L'avocat qui a fait condamner Meta et YouTube pour avoir rendu une adolescente accro révèle sa botte secrète : l'intelligence artificielle. Trois chatbots dans un coin du dossier, et trente heures de travail abattues en dix.

Mark Lanier © Shutterstock
Mark Lanier © Shutterstock

Le 25 mars, un jury de Los Angeles infligeait à Meta et YouTube une défaite retentissante dans le premier procès américain consacré à l'addiction des mineurs aux réseaux sociaux. Plusieurs semaines plus tard, l'avocat de la plaignante, le Texan Mark Lanier, a détaillé sa méthode auprès de Business Insider. L'IA y tient une place que peu attendaient.

Un triptyque d'IA pour préparer un dossier

Selon son témoignage, Mark Lanier n'a pas affronté Meta à mains nues. L'avocat dit avoir préparé une partie de son dossier à l'aide d'une plateforme baptisée Boodlebox, qui réunit plusieurs modèles, ChatGPT, Claude et Gemini, dans une même interface. Le gain de temps qu'il revendique a de quoi faire réfléchir la profession : un travail de trente heures aurait été bouclé en une dizaine.

L'outil aurait servi à dégrossir la matière plutôt qu'à plaider. Structurer des arguments, anticiper les angles de la défense, trier une masse de documents, autant de tâches chronophages qu'un cabinet confie d'ordinaire à des collaborateurs juniors. Boodlebox, dont l'éditeur revendique un usage dans plus de 1 300 établissements d'enseignement supérieur, se positionne précisément sur cet accompagnement professionnel.

Le récit reste, à ce stade, celui de l'avocat lui-même, livré dans une interview. Aucune pièce du dossier ne détaille publiquement la part exacte prise par l'IA dans la victoire. La prudence reste donc de mise sur l'ampleur réelle du coup de pouce.

Ll'IA qui fait gagner, l'IA qui fait sanctionner

Le secteur juridique entretient avec l'IA une relation pour le moins ambivalente, et les précédents fâcheux abondent. Dès 2023, un avocat new-yorkais écopait d'une sanction pour avoir cité devant le juge des jurisprudences inventées par ChatGPT. En 2025, rebelote, et non des moindres : les avocats d'Anthropic eux-mêmes se faisaient épingler pour une citation hallucinée par Claude dans un document de procédure. Un chercheur de HEC Paris recense aujourd'hui quelque 1 600 affaires de ce type à travers le monde, dont près de la moitié aux États-Unis.

Cette défiance n'empêche pas l'adoption de galoper. Près de sept professionnels du droit sur dix utilisent désormais l'IA générative, une proportion qui a plus que doublé en un an. Le cas Lanier illustre l'autre versant de la médaille : l'IA comme accélérateur légitime, tant que l'humain garde la main et vérifie chaque sortie.

L'affaire résonne aussi avec le débat réglementaire. Ce premier verdict contre les géants des réseaux sociaux ouvre la voie à plus de 1 500 plaintes similaires aux États-Unis. En France, une proposition de loi instaurant une majorité numérique à 15 ans, votée à l'Assemblée en janvier, vise une entrée en vigueur en septembre. Bruxelles, de son côté, scrute les ressorts addictifs du défilement infini au titre du DSA.

Reste une morale inconfortable pour la profession : la même technologie qui a fait gagner un avocat star contre Meta en a fait sanctionner des dizaines d'autres, et toute la différence tient en un mot, vérifier.

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