L'Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) a publié, mardi, un rapport choc sur les effets des réseaux sociaux sur les adolescents. Qu'il s'agisse de l'anxiété, des troubles du sommeil ou du cyberharcèlement, les effets néfastes y sont documentés.

Les réseaux sociaux nuisent gravement à la santé mentale des adolescents selon l'ANSES. © elenabsl / Shutterstock
Les réseaux sociaux nuisent gravement à la santé mentale des adolescents selon l'ANSES. © elenabsl / Shutterstock

Après plus de six années d'expertise scientifique, l'ANSES a rendu public mardi 13 janvier son rapport sur l'impact des réseaux sociaux sur la santé mentale des adolescents. Plus de mille études ont été disséquées pour comprendre ce que TikTok, Instagram et consorts font réellement aux ados. Les conclusions sont sans appel. Les plateformes exploitent délibérément les vulnérabilités psychologiques des jeunes, avec des conséquences mesurables. Et la proportion de jeunes qui les utilisent tous les jours (58% des 12-17 ans) n'aide pas.

Les algorithmes des réseaux sociaux, ces pièges à cerveaux adolescents

Le rapport de l'agence française est sans concession sur la conception des réseaux sociaux. Leur modèle économique tient en une phrase : plus vous scrollez, plus ils gagnent de l'argent. Les plateformes multiplient donc les astuces pour vous retenir. Défilement sans fin, notifications qui surgissent, algorithmes qui devinent vos goûts, incitations à payer pour générer plus de vues, en somme, chaque fonctionnalité est conçue pour accrocher votre regard et voler votre temps.

Les adolescents sont particulièrement vulnérables à ces manipulations. À leur âge, les émotions sont difficiles à contrôler, le besoin d'appartenance est intense, l'attrait pour le risque est fort. Les chiffres en disent long, puisque 42 % des 12-17 ans passent entre 2 et 5 heures par jour sur leur smartphone. Pire encore, les algorithmes aggravent le problème en créant un effet bulle. Plus un ado regarde des vidéos sur les régimes extrêmes ou l'automutilation, plus la plateforme lui en propose.

La publicité ajoute une couche supplémentaire. Les réseaux sociaux récoltent tout ce que font les ados en ligne, puis revendent ces informations. Des annonceurs peuvent ensuite leur envoyer des pubs ultra-ciblées. L'ANSES déplore que les jeunes soient ainsi transformés en marchandise, et leur supposé consentement n'est qu'une illusion, ou théorique. Les experts accusent directement les plateformes.

Les réseaux sociaux volent des heures de sommeil aux adolescents

L'impact sur le sommeil constitue est l'un des effets les mieux documentés du rapport. D'après ce qu'a constaté l'ANSES, l'usage des réseaux sociaux retarde systématiquement l'heure du coucher chez les adolescents. Entre les échanges qui s'éternisent, les vidéos qu'on enchaîne et la peur de manquer quelque chose (ce fameux FOMO), la tentation de rester connecté l'emporte trop souvent. Les conséquences directes sont que les nuits raccourcissent, que le sommeil devient médiocre, et que la fatigue s'installe pendant la journée.

La lumière bleue des écrans joue aussi son rôle en inhibant la mélatonine. Mais c'est surtout la stimulation physiologique, cognitive et émotionnelle qui empêche l'endormissement. Un commentaire énervant, une story stressante, un défi viral sont autant de raisons de rester en éveil. Et au final, cette privation chronique favorise l'apparition de troubles anxieux et dépressifs, ce qui crée un cercle vicieux chez les jeunes.

Les filles payent malheureusement le prix fort de cette connexion permanente. Le rapport martèle qu'elles sont davantage touchées que les garçons sur presque tous les indicateurs. Elles passent plus de temps sur les réseaux, privilégient les plateformes visuelles, et accordent plus d'importance aux retours en ligne. Cette surexposition les rend vulnérables aux symptômes anxiodépressifs, ensuite aggravés par le cyberharcèlement.

