L'Office européen des brevets déploie un outil de reconnaissance de texte conçu par Mistral AI pour convertir ses documents en données exploitables. Surtout, l'OEB s'assure que le traitement des informations sensibles est sous gouvernance européenne.

Annoncé cette semaine à Munich, le partenariat entre l'OEB et Mistral AI repose sur le déploiement d'une solution de reconnaissance optique de caractères (OCR) directement intégrée aux systèmes de l'institution. L'objectif est de rendre ces documents lisibles par les machines afin d'optimiser les processus et notamment pour que les recherches d'antériorité gagnent en précision et en rapidité.
Quand le choix du partenaire devient une décision stratégique
La solution repose sur une technologie avancée de reconnaissance de caractères (OCR), spécialement adaptée à la complexité des dossiers de brevets. Il faut dire que pour ces derniers la situation est complexe. Les dossiers mêlent textes multilingues, formules, structures chimiques, tableaux et publications anciennes numérisées. La solution développée avec Mistral AI a été conçue spécifiquement pour gérer cette difficulté, avec une précision d'extraction supérieure aux outils génériques.
L'OEB traite près de 200 000 demandes de brevet et 120 000 délivrances par an. L'organisme gère une base de données de plus de 160 millions d'enregistrements techniques. Des données mieux structurées, c'est donc concrètement des recherches d'antériorité plus fiables pour les examinateurs chargés de vérifier qu'une invention proposée est bel et bien nouvelle.
En retenant un partenaire européen, l'OEB garantit que les informations relatives aux brevets restent traitées dans le cadre des réglementations juridiques et éthiques de l'Union. Ce n'est pas la première fois que Mistral AI est sollicité dans un cadre institutionnel sensible. En janvier 2026, nous rapportions que la startup avait signé un accord avec le ministère des Armées pour lui donner accès à ses modèles d'IA. Dans un communiqué, António Campinos, président de l'OEB, affirme : "Notre initiative commune montre comment les partenariats européens peuvent utiliser l'IA de manière responsable et efficace pour améliorer des services publics, stimuler la compétitivité et soutenir un écosystème de l'innovation solide."
Cet accord entre les deux parties a d'abord démarré par trois mois de tests, durant lesquels le modèle de Mistral AI a été rodé sur de vraies données de brevets. Un déploiement à plus grande échelle est désormais prévu, avec l'évaluation de nouvelles capacités d'IA souveraine pour d'autres flux de travail du système des brevets.
À moyen terme, ce type de partenariat pose les bases d'un écosystème au sein duquel les institutions européennes traitent leurs données sensibles avec des outils qu'elles ont contribué à former. Et cela réduit de manière très concrète leur dépendance aux grandes plateformes américaines ou asiatiques. Reste à savoir si d'autres administrations européennes disposeront des ressources et de l'expertise nécessaires pour reproduire ce schéma.