Une nouvelle étude britannique place TikTok en tête des plateformes touchées par la désinformation en santé mentale. Sur 5 000 publications analysées, 52 % des vidéos sur le TDAH et 41 % de celles sur l'autisme y contiennent des informations inexactes. Les chercheurs mettent en cause l'algorithme et réclament davantage de soignants dans l'espace numérique.

La docteure Alice Carter, de l'UEA, a déclaré que 52 % des vidéos sur le TDAH et 41 % des vidéos sur l'autisme sur TikTok étaient inexactes - ©phBodrova / Shutterstock
La docteure Alice Carter, de l'UEA, a déclaré que 52 % des vidéos sur le TDAH et 41 % des vidéos sur l'autisme sur TikTok étaient inexactes - ©phBodrova / Shutterstock

Publiée dans le Journal of Social Media Research, la recherche menée par l'Université d'East Anglia (UEA) et le Norfolk and Suffolk NHS Foundation Trust est la première revue systématique à comparer la qualité de l'information en santé mentale sur plusieurs plateformes à la fois. YouTube, TikTok, Facebook, Instagram et X.com ont tous été passés au tamis, à partir de 27 études portant sur plus de 5 000 publications. TikTok arrive en tête des mauvais élèves, loin devant YouTube (22 % de désinformation en moyenne) et Facebook (autour de 15 %).

Les sujets les plus touchés ne sont pas les mêmes selon les plateformes. Mais partout, autisme et TDAH sont les sujets qui rapporte le plus d'informations fausses ou non étayées que les autres troubles de santé mentale. La docteure Alice Carter, qui a mené ces travaux dans le cadre de sa thèse, signale un écart très net sur TikTok entre les vidéos produites par des professionnels de santé (3 % de désinformation) et celles faites par des non-professionnels (55 %). Ce n'est pas une paille.

La désinformation et l'auto-diagnostic provoqués par l'algorithme

Sur TikTok, il semble que peu importe la vérité ou la précision de l'information partagée et publiée. C'est la viralité qui compte. Dès qu'un utilisateur montre de l'intérêt pour un sujet de santé mentale, il reçoit une succession de contenus similaires, qu'ils soient fiables ou non. Alice Carter l'explique : « Les algorithmes de TikTok sont conçus pour diffuser rapidement du contenu engageant », au point que la désinformation peut circuler plus vite que les corrections ne peuvent la rattraper. Voilà le mécanisme que les chercheur de l'UEA mettent en cause.

Pour les jeunes, les conséquences sont plus larges qu'une simple mauvaise information. On le sait, en France par exemple, la dernière étude de l'ANSES sur la santé mentale des jeunes avait déjà pointé les dangers des réseaux sociaux. La docteure Eleanor Chatburn, de la faculté de médecine de Norwich, note que beaucoup d'adolescents consultent TikTok pour comprendre leurs propres symptômes. L'OMS estime qu'un jeune de 10 à 19 ans sur sept souffre d'un trouble mental, une population particulièrement exposée à des contenus non vérifiés. Or, quand un autodiagnostic a lieu à partir d'une vidéo inexacte, le risque n'est pas seulement de mal comprendre sa situation. Eleanor Chatburn le précise : la désinformation peut aussi retarder un vrai diagnostic chez quelqu'un qui a réellement besoin d'aide.

L'OMS estime qu'un jeune de 10 à 19 ans sur sept souffre d'un trouble mental, une population particulièrement exposée à des contenus non vérifiés - ©New Africa / Shutterstock
L'OMS estime qu'un jeune de 10 à 19 ans sur sept souffre d'un trouble mental, une population particulièrement exposée à des contenus non vérifiés - ©New Africa / Shutterstock

YouTube Kids passe entre les gouttes et TikTok conteste

S'il y a bien un réseau social qui fait de la résistance, c'est YouTube Kids. Aucune désinformation sur l'anxiété ou la dépression n'y a été détectée, et seulement 8,9 % sur le TDAH. Pour les chercheurs, c'est grâce à la modération plus stricte et à une sélection de contenus adaptés au jeune public. YouTube standard affiche des résultats très variables selon les chaînes et les sujets.

En revanche, TikTok a vivement rejeté les conclusions de l'étude. Un porte-parole a qualifié les travaux d'« étude biaisée » fondée selon lui sur des recherches obsolètes. La plateforme assure supprimer les fausses informations sanitaires nuisibles et orienter ses utilisateurs vers des sources reconnues, dont l'OMS.

Pourtant, une étude distincte menée à l'Université de Montréal sur 1 000 vidéos TikTok en santé mentale montrait déjà, en 2025, que moins de 21 % des vidéos analysées mentionnaient une source scientifique ou une référence. Et que parmi les contenus les plus problématiques figuraient précisément ceux qui se présentaient comme éducatifs sans l'être vraiment. On sait aussi qu'aux États-Unis, jusqu'à 40 % des utilisateurs de TikTok s'en servent comme moteur de recherche, y compris pour des questions médicales.

Source : BBC