Des call centers frauduleux installés à Tirana ont été démantelés mi-avril dans le cadre d'une opération conjointe austro-albanaise, appuyée par Eurojust et Europol. Dix personnes ont été arrêtées. Le préjudice causé à des victimes à travers toute l'Europe est estimé à plus de 50 millions d'euros.

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L'opération, fruit de deux ans d'enquête, révèle un réseau organisé avec une précision rarement vue dans ce type de fraude. Surtout, ces criminels n'hésitaient pas à multiplier les fraudes plusieurs fois auprès des mêmes victimes.

Des centres d'appel structurés comme de vraies sociétés

Les suspects opéraient depuis plusieurs call centers à Tirana, en Albanie. La structure interne ressemblait à celle d'un service commercial classique. Les opérateurs travaillaient en équipes de six à huit personnes, regroupées par langue (allemand, anglais, italien, grec et espagnol) pour cibler chaque marché national. Des chefs d'équipe supervisaient l'activité quotidienne, eux-mêmes encadrés par un manager par centre, responsable de la coordination globale.

Les criminels étaient rémunérés comme de vrais salariés,: environ 800 euros par mois, complétés par une commission progressive à chaque escroquerie réussie. Cette dernière était versée en partie en espèces, et via des virements bancaires. Ce modèle a permis de maintenir des opérations de fraude transfrontalière à grande échelle pendant plusieurs années.

Le scénario proposé aux victimes reposait sur de fausses opportunités d'investissement. Les opérateurs les convainquaient de transférer des fonds, prétendument placés en leur nom. Le préjudice total dépasse les 50 millions d'euros.

L'open space très calssique du call center ©Eurojust
L'open space très calssique du call center ©Eurojust

Quand les escrocs ciblent une deuxième fois leurs propres victimes

Plus c'est gros, plus ça passe ! Le réseau ne s'arrêtait pas à une seule arnaque. Les mêmes personnes étaient recontactées par des opérateurs agissant sous pseudonymes, avec une nouvelle proposition : récupérer les sommes déjà perdues. Pour en bénéficier, elles devaient ouvrir un compte sur une plateforme de cryptomonnaies et verser un dépôt initial de 500 euros. Un ressort psychologique qui exploite le désespoir des personnes déjà lésées.

Une accumulation de plaintes à Vienne, vers juin 2023, a déclenché l'enquête côté autrichien. Les investigations ont rapidement désigné des ressortissants albanais. Eurojust a constitué une équipe commune d'enquête afin que plusieurs pays puissent mener des investigations partagées. L'agence a aussi financé une partie des frais opérationnels et mobilisé des services d'interprétation via son projet dédié aux Balkans occidentaux.

L'action du 17 avril 2026 s'est soldée par l'arrestation de 10 personnes en Albanie et des perquisitions dans trois call centers et neuf résidences. Le matériel saisi est important : 443 ordinateurs, 238 téléphones mobiles, 6 laptops, des disques durs et des enregistreurs numériques destinés à une analyse forensique. Europol a déployé des experts sur place pour sécuriser les volumes de données collectées, qui seront transmises aux autorités des autres pays touchés. Sur place, près de 892 000 euros ont été saisis.