Une fuite accidentelle a révélé « Claude Mythos », un modèle d'IA qu'Anthropic qualifie elle-même de trop puissant pour être rendu public. En coulisses, la start-up prépare aussi son entrée en Bourse.

Tout est parti d'une erreur de configuration, et quelle belle ironie vue l'objet des fuites. Comme le rapporte Fortune, des brouillons de blog et près de 3 000 fichiers non publiés sont restés dans une base de données publique. Parmi eux, un document décrivant un nouveau modèle d'IA baptisé « Claude Mythos ». Deux chercheurs en cybersécurité, Alexandre Pauwels (Cambridge) et Roy Paz (LayerX Security), ont repéré la fuite. En parallèle, Bloomberg révèle qu'Anthropic envisage une entrée en Bourse dès octobre 2026.
Un nouveau palier au-dessus d'Opus, avec un nom de code surprenant
Le brouillon fuité introduit un nouveau palier de modèle, baptisé « Capybara ». Selon le document, « Capybara » et « Mythos » désignent le même modèle. Jusqu'ici, la gamme Claude comptait trois niveaux : Haiku (le plus rapide), Sonnet (l'équilibre), Opus (le plus performant). Capybara se situe au-dessus d'Opus. Plus grand, plus coûteux, plus capable.

- Upload de fichiers pouvant aller jusqu'à 100 000 tokens (75 000 mots environ)
- Personnalisation avancée
- Conception éthique
Les benchmarks cités dans le brouillon placent Mythos au-dessus de Claude Opus 4.6 sur trois axes : programmation, raisonnement académique et cybersécurité. C'est sur ce dernier point que le fossé serait le plus marqué. Anthropic décrit elle-même le modèle comme posant des risques cyber sans précédent.
Interrogée par Fortune, la firme a confirmé l'essentiel. Un porte-parole a qualifié Mythos de « bond de capacité » et de « modèle le plus performant jamais construit ». Mais Anthropic précise qu'il n'est testé que par un groupe restreint de clients en accès anticipé. Aucune date de sortie publique n'est annoncée. La prudence affichée est calibrée. Le coût opérationnel du modèle serait aussi nettement supérieur aux versions actuelles.
La fuite a aussi révélé un sommet privé destiné aux P.-D.G. européens, prévu au Royaume-Uni, avec la présence de Dario Amodei. Un signal clair : Anthropic accélère sa conquête du marché entreprise, en Europe notamment.
IPO en octobre, fuite embarrassante : Anthropic joue sur tous les fronts
La révélation de Mythos tombe à un moment délicat. La firme a entamé des discussions préliminaires avec des banques d'investissement pour une cotation au quatrième trimestre. Ce calendrier la placerait en concurrence directe avec OpenAI, qui prépare sa propre introduction.
La valorisation d'Anthropic dépasse déjà les 300 milliards de dollars. Son chiffre d'affaires annualisé atteint 19 milliards. Mais la question de la rentabilité reste ouverte. Les coûts d'entraînement et d'inférence des modèles absorbent une part considérable des revenus.
Dans ce contexte, la fuite est gênante. Anthropic construit son image sur la rigueur et la sécurité. Or la voilà contrainte de confirmer un modèle que ses propres documents qualifient de risqué. Et ce, parce qu'un chercheur a trouvé des brouillons dans un stockage non sécurisé. Le porte-parole a parlé de « brouillons préliminaires ». Reste que 3 000 fichiers exposés, ce n'est pas un post-it oublié.
Anthropic affronte déjà un bras de fer judiciaire avec le Pentagone. Lancer un modèle « trop puissant pour être public » tout en préparant une IPO : voilà le grand écart entre ambition et discipline.