© Arsenii Palivoda / Shutterstock
© Arsenii Palivoda / Shutterstock

L'image corporelle, nouvelle obsession des ados connectés

Les réseaux sociaux déforment le rapport au corps des adolescents, surtout chez les filles. La oublication de selfies retouchés, l'exposition permanente à des corps idéalisés et l'utilisation massive de filtres sont des pratiques qui poussent les jeunes à se voir comme des objets à admirer. Ils intériorisent des standards de beauté impossibles à atteindre, se comparent sans cesse aux autres, et finissent par détester leur propre apparence. Le rapport établit un lien direct avec les troubles alimentaires.

Le phénomène de comparaison sociale joue à plein sur ces plateformes. Entre les influenceurs aux physiques parfaits et les contenus pro-ana qui glorifient la maigreur, les algorithmes poussent ces images vers les adolescents les plus fragiles. Pour ceux qui souffrent déjà de troubles alimentaires, l'effet est dévastateur. Les réseaux deviennent des espaces qui encouragent et justifient des comportements dangereux, considère l'ANSES.

Les garçons n'échappent pas à cette pression, mais elle prend pour eux d'autres formes. Cette fois, il s'agit de contenus valorisant la musculature extrême, de défis physiques dangereux et d'injonctions à la performance, qui sur les réseaux conduisent à amplifier les stéréotypes masculins. Ces normes de genre s'y perpétuent, avec des conséquences sur l'estime de soi et le développement identitaire.

Le cyberharcèlement touche massivement les adolescents français

Le cyberharcèlement est l'un des fléaux majeurs pointés par le rapport. Les violences en ligne comme les insultes, les rumeurs, l'exclusion et le chantage, frappent beaucoup les adolescents. Trois facteurs aggravent le phénomène, comme l'explique l'agence, à savoir qu'on peut se cacher derrière un pseudo (même si cela ne garantit pas un plein anonymat), les attaques ne s'arrêtent jamais, et elles se propagent à une vitesse folle. Les victimes se retrouvent dans une spirale où cybervictimation et symptômes dépressifs s'alimentent mutuellement.

Les réseaux sociaux facilitent aussi l'exposition aux conduites à risque. L'ANSES pointe notamment du doigt les vidéos qui glorifient l'alcool ou la drogue et les défis stupides qui tournent en boucle, avec de jeunes utilisateurs qui évoluent dans un univers où prendre des risques devient « cool ». La course aux likes et la pression pour participer aux challenges les poussent à faire des choses qu'ils n'auraient jamais tentées dans la vraie vie.

L'envoi forcé de photos intimes, le sexting non consenti, constitue une autre violence grave relevée par le rapport. Des adolescentes se sentent obligées d'envoyer des images d'elles par pression sociale. Quand ces contenus sont ensuite partagés sans leur consentement, les dégâts psychologiques sont terribles, allant de la dépression à la tentative de suicide ou à l'automutilation. Ces violences sexuelles numériques exigent une action urgente des pouvoirs publics.

L'ANSES exige un cahier des charges strict pour protéger les mineurs

L'ANSES ne se contente pas d'alerter, elle propose des solutions concrètes. Pour elle, la première priorité doit être de réguler les plateformes. L'agence veut imposer des règles strictes aux réseaux accessibles aux mineurs, comme interdire les techniques de manipulation, freiner la propagation de contenus dangereux, et activer automatiquement des protections sur tous les comptes jeunes. Les contrôles d'âge doivent aussi devenir vraiment efficaces.

L'éducation numérique représente le deuxième volet cher à l'agence française. Le rapport est formel : il faut former les jeunes à utiliser les réseaux avec recul, en les faisant participer à la création des messages de prévention. Comprendre comment marchent les algorithmes, repérer les techniques de manipulation, développer son esprit critique, voilà autant de compétences indispensables. Les parents doivent aussi être accompagnés pour mieux encadrer leurs ados.

Le troisième volet, c'est celui de la prévention des troubles de santé mentale. À l'aide de campagnes de sensibilisation sur l'hygiène de sommeil, du renforcement du personnel médical scolaire, et de la formation des professionnels, l'ANSES plaide pour une approche systémique. L'agence souligne que certains ados cumulent davantage de vulnérabilités, notamment les jeunes LGBTQIA+ ou ceux qui présentent des troubles psychiatriques. Elle insiste aussi sur la nécessité d'offrir des alternatives aux réseaux sociaux, via des infrastructures sportives et culturelles attractives.