L’ANSES publie aujourd’hui une étude après 5 ans de suivi d’adolescents de 11 à 17 ans. Le rapport détaille des troubles du sommeil, de l’anxiété, des signes de dépression, des difficultés d’estime de soi, des défis dangereux et des situations de cyberharcèlement. Le Sénat a récemment voté une mesure limitant l’accès aux réseaux sociaux avant 13 ans et le Parlement examine ce 13 janvier une proposition visant à repousser cette limite à 15 ans.

Une Proposition de loi est examinée ce 13 janvier à l'Assemblée, visant à porter l'interdiction d'accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans - ©Rawpixel.com / Shutterstock
Une Proposition de loi est examinée ce 13 janvier à l'Assemblée, visant à porter l'interdiction d'accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans - ©Rawpixel.com / Shutterstock

Pendant cinq ans, des chercheurs ont observé les pratiques numériques et le vécu émotionnel des adolescents dans différents contextes de leur quotidien. L’étude analyse la fréquence des interactions, les types de contenus consultés et la manière dont ces expériences influencent le bien-être. Certains jeunes signalent des difficultés pour dormir, des signes d’anxiété ou de dépression, une fragilisation de l’estime de soi, la participation à des défis dangereux ou des expériences de cyberharcèlement. « Certaines formes d’usage peuvent être associées à des signes de stress ou de fatigue émotionnelle », explique l’étude de l’ANSES. Ces observations viennent nourrir le débat sur la proposition de loi examinée aujourd’hui, qui vise à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans et à renforcer la vérification de l’âge pour les adolescents plus âgés. Cette proposition de loi, si elle correspond aux recommandations de l'ANSES, repousse de deux ans cette limite d'âge.

La santé mentale des adolescents affectée par l'usage des réseaux sociaux

Les travaux recensent d’abord les troubles du sommeil. Le rapport précise que « des difficultés d’endormissement ou des réveils nocturnes plus fréquents figurent parmi les signes observés ». Ces perturbations se traduisent par une baisse de concentration et un ressenti de fatigue chez certains adolescents.

En parallèle, l’ANSES relève une augmentation de signes anxieux ou dépressifs chez les jeunes qui passent beaucoup de temps sur certaines plateformes. « L’usage intensif de certaines plateformes est associé à une augmentation de signes anxieux ou dépressifs », peut-on lire dans le rapport. Ces effets varient selon l’âge, le cadre familial et scolaire, et l’exposition aux réseaux sociaux ne constitue qu’un facteur parmi d’autres.

Les interactions et contenus valorisant certains corps ou réussites influencent aussi l’image de soi. Comparaisons entre pairs et participation à des défis viraux affectent la manière dont certains adolescents évaluent leur apparence ou leurs compétences. « L’insatisfaction corporelle et les interrogations sur l’image personnelle sont des thèmes récurrents », explique l’étude.

Certaines pratiques mettent davantage les adolescents à risque. Les défis dangereux ou la diffusion d’images à caractère sexuel apparaissent dans plusieurs publications scientifiques, liés à des comportements à risque ou à un ressenti émotionnel négatif. Le cyberharcèlement revient comme facteur influençant le bien-être, surtout lorsqu’il se répète sur plusieurs semaines. L’ensemble de ces observations donne une image plus complète de la façon dont certains adolescents vivent leur expérience numérique.

L'ANSES demande aux plateformes d'interdire l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 13 ans - ©BearFotos / Shutterstock
L'ANSES demande aux plateformes d'interdire l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 13 ans - ©BearFotos / Shutterstock

Des propositions pour encadrer et accompagner l'usage et l'accès des adolescents aux réseaux sociaux outils numériques

Le Sénat a voté décembre dernier une mesure limitant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 13 ans, avec l’obligation de vérification de l’âge par les plateformes. Cette décision vise à réduire l’exposition précoce à des contenus inadaptés et à faciliter le dialogue familial. Aujourd’hui, l’Assemblée nationale examine une proposition de loi portée par la députée EPR Laure Miller qui repousserait l’interdiction à 15 ans et introduirait des contrôles renforcés, avec suspension des comptes existants et couvre-feu numérique.

L’ANSES insiste justement sur l’importance de l’accompagnement familial et scolaire. Discuter des usages, comprendre les interactions et fournir des repères permettrait à certains jeunes d’aborder leur expérience numérique avec plus de recul. « Un encadrement adapté pourrait limiter certains effets observés dans les études », peut-on lire dans le rapport.

Les auteurs précisent que les effets ne se produisent pas de façon uniforme. Le soutien familial, les activités hors ligne et la qualité de l’accompagnement influencent la manière dont chaque adolescent traverse sa pratique numérique.

Source : Anses