L'État et la filière des infrastructures numériques ont signé, le 7 juillet, leur troisième contrat stratégique de filière dit « Horizon 2030 », avec pour objectif de faire de la souveraineté numérique française un atout industriel, de la 5G aux data centers.

Les ministres, fédérations professionnelles et syndicats ont paraphé, mardi 7 juillet, le nouveau contrat stratégique de filière « Infrastructures numériques », dans la continuité d'un précédent accord signé en 2023. La grande nouveauté, c'est que l'organisme France Datacenter rejoint officiellement le comité, aux côtés de l'AFNUM, d'InfraNum, de la Fédération Française des Télécoms et du Sycabel, preuve que les centres de données sont désormais considérés comme un maillon industriel à part entière du pays. Six priorités doivent d'ailleurs structurer les prochaines années, de la 6G à la transition écologique. Regardons les détails.
L'État et la filière numérique signent un contrat stratégique jusqu'en 2030
Sébastien Martin, ministre délégué à l'Industrie, et Anne Le Hénanff, ministre déléguée à l'IA et au numérique, ont signé aux côtés de Nicolas Guérin, président du Comité stratégique de filière (CSF), ainsi que de la CFDT et de Force Ouvrière. Un troisième round contractuel qui scelle près d'une décennie de dialogue puisque le Comité stratégique de filière, chapeauté par le Conseil national de l'industrie (CNI), qui existe depuis 2018, et avait déjà porté deux contrats successifs, entre 2019 et 2022 puis entre 2023 et 2026, marqués notamment par l'essor de la 5G industrielle et des territoires connectés.
Signe des temps, le comité s'élargit avec France Datacenter, qui fait officiellement son entrée, aux côtés de l'AFNUM, d'InfraNum, de la Fédération Française des Télécoms et du Sycabel. À eux cinq, ces fédérations couvrent désormais l'ensemble de la chaîne de valeur, avec les réseaux fixes et mobiles, infrastructures et équipements numériques, câbles et composants, et centres de données. Une manière d'acter que les data centers ne sont plus perçus comme de simples entrepôts, mais comme un maillon incontournable à l'heure où l'intelligence artificielle rebat les cartes – plutôt deux fois qu'une, d'ailleurs – des besoins du secteur.
Bon, il ne s'agit que de parler de « plomberie numérique », si vous me permettez l'expression. Le ministre délégué à l'Industrie ne s'en cache pas et explique qu'à ses yeux, la maîtrise des réseaux, des câbles, des équipements et des centres de données relève désormais d'un rapport de force géo-industriel, dont dépendent à la fois la compétitivité du pays, son indépendance technologique et sa capacité à inventer les usages de demain. L'objectif, à peine voilé, est de voir émerger d'ici 2030 des acteurs français capables de tenir tête à leurs concurrents sur la scène européenne et mondiale.

De la 5G à la transition écologique, un contrat tous azimuts
Sur le papier, six grandes priorités structurent le contrat. Les deux premières donnent le ton. On a, d'un côté, l'innovation : il s'agit d'accélérer la recherche et la fabrication des réseaux du futur, qu'il s'agisse d'une 5G plus performante, de la future 6G, de réseaux capables de fonctionner main dans la main avec le cloud et l'intelligence artificielle, ou encore de connexions qui ne passeraient plus uniquement par des antennes au sol, mais aussi par des satellites et réseaux non terrestres. De l'autre, on a la résilience, c'est-à-dire renforcer la capacité de la France à produire elle-même ses infrastructures les plus sensibles, pour qu'elles tiennent bon face aux tempêtes, aux cyberattaques ou aux tensions internationales.
Le texte parle aussi d'écologie. Au menu, il est question de sobriété, d'écoconception, de circularité et de gestion responsable des ressources, pour alléger l'empreinte environnementale des réseaux et des centres de données, sur l'ensemble de leur cycle de vie. L'autre priorité plus tangible pour le quotidien des Français, c'est la transformation attendue de ces infrastructures en un véritable outil d'aménagement du territoire, capable de moderniser les services publics locaux grâce à la mutualisation des déploiements.
Restent l'international, pour exporter le savoir-faire français et européen, et l'emploi, avec la volonté d'anticiper les métiers de demain, de faciliter les transitions professionnelles et de promouvoir davantage de diversité et d'inclusion au sein de la filière. Le texte insiste enfin sur un point souvent oublié : les infrastructures numériques irriguent presque toutes les autres filières stratégiques, d'où l'ambition de muscler les coopérations avec les autres comités du CNI, plutôt que d'avancer chacun dans son coin. Ce contrat n'est qu'une pièce du puzzle. En s'engageant à renforcer les coopérations avec les autres comités stratégiques de filière, l'État parie sur une approche transversale pour faire des infrastructures numériques le socle de toute l'industrie française de demain.