Le Gouvernement a dévoilé ce mercredi un nouvel appel à projets estampillé consacré à la standardisation de la 6G. Piloté par Bpifrance, le dispositif à un million d'euros minimum par projet doit renforcer le poids français sur la normalisation des protocoles de télécommunications mobiles.

Ce mercredi, le gouvernement a dévoilé un appel à projets estampillé « France 2030 », opéré par Bpifrance, pour tenter de renforcer la présence française dans les discussions techniques qui dessineront la 6G de demain. Chaque projet retenu devra afficher une assiette de dépenses d'au moins un million d'euros et réunir des grands groupes aguerris avec des PME moins expérimentées face au 3GPP. La ministre déléguée chargée de l'IA et du Numérique, Anne Le Hénanff, évoque l'enjeu de souveraineté technologique, avec des candidatures ouvertes jusqu'au 15 janvier 2027.
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Pourquoi la France se mobilise maintenant pour la 6G
On sait que les spécifications techniques des futurs réseaux ne tombent pas du ciel mais se négocient, se marchandent presque, au sein d'instances internationales comme le 3GPP, l'ETSI ou l'UIT, où chaque acteur défend ses technologies et sa propriété intellectuelle. Pour la 6G, ces travaux ont démarré dès mai 2024 et vont s'intensifier à partir de 2027, avant une commercialisation des premiers réseaux annoncée pour 2030, au plus tard. Motivée à l'idée de consolider ses briques technologiques souveraines, la France refuse de rester spectatrice.
C'est dans ce contexte que la Direction générale des Entreprises et le Secrétariat général pour l'investissement pilotent, depuis le 7 juillet 2026, ce fameux appel à projets opéré par Bpifrance pour le compte de l'État. Le texte s'inscrit, pour l'anecdote, dans la stratégie d'accélération « 5G et réseaux du futur » de France 2030. Celui-ci vise à structurer l'écosystème national, accélérer la montée en compétence des PME et positionner la France dans la définition des standards mondiaux, pour garantir à ses entreprises un accès plein et entier au marché international.
Ce nouveau dispositif vient épauler un écosystème déjà bien vivant. Le programme « Réseaux du futur » rassemble 25 organismes de recherche, tandis que l'appel à projets « Solutions innovantes pour les réseaux du futur (5G/6G) » soutient 30 projets et une cinquantaine d'entreprises, depuis 2023. La plateforme France 6G, portée par l'Institut Mines-Télécom, anime cette filière stratégique au quotidien. À l'échelle européenne, les entreprises tricolores peuvent aussi s'appuyer sur l'entreprise commune « Smart Networks and Services », copilotée par la Commission européenne et l'association 6G-IA, ainsi que sur les appels à projets télécoms du programme Horizon Europe.
Ce que les candidats devront prouver pour décrocher les financements
Après vous avoir inondé de noms barbares, il faut savoir, concrètement, que les projets retenus devront afficher une assiette de dépenses supérieure à un million d'euros, et s'étaler sur 12 à 36 mois. Deux étapes rythmeront leur parcours, avec la phase de « Study item », consacrée à l'exploration des pistes technologiques, puis celle de « Work item », où ces mêmes technologies sont poussées dans les spécifications internationales. Le passage de l'une à l'autre constituera un jalon décisif, presque un rite de passage, pour chaque consortium.
Concrètement, chaque consortium devra porter deux casquettes complémentaires. D'un côté, le travail de coulisses (ce qu'on appelle le back office) consiste à préparer les arguments techniques, suivre le calendrier des réunions internationales et bâtir les dossiers qui seront défendus devant les instances de standardisation. De l'autre, le front office, la partie plus visible, avec l'envoi de délégués sur place, chargés de porter concrètement les positions françaises lors de ces grands rendez-vous entre industriels du monde entier. L'autre point clé pour Bpifrance, ce sont les entreprises les plus expérimentées, déjà rodées à ces négociations techniques, qui devront transmettre leur savoir-faire aux structures moins familières de cet exercice (PME, TPE, start-up et laboratoires de recherche). Enfin, côté administratif, les candidats devront prouver que leurs travaux sont bien menés en France, être en règle avec le fisc et les cotisations sociales, et respecter le principe européen du DNSH, qui écarte tout projet jugé nuisible pour l'environnement.
Concernant enfin le calendrier, les dossiers peuvent être déposés jusqu'au 15 janvier 2027 à midi, avec quatre relèves intermédiaires réparties entre le 15 septembre et le 15 décembre 2026. Le soutien de l'État prendra la forme d'un mix de subvention et d'avance récupérable, dans le respect de la réglementation européenne sur les aides d'État. Pour la ministre Anne Le Hénanff, « la standardisation 6G est un levier stratégique pour l'industrie française », un investissement qu'elle juge indispensable à la souveraineté technologique du pays. Reste à savoir si cette mobilisation, aussi ambitieuse soit-elle, suffira à faire pencher la balance dans un jeu où la France n'est clairement pas seule.