Selon une enquête menée par Proton, les Français seraient les moins sensibilisés au chiffrement de bout en bout parmi quatre pays étudiés. Entre méconnaissance technique et confiance aveugle dans les lois, cette forme de naïveté profiterait directement aux géants américains.

Lorsqu'ils choisissent une application, seuls 27% des Français jugent le chiffrement de bout en bout "très important". À titre de comparaison, ce taux atteint 47% chez les Allemands, 42% chez les Américains et 38% outre-Manche. Sans doute plus inquiétant, 53% des répondants français affirment n'avoir jamais entendu parler de cette technologie. Le chiffrement de bout en bout - ou E2EE - garantit que seuls l'expéditeur et le destinataire peuvent lire les messages. Le serveur tiers, servant de relais, n'y a jamais accès.
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Gmail et WhatsApp surfent sur la confusion
Environ 22% des répondants français pensent à tort que Gmail utilise le chiffrement de bout en bout, et 14% font la même erreur pour Microsoft Outlook. Mais ce sont les Français qui afficheraient le plus faible degré de confiance envers Google. Paradoxalement, dans les autres pays, les personnes qui considèrent cette protection comme très importante sont plus nombreuses à se tromper. Dans ce groupe plus averti, 35% des répondants ont affirmé que Gmail utilisait le chiffrement de bout en bout. Alors oui, en octobre 2025, Google a bien mis en place un chiffrement côté client, mais uniquement pour les abonnés Enterprise Plus.
52% des Français ont correctement répondu que WhatsApp proposait du chiffrement de bout en bout. Proton ajoute :
"Cependant, 52 % des répondants français ignorent que WhatsApp surveille les métadonnées des messages, comme les horodatages et les contacts, et 57 % ignorent que Meta, la maison mère de WhatsApp, partage ces métadonnées avec des gouvernements du monde entier."
Après avoir pris connaissance de ces pratiques, deux répondants sur trois déclarent qu'ils envisageraient de changer de service. Nous rapportions récemment qu'un recours collectif avait été déposé contre Meta accusant la firme de Mark Zuckerberg d'accéder aux messages des utilisateurs. En fin d'année dernière, des chercheurs ont révélé une fuite massive des métadonnées de la messagerie
Parmi les 48% de Français qui affirment connaître le chiffrement de bout en bout, seuls 61% en décrivent correctement le principe, le taux le plus bas des quatre pays analysés.
Une menace trop abstraite pour les Français
Éric Bothorel, député français interrogé dans le cadre de cette enquête, avance une explication culturelle. Il oppose la posture française à celle des Chinois, conscients d'être écoutés en permanence par le parti unique, ou des Américains qui savent que les GAFAM sont "copropriétaires de leurs données". "Les Français se persuadent que la loi protège", analyse-t-il. Dans une démocratie apaisée, la majorité de la population ne s'interroge pas sur la captation de ses échanges.
Les risques resteraient encore trop flous et peu concrets pour les Français. Les citoyens restent très vigilants face aux attaques physiques concernant leurs véhicules, leurs maisons ou leurs enfants, mais "sur les réseaux, nous restons dans l'immatériel".
Sans chiffrement de bout en bout, aucun obstacle technique n'empêche un service d'accéder aux emails, fichiers et photos de ses utilisateurs. Google et Meta reçoivent désormais près de 500 000 demandes d'informations par an du gouvernement américain.