Une coalition menée par la RIAA et l’IFPI propose deux étiquettes pour signaler la musique générée par intelligence artificielle sur les plateformes de streaming. Spotify, Apple Music, Deezer et TIDAL appliquent déjà des systèmes de transparence ou de détection très différents les uns des autres.

Autant savoir à quelle sauce on est mangé. Ici, ce sont deux étiquettes qui vont prévenir les utilisateurs de ce qu’ils écoutent vraiment. Il s’agit, pour la première, de tout morceau composé à partir d’un prompt, ou dont la voix principale et les instruments clés proviennent d'un modèle. Dans la seconde, l’humain garde la main et l’IA n’intervient que sur certains éléments. Selon Mitch Glazier, directeur général de la Recording Industry Association of America (RIAA), de nombreux fans acceptent d’écouter de la musique générée par IA, à condition de savoir ce qu'ils écoutent. Simple observateur pour l’heure, la Digital Media Association, qui représente Spotify et Apple Music, en attend des métadonnées plus détaillées. Les Grammys soutiennent l’initiative, tout comme SAG-Aftra et la Human Artistry Campaign. L’Association américaine de la musique indépendante appuie également la démarche.
Spotify structure ses métadonnées, Apple Music privilégie la confiance des labels
Spotify a adopté la norme DDEX, un standard industriel que les labels et les distributeurs utilisent pour déclarer l’usage de l’IA directement dans les métadonnées des morceaux. Ont rejoint le dispositif, dès son lancement, quinze labels et distributeurs. Apple Music a retenu une approche différente avec ses « Transparency Tags ». Aucune vérification automatique, en revanche. Les labels et distributeurs doivent déclarer le recours à l’IA. Même lorsque des créateurs ont eu recours à l’IA, un titre non déclaré n’en porte aucune trace. Selon Graham Davies, directeur général du Digital Media Association, ces informations doivent être disponibles sur toute la chaîne, du créateur jusqu’à l’auditeur, pour être exploitables.
Sur ce point, les nouvelles étiquettes proposées par la RIAA et l’IFPI utiliseraient ce même principe déclaratif. La coalition a choisi Spotify et Apple Music comme premiers interlocuteurs. La mention « AI » sur fond noir en capitales blanches, pour les morceaux entièrement générés par IA et un fond blanc et des minuscules noires, pour les créations assistées. Il s’agirait là d’une reprise directe du principe déjà utilisé pour les avertissements de contenu explicite sur les plateformes de streaming. La coalition n’a pas encore inclus les paroles des morceaux dans son dispositif, tout comme la composition et les clips.

TIDAL et Deezer préfèrent la détection à la déclaration
À partir du 15 juillet, TIDAL supprimera toute rémunération pour les morceaux entièrement générés par IA, sans attendre de déclaration volontaire de la part des labels. Deezer a développé un outil de détection automatique et revendique un taux de précision de 99,8 %. Accessible depuis peu à ses concurrents, cet outil identifie les morceaux IA dans les catalogues. Pour sa part, Qobuz a également déployé son propre système de détection. 75 000 morceaux générés par IA arrivent chaque jour chez Deezer, soit 44 % de ses nouveaux dépôts. Tony Gervino, vice-président exécutif de TIDAL, a déclaré vouloir protéger la créativité organique des artistes plutôt que critiquer le progrès technologique. Vérification technique d’un côté, déclaration de bonne foi de l’autre. TIDAL et Deezer ont choisi la première voie. La RIAA et l’IFPI conservent la seconde. 97 % des auditeurs ne parviennent pas à distinguer un titre généré par IA d'un enregistrement humain lors d'un test en aveugle, selon un sondage Ipsos commandé par Deezer. La coalition n’a pas annoncé de mécanisme de vérification comparable à ceux de TIDAL ou de Deezer.
En Europe, l’AI Act prévoit déjà que les systèmes d’intelligence artificielle rendent leurs contenus détectables comme générés ou manipulés artificiellement. Aucune réglementation équivalente n’existe aux États-Unis, où la décision d’étiqueter revient aux entreprises technologiques elles-mêmes. Spotify propose depuis mai un badge « artiste vérifié », sans lien avec le futur étiquetage IA et évalué à partir de la présence identifiable d'un musicien sur et hors de la plateforme. Les critères retiennent aussi les dates de concert annoncées par l’artiste.