Les ministres des Finances de la zone euro ont consacré une partie de leur réunion du 4 mai à un modèle d'IA dont aucune banque européenne ne dispose. Washington refuse d'élargir l'accès. Bruxelles hausse le ton.

Quand l'Eurogroupe discute d'un modèle d'intelligence artificielle un lundi matin à Bruxelles, quelque chose a changé dans l'ordre des priorités. D'ordinaire, les ministres des Finances de la zone euro échangent des notes de position sur la résilience opérationnelle et l'union bancaire. Le 4 mai, c'est Mythos qui s'est invité à la table. Bloomberg a confirmé que les ministres avaient abordé le cas du modèle d'Anthropic et l'absence d'accès européen.
L'Europe découvre qu'elle est du mauvais côté du rideau
Project Glasswing, dévoilé le 7 avril par Anthropic, réunit onze partenaires autour de Mythos Preview : AWS, Apple, Google, Microsoft, NVIDIA, CrowdStrike, Palo Alto Networks, Cisco, Broadcom, la Linux Foundation et JPMorgan Chase. Une seule banque dans le lot. Aucune européenne.

- Upload de fichiers pouvant aller jusqu'à 100 000 tokens (75 000 mots environ)
- Personnalisation avancée
- Conception éthique
La Bundesbank a ouvert le bal fin avril en demandant publiquement un accès européen au modèle. L'argument est simple : un modèle capable de trouver des failles zero-day dans tous les systèmes d'exploitation majeurs donne un avantage structurel aux attaquants qui y accèdent. Les défenseurs privés du même outil partent avec un handicap. La BCE a enchaîné en convoquant les directeurs des risques des banques de la zone euro. Christine Lagarde a qualifié Anthropic d'opérateur « responsable » tout en prévenant que le modèle entre de mauvaises mains « pourrait être vraiment problématique ».
La Suisse a pris le contre-pied. La FINMA, son régulateur financier, a averti qu'un accès immédiat et large à Mythos poserait un risque systémique. Non pas parce que le modèle serait malveillant. Mais parce qu'une capacité offensive de ce calibre, déployée sans infrastructure défensive adaptée, pourrait submerger les équipes de réponse aux incidents. Le FMI, via Kristalina Georgieva, a ajouté que le système monétaire international ne disposait pas encore des protections nécessaires face à un cyberincident alimenté par l'IA. En quelques semaines, le feuilleton Mythos est passé du débat tech au dossier de politique monétaire.
L'asymétrie qui irrite les Européens
La position de Washington tient en deux arguments. Le premier : un modèle capable d'écrire des exploits ne peut pas être distribué largement sans risque de détournement. Le second : l'infrastructure nécessaire (installations sécurisées, contrôles d'accès, supervision) n'existe pas encore pour le cercle élargi qu'Anthropic propose. La Maison Blanche bloque l'extension à environ 70 organisations supplémentaires.
Le problème, c'est que la NSA utilise déjà Mythos dans le cadre d'accords antérieurs à la polémique. Le Trésor américain a lui aussi demandé un accès pour auditer ses propres systèmes. La posture de Washington est donc restrictive vers l'extérieur et permissive en interne. Trump avait d'ailleurs amorcé un rapprochement avec Anthropic dès le 17 avril, après que Dario Amodei s'est rendu à la Maison Blanche. C'est cette asymétrie, plus que le modèle lui-même, qui alimente la réaction européenne.
Anthropic a indiqué en privé que l'accès européen serait fourni « bientôt ». Aucun accord formel n'a été signé. L'Eurogroupe n'a pas produit de calendrier lundi. Trois scénarios circulent. Le premier : un arrangement bilatéral discret entre Washington et Bruxelles. Le deuxième : un enlisement de plusieurs mois. Le troisième, le plus ambitieux : un investissement européen dans un modèle souverain comparable. Le programme SPRIND, doté de 125 millions d'euros pour construire les premiers laboratoires d'IA frontière en Europe, pointe déjà dans cette direction.
Pour les banques françaises et européennes, l'équation reste la même. Les attaquants finiront par accéder à ce type de capacité, par un canal ou un autre. Les défenseurs privés d'outils équivalents resteront structurellement en retard.