Le parquet de Paris convoque Elon Musk ce lundi pour une audition libre, mais les États-Unis rejettent les demandes d’entraide françaises. La justice soupçonne X de favoriser des contenus négationnistes et des deepfakes pornographiques. Washington dénonce une manœuvre politique contre la liberté d’expression et protège les dirigeants de la plateforme.

Les gendarmes de la Direction générale de la gendarmerie nationale travaillent depuis janvier 2025 sur des signalements graves contre X.com, l'omnipotent réseau social d’Elon Musk. Si les magistrats français réclament des comptes, c’est parce qu'ils soupçonnent une valorisation artificielle de certains messages sur la plateforme.
Mais ils risquent de tomber sur un os de taille : le département de la Justice américain, plus connu sous l'acronyme DOJ, qui refuse d'aider les enquêteurs parisiens car il juge cette procédure contraire au Premier amendement. Ce faisant, il bloque l'accès aux données techniques de Grok, l’intelligence artificielle intégrée au site.
Mais cela n'empêche pas un procureur de Paris de souhaiter entendre l'ancienne patronne de X, Linda Yaccarino et plusieurs salariés pour clarifier le rôle des algorithmes dans la diffusion de contenus haineux. En réponse, le milliardaire de 54 ans qualifie ces poursuites d'attaque politique et ignore les convocations officielles.
Une manipulation programmée des flux d'opinion
Les autorités françaises veulent avant tout comprendre la mise en avant de thèses extrémistes et s'intéressent donc au code informatique de X. Le député Éric Bothorel a d'ailleurs signalé à la justice des biais suspects dans le fonctionnement du réseau social. Les techniciens de la gendarmerie cherchent donc des preuves d'une modification volontaire des algorithmes de recommandation.
Là encore, la France se heurte à la nouvelle structure de l'entreprise qui complique la tâche des juges, puisque SpaceX possède désormais xAI. Pour les magistrats, cette fusion renforce le secret autour des calculs qui décident de la visibilité des messages. Tandis que la France exige de la transparence sur la modération, les ingénieurs américains conservent leurs clés de chiffrement.
Les enquêteurs pensent pourtant que le système favorise les théories du complot pour augmenter l'engagement des comptes, et par extension les revenus publicitaires.

La protection juridique des dirigeants américains
Les procureurs visent aussi la création de deepfakes à caractère sexuel sans le consentement des victimes. Si la loi française punit sévèrement ces actes, les auteurs de ces images utilisent souvent les outils de création de Grok. Les autorités souhaitent donc savoir si les dirigeants ont sciemment laissé ces fonctions accessibles sans garde-fous techniques.
Le DOJ voit dans cette enquête une tentative de régulation illégale d'un espace public par une puissance étrangère. Pour Elon Musk, les lois européennes sur le numérique ne s'appliquent pas à une société dont le cœur bat aux États-Unis. Alors que les gendarmes ont perquisitionné les bureaux parisiens en février, ils n'ont trouvé que peu de réponses sur le fonctionnement réel du serveur central.
Puisque Washington refuse de délivrer les convocations, le parquet de Paris pourrait émettre des mandats d'arrêt internationaux. Cependant, une telle décision isolerait davantage la France face aux géants de la technologie américaine. Les procureurs se concentrent maintenant sur la complicité de l'entreprise dans la diffusion de contenus pédopornographiques et de propos négationnistes, car le droit français interdit strictement ces publications.
Source : The Wall Street Journal (accès payant)