Le télescope spatial européen Euclid vient de publier la plus grande image haute résolution jamais réalisée du centre de la Voie lactée en lumière visible. Plus de 60 millions d'étoiles capturées en 26 heures, avec des retombées majeures attendues pour la recherche d'exoplanètes.

Une vue, splendide, de notre bulbe galactique, par le télescope spatial européen Euclid. ©  ESA/Euclid/Euclid Consortium/NASA
Une vue, splendide, de notre bulbe galactique, par le télescope spatial européen Euclid. © ESA/Euclid/Euclid Consortium/NASA

Ce lundi 29 juin 2026 est un grand jour pour tout amateur de belle image spatiale. Le 23 mars 2025, le télescope spatial européen Euclid a braqué ses instruments vers le bulbe galactique, le cœur dense et lumineux de la Voie lactée, là où les étoiles se concentrent en nombre vertigineux. En combinant neuf prises de vue successives, il en a ramené une mosaïque sans précédent, capturée en lumière visible, soit le même spectre que celui perçu par l'œil humain.

60 millions d'étoiles ont ainsi été photographiées en seulement 26 heures, sur une portion du ciel équivalant à vingt fois la surface de la pleine Lune. Une performance qui ouvre, en prime, des perspectives inédites pour la recherche d'exoplanètes dans notre galaxie.

La plus grande image du cœur de la Voie lactée jamais obtenue en lumière visible, l'exploit d'Euclid

Pour composer cette sublime mosaïque, Euclid n'a pas pris une seule et unique photo, comme vous vous en doutez un peu. Il a procédé comme un photographe qui assemble plusieurs clichés pour former un panorama géant, en enchaînant neuf pointages successifs vers le centre de la Voie lactée. Mis bout à bout, ces neuf plans couvrent 4,8 degrés carrés du ciel en lumière visible, soit une surface plus de vingt fois supérieure à celle qu'occupe la pleine Lune dans notre ciel nocturne. Jamais une image aussi grande et aussi précise n'avait été réalisée de cette région.

Ce qui saute aux yeux à la contemplation de l'image, c'est la diversité des structures visibles. Des nébuleuses en émission, ces immenses nuages de gaz ionisé qui brillent de leur propre lumière, côtoient de jeunes amas stellaires encore en pleine formation. Mais ce sont peut-être les zones d'un noir profond qui intriguent le plus : à rebours de ce qu'on pourrait croire, elles ne sont pas vides. Elles correspondent à d'épais nuages moléculaires qui, comme un rideau opaque tendu dans l'espace, absorbent et diffusent la lumière des étoiles situées derrière eux.

La construction progressive du cliché détaillée. © ESA/Euclid/Euclid Consortium/NASA
La construction progressive du cliché détaillée. © ESA/Euclid/Euclid Consortium/NASA

Deux qualités font d'Euclid un outil hors norme pour ce type d'observation. Il a un champ de vue très large, capable d'embrasser d'immenses portions du ciel en une seule prise, ainsi qu'une résolution suffisamment fine pour distinguer et isoler des millions d'étoiles individuelles, même au cœur d'une région aussi dense et encombrée que le bulbe galactique. C'est d'ailleurs cette combinaison, rarissime pour un télescope spatial, qui rend la performance absolument remarquable. En seulement 26 heures, Euclid a ainsi engrangé un jeu de données d'une richesse exceptionnelle, utile bien au-delà de cette seule observation. On peut imaginer que des domaines comme l'astrophysique stellaire, l'étude de la structure de notre galaxie et la recherche d'exoplanètes pourront en bénéficier.

Et si Euclid devenait l'outil de référence pour la recherche d'exoplanètes dans notre galaxie

Et dire qu'Euclid n'était pas, à l'origine, conçu pour regarder aussi près de nous. Sa principale mission était de cartographier des milliards de galaxies lointaines pour mieux cerner les rôles de la matière noire et de l'énergie noire, qui rappelons-le sont les deux composantes invisibles qui constituent pourtant l'essentiel de l'Univers et qui gouvernent son expansion. Mais en pointant vers notre propre galaxie, le télescope a démontré une polyvalence inattendue, et ses données se révèlent finalement tout aussi précieuses pour l'étude des étoiles binaires, ces systèmes où deux étoiles orbitent l'une autour de l'autre, des naines brunes, ces astres trop massifs pour être des planètes mais trop petits pour être de vraies étoiles, que des exoplanètes.

Comme l'indique le CNES, le Centre nationale d'études spatiales, cette observation s'inscrit dans l'Euclid Galactic Bulge Survey, un programme dédié à la détection d'exoplanètes par microlentille gravitationnelle. Le mécanisme est assez surprenant : lorsque deux étoiles s'alignent fortuitement depuis notre point de vue, la gravité de la plus proche agit comme une loupe cosmique et amplifie temporairement la lumière de celle qui se trouve derrière elle. Si une planète gravite autour de l'étoile de premier plan, sa présence introduit une infime perturbation dans ce signal lumineux, une légère irrégularité, imperceptible à l'œil nu, mais détectable par les instruments d'Euclid. C'est cette signature discrète qui trahit l'existence de la planète.

Les nouvelles images capturées par Euclid visibles sur la carte Gaia © ESA/Euclid/Euclid Consortium/NASA

L'objectif de cette campagne n'est pas de découvrir directement de nouvelles exoplanètes, mais de constituer une cartographie de référence pour les missions à venir. Concrètement, les données accumulées par Euclid permettront de confirmer l'existence de certaines planètes déjà suspectées et d'en mesurer la masse avec une précision inédite. Elles serviront notamment de socle au télescope spatial Roman de la NASA, qui étudiera cette même région de la Voie lactée dans les prochaines années, puisque les deux missions travaillent en complémentarité. Côté français, le CNES a un rôle important dans la mission Euclid, car l'agence spatiale est responsable du segment sol, c'est-à-dire de l'ensemble des infrastructures terrestres qui réceptionnent et traitent les données envoyées depuis l'espace, et fournit un tiers des capacités de calcul nécessaires.