pimentée lors d’un défi. Prise en charge aux urgences, la patiente a reçu un traitement antihistaminique et corticoïde, avant d’être soulagée.
Le phénomène n’échappe pas non plus aux spécialistes de la santé mentale. Plusieurs psychiatres américains s’inquiètent des défis viraux qui circulent sur TikTok, parfois responsables de blessures graves chez de jeunes utilisateurs. TikTok avait de son côté annoncé des notifications destinées à dissuader ses utilisateurs mineurs de participer à des défis dangereux, sans que cet outil ne s’adresse spécifiquement aux défis alimentaires.

Une chips américaine à l’origine de plusieurs alertes en Europe
Le phénomène n’est pas né en France. En 2023, aux États-Unis, un adolescent de 14 ans, atteint d’une légère malformation cardiaque, est mort d’un arrêt cardio-respiratoire après avoir relevé le « One Chip Challenge ». La chips en cause, vendue à l’unité dans un emballage en forme de cercueil et fournie avec un gant de protection, contenait un mélange de quatre variétés de piments, dont le Carolina Reaper. Sur l’échelle de Scoville, ce piment atteint entre 1,8 et 2,2 millions d’unités, alors que le Tabasco classique ne dépasse pas 5 000 unités.
Une version européenne le « Hot Chip Challenge » et fabriquée en République tchèque, a circulé dans l’Union européenne fin 2023, notamment au moment d’Halloween. Après l’hospitalisation d'un enfant en Allemagne, la Suisse et l’Allemagne ont signalé le produit via le RASFF, le système d’alerte européen pour les denrées alimentaires. La France a rappelé ce produit une première fois début novembre 2023, puis une seconde fois en mars 2024, pour tous les lots et toutes les recettes.
Depuis 2023, les autorités ont retiré six denrées du marché européen après un signalement RASFF, dont quatre chips pimentées, une sauce et des nouilles ultra-relevées. Leur teneur en capsaïcine allait de 560 mg à plus de 18 000 mg par kilo. En juin 2024, l’institut fédéral allemand d’évaluation des risques a précisé qu’une personne exposée à une dose unique de 0,5 à 1 mg ressentait déjà des effets légers, contre des effets marqués à partir de 170 mg. Faute de données suffisantes sur les risques aigus, la Commission européenne a chargé l’Autorité européenne de sécurité des aliments d’évaluer la question, avec les données françaises des Centres antipoison en appui. Les résultats sont attendus fin 2027.
En cas de sensation de brûlure après ingestion, boire de l’eau n’apporte aucun soulagement, car la capsaïcine se dissout dans les graisses, pas dans l’eau. Mieux vaut se rincer la bouche avec un produit gras, comme le lait, le yaourt, la crème glacée ou une huile de table. En cas d’œdème ou de difficulté à respirer, il faut appeler immédiatement le 15, le 112, ou le 114 pour les personnes malentendantes. Pour calmer la sensation de brûlure, l’Anses recommande le pain, la pomme de terre ou le riz, des aliments riches en amidon.
Les réseaux sociaux, c’est comme l’alcool ou le piment, à consommer avec modération.