Réunis à Paris ce vendredi sous présidence française, les ministres du numérique du G7 ont arrêté une feuille de route commune sur la sécurité de l'IA, l'open source et la protection des mineurs en ligne.

La France, qui présidait le G7 et la réunion des ministres du Numérique cette semaine, a clairement imprimé sa marque. L'ambition était de mobiliser les acteurs privés autour d'un cadre commun pour une IA plus responsable et transparente, appelé « le Processus d'Hiroshima », avec des résultats déjà encourageants à la clé. Et, nouveauté notable, deux angles morts longtemps ignorés à cette échelle qui ont enfin trouvé leur place, j'ai nommé l'impact énergétique du numérique et la protection des enfants en ligne.
La France a su propulser la gouvernance de l'IA au sommet du G7 numérique
Le Processus d'Hiroshima pour l'IA (le HAIP) s'est imposé comme la colonne vertébrale des engagements sur la sécurité de l'intelligence artificielle au sein du G7. Le principe était d'établir un cadre de déclaration qui incite les entreprises à rendre publique leur approche de gouvernance et de gestion des risques. La France en a fait une priorité forte sous sa présidence.
Le bilan est très positif. Pas moins de cinquante-six entreprises et organisations françaises ont rejoint le dispositif, avec des start-up et de grands groupes industriels, dans des secteurs aussi variés que la santé ou la défense. Un élan que la France a elle-même impulsé, en entraînant d'abord son propre tissu économique, avant de convaincre ses partenaires du G7 de faire de même.
Le texte ne fait pas l'impasse sur les dangers réels, car les ministres admettent noir sur blanc que l'IA peut tomber entre de mauvaises mains, pour mener des cyberattaques par exemple, ou pire, aider à concevoir des armes chimiques, biologiques ou radiologiques. Pour autant, la réponse choisie n'est pas le frein, mais la lucidité. Il vaut mieux en effet comprendre ces menaces pour mieux les anticiper, tout en continuant à déployer l'IA à grande échelle.
Le G7 adopte pour la première fois une terminologie commune sur l'open source et l'IA
Rendre les modèles d'IA accessibles à tous, c'est l'idée derrière l'open source, et c'est un moteur d'innovation sacrément puissant en 2026. Sauf que le terme est parfois brandi comme un argument marketing par des acteurs qui n'en respectent pas vraiment les règles, qui sèment le doute sur ce que cela signifie vraiment. Pour y mettre de l'ordre, les membres du G7 ont adopté une définition commune de ce que recouvre concrètement l'ouverture d'un modèle d'IA, sur la terminologie, et c'est une première entre les sept pays.
L'autre priorité du G7, c'était d'aider les petites et moyennes entreprises à franchir le pas de l'IA. Pour cela, un outil gratuit en ligne, conçu avec l'OCDE, leur permettra de faire le point sur leur situation, c'est-à-dire où en sont-elles, quels sont leurs points faibles, et par où commencer concrètement. Un instrument pensé aussi pour les pouvoirs publics et les investisseurs qui souhaitent savoir si les entreprises qu'ils accompagnent sont vraiment prêtes à intégrer l'IA.
Car derrière les grandes déclarations, la réalité est têtue. Toutes les entreprises ne sont pas logées à la même enseigne face à l'IA, loin de là, et d'autant plus selon les pays, les secteurs, ou simplement la taille de la structure. C'est pourquoi le G7 insiste sur des solutions sur mesure plutôt qu'une approche uniforme. Il faudrait, dans l'idéal, que chaque PME, et les salariés qui la font tourner, puisse trouver sa propre porte d'entrée vers l'intelligence artificielle.
La protection des mineurs en ligne au centre, et un G7 qui adopte des règles concrètes contre les deepfakes
Notons que, pour la première fois, les membres du G7 reconnaissent officiellement que le numérique pèse lourd, sur le plan environnemental. Avec le streaming, le cloud, l'IA, la blockchain, nous consommons des quantités croissantes d'énergie et de ressources naturelles. En réponse, une cartographie internationale des bonnes pratiques a été publiée. Il couvre la conception sobre des services numériques, la réutilisation des équipements et la mesure concrète de l'impact environnemental. Une synthèse mondiale des initiatives sur l'impact énergétique de l'IA complète le tableau.
Sur la question très actuelle de la protection des mineurs en ligne, le G7 a choisi de ne pas mâcher ses mots. Les risques sont énumérés sans détour. Les membres ont discuté des contenus inappropriés, du cyberharcèlement, du recrutement par des organisations criminelles chez les jeunes, et des abus sexuels. Mais ce qui inquiète particulièrement les ministres, c'est que l'IA générative vient démultiplier ces dangers, en facilitant la création de deepfakes, des contenus truqués toujours plus réalistes, ou via les chatbots, dont certaines interactions avec des enfants peuvent s'avérer particulièrement problématiques.
Alors quelles sont les solutions ? Les membres ont adopté plusieurs principes concrets, comme la vérification de l'âge obligatoire, des protections intégrées directement dans la conception des services (plutôt que rajoutées après coup, ce qu'on appelle le safety by design) et l'interdiction totale de générer ou diffuser des contenus pédopornographiques. Les plateformes sont par ailleurs sommées de travailler main dans la main avec les gouvernements et de partager leurs données avec les chercheurs, pour mieux mesurer et combattre ces risques. La suite au prochain épisode, et ce sera en 2027, avec les États-Unis aux commandes du G7.