L'Autriche a officiellement demandé à Bruxelles d'étudier l'idée d'installer Anthropic en Europe. Une initiative étonnante, mais justifiée par les tensions grandissantes entre le créateur de Claude et Washington.

Accueillir l'un des géants de l'intelligence artificielle américaine en Europe, en l'occurrence Anthropic, est une idée qui peut sembler ambitieuse, peut-être un peu trop. Toujours est-il qu'elle est désormais officiellement émise. L'Autriche a ouvert le bal en envoyant une lettre formelle à la Commission européenne pour proposer d'installer l'entreprise qui possède le célère chatbot Claude dans l'UE. Cette initiative audacieuse découle d'un contexte pour le moins tendu entre la firme et l'administration Trump, et une Europe qui cherche à s'émanciper sur le plan technologique, comme le rapporte Bloomberg.
Quand l'Europe fait les yeux doux à Anthropic
C'est Alexander Pröll, le secrétaire d'État autrichien à la numérisation, qui a dégainé le premier. Dans une lettre adressée à Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission européenne, il appelle à explorer l'établissement stratégique d'Anthropic au sein de l'UE, en mettant en avant la sécurité juridique, l'accès au marché, le capital disponible et un cadre de valeurs adapté à l'entreprise.
L'initiative autrichienne en surprend plus d'un, mais elle n'est pas si saugrenue. Car depuis plusieurs années, l'Union européenne cherche à desserrer son étreinte vis-à-vis des technologies américaines et chinoises, en soutenant notamment ses propres modèles d'IA. Cette volonté d'indépendance a pris une tout autre dimension depuis l'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, dont la politique commerciale imprévisible a mis à nu les fragilités de la relation transatlantique.
La goutte de trop, c'est peut-être lorsque Washington a décidé de restreindre l'accès des ressortissants étrangers aux modèles les plus puissants d'Anthropic, Mythos et Fable, ce qui au passage a révélé l'étendue du contrôle que les États-Unis peuvent exercer sur ces technologies. Dans ce même contexte, Washington a proposé à l'UE un partenariat sur l'IA pour sécuriser les chaînes d'approvisionnement en semi-conducteurs. Les enjeux sont nombreux, on le sait.
Réaliste, la proposition autrichienne ? Pas si simple
Du côté d'Anthropic, les relations avec Washington se sont sérieusement abîmées. Avant le lancement de son dernier modèle au printemps, la firme s'est heurtée au Pentagone sur les usages militaires de l'IA. Après avoir posé ses lignes rouges, elle a essuyé des mesures de rétorsion du département de la Défense, qu'elle tente de contester désormais en justice. Vous aurez peut-être noté le paradoxe : malgré ce bras de fer, Anthropic continue en parallèle de coopérer avec l'administration américaine.
Pour autant, convaincre Anthropic de traverser l'Atlantique relèverait presque du funambulisme. Pröll assure que la firme ne viendrait pas écraser les acteurs européens, mais jouer un rôle de catalyseur pour attirer les talents et fixer les standards. L'argument s'entend, mais il bute sur une réalité économique. L'Europe ne rivalise tout simplement pas avec les États-Unis en matière de capital-risque.
Autre obstacle de taille, Washington pourrait activement s'opposer à un tel déménagement, ce qui couperait Anthropic de son marché de loin le plus important. Et, ironie du calendrier, la firme prépare en ce moment même une introduction en bourse à Wall Street… pas franchement le signal d'un départ imminent. Anthropic n'a d'ailleurs formulé aucun commentaire sur la proposition. Séduisante sur le plan symbolique, l'initiative de Vienne reste, pour l'heure, largement utopique.